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lundi 13 février 2012

INTERVIEW DE LEHBOUSS OULD OUMAR de « IRA Mauritanie »


“À Arafat nous étions là pour soutenir 500 familles haratins qui ont été dépossédés de leurs

terrains d’habitations. Avec ces familles un sit-in a été organisé devant le siège de l’ADU

(Agence de Développement Urbain) d’Arafat et au deuxième jour des éléments de la garde

nationale sont venus nous réprimer sans ménagement.”

 

La Nouvelle Expression : pour l’histoire d’Arafat, le

procureur vous a relâché. Que s’est-il passé ?

 

Lehbouss Ould Oumar : Le procureur a compris la légèreté

des charges retenues contre nous, c’est pourquoi il nous a

relâchés. C’est nous qui avons été brutalisés comme des

vieilles éponges et on nous accuse « d’agression contre les

forces de l’ordre ». À Arafat nous étions là pour soutenir 500

familles haratins qui ont été dépossédés de leurs terrains

d’habitations. Avec ces familles un sit-in a été organisé

devant le siège de l’ADU (Agence de Développement Urbain)

d’Arafat et au deuxième jour des éléments de la garde nationale

sont venus nous réprimer sans ménagement. Plusieurs

de nos amis ont fini à l’hôpital dont trois qui sont blessés

grièvement.

 

LNE : Parlez-nous de l’histoire d’Ain Farba ?

 

L.O.O : Nous étions à Ain Farba pour soutenir un jeune

esclave pour dénoncer le sort du reste de sa famille en captivité

dans la zone de Agharghar, une localité qui dépend

administrativement d’Ain Farba. Étant légalistes et pacifistes,

nous nous sommes rendus chez le commandant de brigade,

autorité habilitée à régler cette affaire, pour lui présenter et

expliquer ce cas de présumés esclaves. Il était déjà informé

de notre mission et avait déjà manifesté sa mauvaise volonté

pour ressasser cette affaire qui n’honore personne en ce

siècle des lumières. Mais compte tenu de sa connaissance

avec l’un de nous, nous avons accédé à ses propositions, à

savoir de partir seul avec la victime auteur de la plainte pour

voir ce qui se passe réellement au village des présumés

esclavagistes. Bien entendu on s’y attendait. Il est parti et

revenu bredouille et avait comme principale mission de

menacer la victime qui avait porté plainte, et en l’intimidant.

Nous nous sommes retrouvés dans son bureau et avons

décidés de rester en sit-in dans ses locaux jusqu’à qu’il comprenne

qu’il doit agir en vertu de la loi pour libérer les personnes

réduites en esclavage. Le commandant a commencé

à nous brutaliser avant de nous abêtir dans un cachot (toilettes).

 

LNE : Justement que s’est-il passé dans cette prison

qui a soulevé beaucoup de questions ?

 

L.O.O : Dans cette fournaise nous étions menottés comme

des bêtes sauvages et presque nus (en caleçons). Et nous

avons engagé une grève de la faim. Une grève de la faim qui

a créé la panique dans la brigade. Car, après plusieurs sollicitations

sans succès des éléments de la gendarmerie en

place pour que nous arrêtions notre jeûne forcé, ils ont pensé

utile de parler avec nos amis restés dehors. Alors les autorités

se sont retournées vers nos amis pour qu’on accède à

leur demande.

 

LNE : Et la photo ?

L.O.O : Justement, je vais en venir. Cette photo est prise

dans le cachot. C’était un reflexe journalistique de notre

codétenu, le journaliste Mehdi. C’est quand un ami à nous a

été autorisé à venir nous voir pour nous convaincre à rompre

notre grève de la faim que Mehdi a demandé s’il disposait de

son téléphone et s’il était muni de l’option photo. Un petit

appareil chinois a permis de vous faire découvrir cette autre

réalité du cachot d’Ain Farba. Les photos sont authentiques

et vous pouvez voir les images dans le téléphone.

 

LNE : Pouvez-vous nous parler de l'initiative IRA-ère

nouvelle?

 

L.O.O : C'était une initiative du pouvoir en place pour saper

l'élan d'IRA-Mauritanie. Et pire, j'ai compris que c'était aussi

une manière de me mettre en mal avec IRA et la communauté

haratine, ma communauté et son combat pour sa

liberté. Alors, je pourrai même être un élément à abattre

pour faire porter le coup à IRA originel; une façon de mettre

en place un autre front de combat contre IRA qui sera

accusée d’être une organisation criminelle. L'initiative était

donc d'anéantir IRA et son Président, Biram Dah Abeid, car

son combat contre l'esclavage et toutes les tares qui affectent

l'unité de ce pays dérange.

 

LNE : Qu’est-ce qui devait être son objectif immédiat?

 

L .O.O : Je pense avoir répondu à cette question. L'objectif

immédiat était de véhiculer le discours du pouvoir concernant

ces questions qui fâchent. Comme ce que font aujourd'hui

nos amis Mohamed M’Barek et Bettar Ould Arbi.

“L'actuelle génération haratin est une génération de refus ; elle lutte pour la liberté de la communauté haratin. Enfin, c'est une leçon

pour la jeunesse des victimes de l'esclavage, du racisme et l'exclusion contre le système en place.”

Mais avec moi ils se sont trompés

de porte.

 

LNE : Quelle est la première

personne qui vous a contacté

pour la mise en place de

cette initiative?

 

L.O.O : C'est un certain Yahya

Ould Cheiguer qui est le premier

à venir me voir pour cette initiative,

sans se prononcer clairement.

Il faut dire que cette personne

venait tout le temps nous soutenir

dans nos actions aux différents

commissariats où nous

avons eu à tenir des sit-in pour

des cas d'esclavages. Une fois, il

m'a approché - c'était au Commissariat

spécial de la police judiciaire

- où mes amis et moi étions

venus pour répondre à une plainte

déposée par le fameux Ould

Arbi, pour me dire qu'il aime et

soutient ce que nous faisons. On

a échangé pendant quelques

minutes, il faut aussi dire qu'il se

faisait passer comme un ami du

président Biram. Et cette personne,

avant de me quitter, m'a

demandé mon numéro de téléphone

; c'était au mois de juin

2011 et je me suis absenté du

pays pendant 4 mois dix jours

après notre rencontre.

 

LNE : Quels ont été vos

contacts au niveau de l'appareil

de la police politique?

 

L.O.O : Par l'entremise de Yahya,

j'ai rencontré, en premier lieu et

pour la première fois, Sidi Ould

Baba Hacen, patron de la Sûreté

de l'Etat. C'est celui-là qui m'a dit

que je suis entre de bonnes

mains. Et il m'a assuré que ce

que nous sommes en train de

faire est la meilleure porte d'entrée

dans la cour des grands pour

moi. Il dit que pour la mission de

mon organisation, 110 Millions de

nos ouguiyas sont disponibles. Ils

travaillent à ce que je sois plus

que Messaoud Ould Boulkheir en

popularité et en richesse. Il a dit

qu'il va m'amener voir désormais

ex- patron de la police, en l'occurrence

le général El Hadi, et,

ensuite, Ould Abdel Aziz. Il finira

par m'amener voir El Hadi qui

confirma les dires d'Ould Baba

Hacen et que j'aurai le récépissé

de l'ONG.

 

LNE : Pourquoi avez-vous fini

par trahir cet appareil d'Etat?

 

L.O.O : Ecoutez. Je ne sais pas

pourquoi eux, ils n'avaient pas

compris que leur entreprise était

vouée à l'échec et que je suis de

cette espèce de la communauté

haratine qui est née pour le combat

contre l'injustice dont est victime

la communauté. Et puis

comment ce système ne comprend-

il pas qu'il n'a aucun crédit

et que l'argent n'est plus une

arme valable contre les victimes

du système ? Notre souffrance ne

peut être vendue.

 

LNE : Quel enseignement

avez-vous tiré de cet épisode?

 

L.O.O : J'ai compris que le gouvernement

baigne dans le faux

et, paradoxalement, il semble

comprendre un certain éveil chez

certains de la communauté haratine

qui sont prêts pour le combat.

Et j'ai compris qu’IRA a

réussi dans son combat et la jeunesse

haratine ne veut plus que

sa vie ressemble à celle de ses

géniteurs. L'actuelle génération

haratin est une génération de

refus ; elle lutte pour la liberté de

la communauté haratin. Enfin,

c'est une leçon pour la jeunesse

des victimes de l'esclavage, du

racisme et l'exclusion contre le

système en place.

Propos recueillis par

Brahim Ould Youssouf

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