Translate

http://haratine.blogspot.fr/

Loading...

mercredi 1 octobre 2014

Trois questions à….Samory Ould Bèye, président du Mouvement El Hor, président du Conseil national d’El Moustaqbel et secrétaire général de la CLTM

Trois questions à….Samory Ould Bèye, président du Mouvement El Hor, président du Conseil national d’El Moustaqbel et secrétaire général de la CLTM
Le Calame - “Le système en place ne veut pas regarder la réalité en face et persiste dans sa politique d’exclusion des Noirs du pays”

Le Calame : On assiste comme à un retour sur le terrain d’El Hor qui multiplie les sorties. La dernière date du 24 septembre. Pourquoi ce regain d’activités ?

Samory Ould Beye : El Hor a plus d’une raison de sortir, en plein jour, pour dénoncer les grandes injustices dont sont toujours victimes les Harratines, en dépit de diverses initiatives prises, çà et là, pour y trouver des solutions. Aucune lueur d’espoir : le pouvoir en place – je devrais dire, le système en place – ne veut pas regarder la réalité en face et persiste dans sa politique d’exclusion des Noirs du pays, alors qu’ils forment la majeure partie de sa population.

Face à cette situation, le Mouvement El Hor, qui lutte pour l’égalité et la justice, entre toutes les composantes du pays, ne peut pas rester les bras croisés, et le sit-in du 24 entre dans ce cadre d’actions de protestation et dénonciation.

Ce sit-in, je le signale à vos lecteurs, marque la première étape d’une série d’actions face au nouveau visage du système, visible dans la composition même de son gouvernement marqué du sceau de l’extrémisme étroit et dont l’action va, très certainement, accentuer l’arbitraire et la discrimination.

Une probabilité suffisamment grande pour que nous nous apprêtions à le combattre de toutes nos forces. Je rappelle, à l’opinion mauritanienne, que, depuis la publication du Manifeste des Harratines et l’imposante marche qu’ils ont organisée, le 29 avril dernier, le pouvoir s’est muré, comme à son habitude, dans un silence frustrant.

Au lieu d’apporter une réponse sérieuse aux propositions avancées par cette puissante composante du pays, de se pencher, pour de bon et avec toutes les forces vives du pays, à l’épineuse question de l’unité nationale, le pouvoir s’est raidi ; pire, il joue dans la provocation.

En effet, les Maures, par leur volonté, évidente, de maintenir le même système de gouvernance qui s’est accaparée de la Mauritanie, depuis les indépendances, prouvent leur refus de toute évolution, de tout changement. La fondation des écoles d’excellence, notamment militaires, sanitaires, minières, toutes fermées aux Noirs du pays démontre leur volonté de consolider leur système d’apartheid. Ce faisant, ils empêchent leurs compatriotes noirs de participer à l’édification de la Mauritanie de demain.

El Hor tient, désormais, à leur dire que cette situation ne peut plus durer et à réclamer l’instauration, rapide, de l’égalité et de la justice. S’ils persistent à croire que les Harratines vont continuer à leur servir de bêtes de somme, taillables et corvéables à merci, ils se trompent ! Lourdement.

Ce temps-là est bel et bien révolu, nous n’acceptons plus de servir d’instruments à leur solde. Ils persistent à s’accaparer de toutes les richesses du pays, toutes les fonctions essentielles du pouvoir, d’en exclure les autres composantes nationales, ils font, de la Mauritanie, un pays d’apartheid, compromettant, ainsi dangereusement, son avenir.

D’ailleurs, vous l’aurez constaté, d’autres composantes noires du pays bougent, pour que soit mis fin à leur exclusion. La Mauritanie appartient à tous ses fils, noirs et blancs confondus, c’est pour cette raison qu’El Hor exige que les Harratines soient impliqués dans la gestion de leur pays et refuse la persistance d’une Mauritanie à deux vitesses.

Les Harratines n’accepteront plus d’être des citoyens de seconde zone ! Nos frères maures doivent se ressaisir, regarder la réalité en face et œuvrer, résolument, à un vivre-ensemble meilleur, avec tous leurs autres compatriotes. Ils doivent apprendre à respecter le droit à la différence, à une citoyenneté, pleine et entière, de chacun, que la Mauritanie ne peut pas bâtir avec la seule composante maure.

Il est grand temps, pour les Maures, de comprendre que les mentalités ont fortement changé, que leurs compatriotes noirs sont déterminés à se faire respecter et à conquérir la place qui leur sied dans leur pays. Autrement, c’est une déclaration de guerre civile, ce que nous ne souhaitons certainement pas à notre pays. Force est cependant de constater que le régime en place demeure sourd à notre appel patriotique.

Face à cette espèce d’entêtement, nous lançons un appel vibrant à l’ensemble des forces vives du pays pour un changement décisif, un sursaut patriotique. C’est un grand défi, pour la Mauritanie, nous en sommes conscients. Mais Si l’Etat n’assume plus son rôle de garant des libertés et de la justice pour ses citoyens, il perd sa raison d’être et devient une menace pour la cohésion sociale.

C’est vous dire qu’El Hor s’inquiète, fortement, de l’avenir de ce pays. C’est pourquoi lançons-nous un appel à un dialogue national, franc et sincère, entre toutes les forces vives de ce pays, à une entente nationale.

Oui, El Hor est demandeur de ce débat, pour sortir la Mauritanie de l’œil du cyclone ! Notre pays se tient dans un contexte saharo-sahélien très trouble, menacé par divers périls, et, si nous ne prenons pas garde, des surprises désagréables peuvent nous arriver.

- Le gouvernement mauritanien a décidé de changer la position du week-end dans la semaine, à compter du 1er octobre. Quelle est votre réaction par rapport à cette décision qui fait passer le temps de travail de 8 à 9 heures par jour ?

- Cette décision du gouvernement est en violation, flagrante, avec la loi. L’institution du repos hebdomadaire ne peut être promulguée par un décret contredisant une loi. Le décret applique la loi, il ne lui est jamais supérieur.

Je crois que cette décision a été prise sur un simple coup de tête, ses conséquences seront fâcheuses pour les travailleurs : leur temps de loisir, le temps qu’ils devraient consacrer à leur famille, à se former et s’informer, à se déplacer se voit amputé mais, surtout et plus grave, ils vont se voir encore plus usés, avec cette heure supplémentaire de travail journalier.

Toutes ces contraintes entravent et violent la loi et la convention sur le travail, elles touchent, donc, aux droits des travailleurs. Le gouvernement n’a pas réfléchi à tout ça et a décidé d’agir, en mépris total de lois et conventions qui régissent les droits des travailleurs dans le Monde.

Il s’y ajoute que les Mauritaniens, fidèles musulmans, mettaient à profit la journée chômée du vendredi pour se consacrer entièrement à la grande prière. Autant de raisons qui nous ont poussé à publier une déclaration, au lendemain même de l’annonce de cette décision irréfléchie, pour attirer l’attention du gouvernement sur les conséquences fâcheuses de sa décision unilatérale.

- La question de la représentativité oppose dix-huit centrales syndicales au ministère de la Fonction publique et de la modernisation de l’Etat. Où se situe la pomme de discorde ?

- C’est une question importante. La pomme de discorde est à rechercher dans la fragilisation du mouvement ouvrier, suite à la multiplication des organisations syndicales dont certaines n’ont aucune crédibilité ; elles ne sont là que pour perturber l’action des syndicats qui font sérieusement leur travail.

Pour mettre de l’ordre dans cette espèce de bergerie, il a été décidé, avec le Bureau International du Travail (BIT) d’organiser des élections sociales directes, comme cela se fait en certains pays. L’organisation de telles élections suppose le recensement de tous les travailleurs du secteur public mais aussi privé, la confection de listes électorales, le découpage électoral et la mise en place de bureaux de votes (cinquante travailleurs par bureau de vote).

Les préparatifs de ce processus ont été entamés en 2008 par l’Etat, le patronat, les syndicats et les travailleurs, avec le concours du BIT. On a élaboré des textes réglementaires. Les projets de décret et d’arrêté furent soumis au BIT qui les a lus et approuvés.

Mais, en août 2008, intervint le coup d’Etat. Tout fut alors suspendu. Et depuis, nous, centrales syndicales, réclamons la réouverture du dossier, pour qu’on puisse, enfin, organiser des élections directes, afin d’établir la représentativité réelle des centrales syndicales sur le terrain.

C’est dans ce cadre que le nouveau ministre a décidé de reprendre le processus mais, à notre grande surprise, en ignorant les centrales syndicales, à l’exception de la seule CGTM, et tout ce qui avait été fait avec le BIT, conseiller technique en la matière. Le ministre travaille sur une nouvelle vision, autour de l’organisation d’élections sociales indirectes.

Nous avons tenté de convaincre le ministre de revenir sur sa décision et de respecter le travail réalisé avec le BIT et les autres partenaires sociaux. Mais il refuse de nous écouter, son objectif étant d’établir de nouvelles confédérations syndicales, acquises à sa solde, et de signer l’arrêt de mort de celles qui existent.

C’est dans l’air du temps, le président Aziz veut envoyer à la retraite tous ceux qui ne pensent pas comme lui ou pour lui. Pour tenter de berner l’opinion, le ministre s’évertue à entretenir une confusion entre élections directes et élections indirectes (sociales).

Les deux sont pourtant régies par des textes différents. Les élections indirectes concernent les délégués du personnel, au sein d’une entreprise. Leur mandat est de deux ans, tandis que les autres, dont le mandat est de quatre ans, obéissent au processus que nous avons expliqué plus haut et permettent d’établir la véritable représentativité d’une confédération syndicale, au niveau national.

Certes, le ministre peut tordre le cou aux textes, faire le forcing pour parvenir à son objectif, ce qu’il nous a fait savoir, au cours d’une réunion, en affirmant qu’il y réussirait, avec ou sans nous. Mais, face à son entêtement, nous avons engagé la bataille et saisi le Premier ministre qui nous a paru très réceptif, il a, d’ailleurs, décidé de surseoir au projet de son ministre et de mettre en place une commission pour plancher sur le processus de la représentativité syndicale.

Cette commission, que j’ai l’honneur de présider, est au travail depuis quelque temps. Une dynamique est donc lancée et nous espérons arriver des conclusions satisfaisantes. Comme je l’ai dit plus haut, le patronat et les dix-huit centrales syndicales, excepté la CGTM dont j’ignore la raison qui l’a poussée à cautionner la position du ministre, sont restés fidèles à la plateforme réalisée, en 2008, avec le BIT.

Propos recueillis par Dalay Lam 

FPC de Samba Thiam, Kaaw Touré, Ibrahima Mifo Sow et Scie, respectez au moins le repos de ceux qui sont dans les tombes !




 Deysane yourminima ha hérsinima….

L'immoralité sans limite de certains nègres qui ne reculent devant rien pour salir d'autres. Nom de Dieu tout puissant, ils sont partis déterrer à M’bagne le doyen Murtodo Samba Diop paix à son âme répondre à la place de Samba Thiam  pour charger leur ancien camarade, le professeur Sall Ibrahima Abou dans des histoires-délirantes de leur FPC. Ils sont pitoyables certains nègres, même les morts n'auront pas droit à la paix dans leurs tombes avec eux tant qu'ils n'arrivent pas à écouler leur sale besogne. J'ai été outré hier de découvrir toutes ces saletés dans le site boolumbal. Quand les vivants n'arrivent pas à discuter, comment feront-ils pour se comprendre avec les morts? Je n'ai qu'un souhait dans ma vie que les morts se reposent en paix au paradis amen. Je dis aux imbéciles qui sont derrière cette ignominie d'éviter de citer mon nom dans leurs histoires morts vivantes. Je sais de quoi je parle puisque j’ai été victime de cette bande des lâches en plus de la même pratique qu’ils sont entrain de faire subir au professeur Sall. Pendant des années, ils ont voulu dire que je me suis attaqué à Feu  prof Saidou Kane après sa mort alors que tout venait dans leur pire imagination en vue de salir le petit hartani comme ils le disaient à l’époque. Ce n’est pas pour rien le gourou Kaaw Touré a effacé certains archives compromettantes pour eux dans flamnet. Après  Mme Aminata Sy, pseudo « veuve » de feu Murtodo, voila FPC qui souille à son tour la mémoire d’un homme qui  sacrifia sa vie pour la cause noire en Mauritanie. Disons alors d’une seule voix, plus jamais ça, les morts ne méritent pas un tel spectacle public….

A Dieu Baba Légnol Murtodo Samba Diop, repose en paix, envoie un grand sourire lumineux comme un éclair à ces vieux ennemis têtes brulées qui ont tout fait pour te mettre à terre sans jamais y parvenir. 

ina lilahi wa ina ilayhi rajioune


Diko hanoune

lundi 29 septembre 2014

La mémoire collective: Un outil dans notre combat politique Par Sall Ibrahima Abou




Un outil dans notre combat politique


La question de l'identité dans le discours politique en Mauritanie est quelque chose de relativement ancien. On peut même dire qu'elle naquit avec la colonie. En effet, dès sa création théorique (par décision du conseil interministériel du 29 décembre 1899 tenu au 55, rue La Boétie 75384 Paris Cedex 08), et avant même la conquête militaire du Trab el Bîdhân[1] (1902-1933) le colonialisme français avait introduit déjà le débat sur les identités ethnique et raciale de leur future colonie. On parlait de créer un « (…) espace unitaire maure »[2] et de créer une colonie (la « Mauritanie occidentale ») dont les principes de fondements devaient reposer sur des « (…) facteurs de l'unité naturelle maures et sahariens »[3].
Les débats identitaires commencent à être affichés réellement durant les années 50, particulièrement à partir de 1958, avec la sortie dans la presse des colonies et dans celle de Paris de déclarations à caractères racistes et exclusivistes de certains leaders Bîdhân arabo-berbères.

Dans son numéro 334 du 21-27 avril 1958, un hebdomadaire de Dakar (Sénégal) « Echos d'Afrique noire » publie un article intitulé : « Les Maures veulent se rallier au Maroc parce qu'ils ne veulent pas être commandés par des Noirs ». Deux mois plus tard, dans le quotidien français, Le Monde du 29-30 juin, le vice-président du conseil du gouvernement de la colonie de Mauritanie, et futur président de la première république choisi par l’administration coloniale, Mokhtar Wul Daddah déclarait : « Si nous devions choisir entre une fédération maghrébine et une fédération d'AOF, nos préférences nous porteraient vers le Maghreb ».



[1]Territoires habités par ceux qu'on appelle communément, selon la terminologie coloniale « Maure » ou « Arabo-berbère », et qui se dénomment eux-mêmes, habituellement, « Bîdhân » qui veut dire « Blancs » par opposition aux « Sudan », les « Noirs ». Toutefois, depuis les événements de 1966 et surtout à partir de 1979 (Radio Mauritanie),  le discours panarabiste revendique l'appellation « Arabe » à la place de « Bîdhân ». Le panarabisme obtus les conduit à affiche une hostilité maladive contre leurs identités partagées « raciales » (Noirs), culturelles (Berbères et juives) et géographiques (Afrique : ils disent qu’ils ne sont pas Africains).

 [1]MARTY, Paul : « Considérations sur l'unité des pays maures de l'Afrique occidentale française » (Annuaires et Mémoires du CEHS/AOF. série B. 1916. pp. : 262-270)

[1] MARTY, Paul : « L'Emirat du Trarza ».  Revue du Monde Musulman. Paris, Leroux. 1919, in 8°. 438 pages.

-SALL Ibrahima Abou : « Mauritanie du Sud. Conquêtes et administration coloniales françaises. 1890-1945 » (éd.). Paris, Karthala, 2007. 815 pages. 




Mokhtar Wul Daddah
Face aux prises de position exclusivistes de cette personnalité qui prétendait construire l'unité de la Mauritanie, un conseiller territorial de la colonie du Sénégal, Dr Moustapha TOURE (1922 - vendredi 16 avril 2004) répondit dans le même journal : « (...) Si les Maures ne veulent pas accepter le jeu normal de la démocratie qui postule la loi du nombre ou que,(...) [s'] il leur coûte beaucoup trop d'être dirigés par des Noirs, le problème qui se pose à notre conscience nous Africains, nous Sénégalais, nous riverains du Fleuve, c'est celui du retour des Noirs de la Mauritanie actuelle dans la Fédération d'Afrique Noire, parmi leurs frères Nègres»[4]

Le Ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères de Mokhtar Wul Daddah, Hamdi Wul  Moukhnas (1968-1978), consolidera cette thèse dans une interview qu’il accorda au journaliste et ethnologue italien Attilio Gaudio dans un numéro spécial consacré en août 1976 au « Réveil mauritanien » dans la revue Remarques africaines de Bruxelles : « Certains observateurs ont peut-être été étonnés de notre entrée si tardive au sein de la Ligue des Etats arabes. En fait, elle est surtout due aux lendemains difficiles de notre indépendance. Nous étions alors coupés de tout et de tous. La colonisation nous avait intégrés à l’Afrique occidentale bien que notre culture soit arabe » [5]




[1] « Echos d'Afrique noire » Sur la photocopie de l'article que nous avons, le numéro et la date ne sont pas mentionnés.

[1] GAUDIO, Attilio : « Le dossier de la Mauritanie » Paris. Nouvelles éditions latines. 1978. 431 pages. p. : 270.

Chef de Service Maghreb et Afrique du Centre Ouest de l’Agence nationale italienne de presse (A.N.S.A.)

C’est le père de ce même Hamdi Wul Moukhnas qui a assassiné le leader politico-religieux du Fuuta Jaloŋ, Alfaa Yaayaa JALLO,  dans le courant du mois d’août 1912 à Port Etienne où il était exilé depuis le mois d’octobre 1911. L’Administration coloniale française de Mauritanie avait fait courir le bruit qu’il est décédé  des suites de mauvaises conditions de détentions ; mais, en réalité,  il fut tué par ce garde Bîdhân à la suite d’une vive altercation. L’homme politico-religieux du Fuuta Jaloŋ se plaignait de ses difficiles conditions de détention. Le père de Hamdi Wul Moukhnas ne supportant pas d’avoir été engueulé par un « sale nègre » tira sur lui un coup de fusil mortel.


Hamdi Wul Moukhnas
Durant la période coloniale, il faut préciser que le débat sur la question identitaire était rendu encore plus compliqué par les prises de position politique et idéologique raciste de l'autorité coloniale elle-même. Comme on dit en Pulaar ou Fulfulde : « jeddi ngalaa » (Nulle personne ne peut contester ce fait historique)
Comparés aux Bîdhân, les Noirs (Bamana, Fulɓe, H’râtîn, Sooninko, Wolof) étaient considérés inférieurs culturellement. L'administration coloniale avait la certitude qu'il y avait chez ces derniers un « vide culturel » qu'il fallait combler. Alors elle se crut dans le devoir de créer pour eux des écoles destinées à « (...) donner satisfaction aux légitimes aspirations des populations noires à la culture française »[6]. Tandis que chez les Arabo-berbères, le même gouverneur avait écrit « (...) il faut tenir compte du fait qu'il existe une civilisation musulmane fortement poussée que, partout nous respectons et favorisons »[7]. C'est la raison pour laquelle, à la différence des Noirs « (...) l'enseignement chez les Maures doit être avant tout un moyen d'action politique. (..) [pour] (...) former dans d'excellentes conditions et sans porter ombrage à l'esprit d'indépendance de nos administrés (...)"[8]. Le Lieutenant-gouverneur de Mauritanie par intérim, Beyries, a écrit quant à lui  dans son rapport politique annuel de 1938 que l'enseignement constituait par ailleurs un moyen « (...) de doter la nouvelle génération d'une culture arabe que leurs parents n'avaient pas »[9]. Cette politique de l'enseignement fut renforcée dès 1954 par la publication de l'arrêté n°139 du 24 mai 1954 du gouverneur de la Mauritanie rendant l'enseignement de l'arabe obligatoire sur l'ensemble du territoire[10].
Donc, contrairement à une idée reçue, ce n’est pas le premier gouvernement dirigé par Mokhtar Wul Daddah qui a imposé l’enseignement obligatoire de l’arabe, mais bien l’administration coloniale française. Les textes de février 1966 imposés par le régime de Mokhtar Wul Daddah étaient dans une logique de renforcement de cette arabisation.
La politique scolaire appliquée à partir de 1905, mais sans aucune formalisation au préalable, eut pour effet de diviser la communauté scolaire « mauritanienne » en deux groupes distincts sur des considérations raciales. En Mauritanie, dans l’exercice de l’administration coloniale, les « Mauritaniens » étaient administrés  sur des critères raciaux aussi dans les domaines de la justice, de la santé, dans le recrutement pour l’armée coloniale, dans le paiement des impôts[11].
Un des successeurs de Beyries, Christian LAIGRET, quant à lui, avait trouvé normal que cette colonie (qu'il assimilait à une seule ethnie, celle des Bîdhân et leurs H’râtîn et esclaves) se tienne, après les élections de juin 1946, « (...) à l'écart de toute réforme et de toute propagande. [car], (...) la circonscription électorale unique Sénégal/Mauritanie avait déçu les Maures, peu satisfaits de voir « (…) un Noir représenter un pays de Blancs »[12].
Evidemment, les chefferies guerrière et Zwâya avaient fini par être convaincues par cette thèse coloniale qui affirmait l'appartenance de la Mauritanie à une seule ethnie, la leur, les Bîdhân, et la primauté de ceux-ci sur les Noirs, quelles que soient leurs appartenances ethnique, culturelle et sociale (Bamana, Fulɓe, H’râtîn, Sooninko et Wolof)
La volonté de confier la direction du pays à des dirigeants politiques bîdhân, la conviction acquise par ces derniers que la Mauritanie était une « colonie ethnique maure », l'argumentation classique de groupes d'influence permanents issus des administrations civile et militaire de la colonie qui luttèrent pour que celle-ci ne soit pas annexée au Sénégal pour des raisons de non-rentabilité, et selon laquelle il fallait tenir compte du « (…) refus et de la crainte des Maures d'être dominés par des Noirs »[13], les prises de position des Noirs, tout ceci constituait un ensemble de facteurs psychologiques peu favorables à une stabilité sociale et politique. C'est dans ce contexte de culture politique ethnico-raciste que la colonie de Mauritanie accéda à l'indépendance le 28 novembre 1960.
Cette date symbolise l’affichage officiel local et international de l’hégémonie politique ethnico-raciale des Bîdhân et de l’arabité de la Mauritanie construite et cautionnée avec un accompagnement très lisible d’une Administration coloniale française très raciste anti-Noirs dans le cadre de cette colonie.
Pour confirmer cette vocation raciste anti-Noirs et panarabiste, après les arrestations de septembre 1986, celles de 1987-1990 et les massacres de militaires WaalFuuGi (Bamana, Fulɓe, Sooninko et Wolof), les déportations de 1989-1990, le Système Bîdhân mit en pratique, pour la première fois depuis novembre 1960 une nouvelle et inhumaine action pour montrer ses réelles convictions idéologiques et ses fermes intentions de réaliser ses objectifs politiques et socioculturelles d’arabisation intégrale de la Mauritanie : les pendaisons d’Inal dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990. 


[1] ANSOM. Aix-En-Provence. Carton 2256. Dossier 2. Enseignement en Mauritanie. 1950-1958.

[1] SALL, Ibrahima Abou : « Mauritanie du Sud. Conquêtes et administration coloniales françaises. 1890-1945 » (éd.). Paris, Karthala, 2007. 815 pages. 

[1]caran : 200 MI 1872/ANS 2 G 46/20. Mauritanie. Rapport politique annuel 1946. III : Elections. P. 9. Il s'agissait du député Léopold Sédar SENGHOR, le futur président de la République du Sénégal (1960-1981).  

[1]TERRIER, Auguste et MOUREY, Charles : L'expansion française et la formation territoriale. Gouvernement Général de l'AOF. Paris, Leroux, 1910. p : 301




Une inhumanité installée aux antipodes de la solidarité très humaine exprimée par un des rares Bîdhân qui fait exception : le lieutenant Mohamed Lemine Ould …, de la tribu des Tenwâjib. C’est seulement à Waalata que j’ai eu personnellement l’occasion de trouver pour la première fois depuis les arrestations de septembre 1986 ce cas exceptionnel de sympathie à notre égard. Dès les premiers contacts, il manifesta ce sentiment. Il commanda le fort pendant une courte période (27 avril - 27 juillet 1988). La raison de la brièveté de son séjour trouve, à l’évidence, son explication dans le témoignage de sa sympathie qu’il exprima à notre égard dès les premiers contacts dans notre salle d’enfermement.  Une sympathie qui était mal tolérée par ses subalternes dont son premier adjoint, Mohamed Ould BOWBÂLI qui refusait ouvertement de lui obéir à chaque fois qu’il donnait des ordres pour une amélioration de nos conditions de détention. La plupart d’entre nous comprirent que ce qu’il avait vu dans la salle de séjour des prisonniers politiques le jour de son arrivée l’avait choqué : « Comment peut-on faire ça à un être humain ? Comment peut-on faire ça à des êtres humains, des musulmans, des Mauritaniens !». Il fit tout pour améliorer nos conditions de détention (amélioration alimentaire, ouverture des fenêtres qui étaient condamnées et qui le seront de nouveau après son affection pour sanction parce que son comportement humanitaire avait été signalé par ses subalternes à la Direction de la Garde nationale à Nouakchott). Le premier jour, dès qu’il sortit de la salle de détention, il envoya même un garde acheter au village de Waalata du sucre, des arachides et du lait en poudre pour ceux qui étaient les plus marqués par la malnutrition.

Une solidarité humaine qui contrastait dans son intégralité avec l’inhumanité absolue affichée par le lieutenant Ghâli Ould SOUVY, de la tribu des Awlâd Gheylân (Adrâr) : «On vous a fait venir ici pour vous tuer. Vous ne retournerez jamais auprès de vos familles. Nous vous tuerons tous à petit feu, et nous ferons des rapports dans lesquels nous dirons que vous êtes morts de paludisme. C’est fini pour vous. C’est ma mission. Ordre du patron».

Le nom du lieutenant Mohamed Lemine Ould …et ceux d’autres qui ont agi comme lui doivent être mémorisés et honorés publiquement un jour, même à titre posthume lorsque notre pays trouvera un jour sa dignité humaine.

Ce jour viendra. J’en suis convaincu.



A l’opposé, ceux des criminels qui ont organisé et réalisé ce sinistre projet de destructions humaines au nom de l’arabisation et de la Bîdhânisation de la Mauritanie et leurs « Tirailleurs sénégalais » administratifs et militaires issus des milieux H’râtîn, Bamana, Fulɓe, Sooninko et Wolof seront mémorisés dans la négative absolue. La justice citoyenne et républicaine absolue sera appliquée contre eux.

Si de leurs vivants ils ne sont pas jugés et punis, alors leurs descendances risquent d’hériter moralement de ces crimes commis contre les Bamana, les Fulɓe, les Sooninko et les Wolof au nom de l’arabisation et de la Bîdhânisation de la Mauritanie. 

Des génocidaires en liberté : une honte pour l’Humain, une honte pour la Mauritanie











Comme on dit en Pulaar ou Fulfulde « Hare koko jokki haa poolgu » (le combat continue jusqu’à la VICTOIRE

Ibiraahiima Abuu SAL

2014, MBooy, 13 naasaande

(jeudi 13 mars 2014)





[1][1]Territoires habités par ceux qu'on appelle communément, selon la terminologie coloniale « Maure » ou « Arabo-berbère », et qui se dénomment eux-mêmes, habituellement, « Bîdhân » qui veut dire « Blancs » par opposition aux « Sudan », les « Noirs ». Toutefois, depuis les événements de 1966 et surtout à partir de 1979 (Radio Mauritanie),  le discours panarabiste revendique l'appellation « Arabe » à la place de « Bîdhân ». Le panarabisme obtus les conduit à affiche une hostilité maladive contre leurs identités partagées « raciales » (Noirs), culturelles (Berbères et juives) et géographiques (Afrique : ils disent qu’ils ne sont pas Africains).



 [1][2]MARTY, Paul : « Considérations sur l'unité des pays maures de l'Afrique occidentale française » (Annuaires et Mémoires du CEHS/AOF. série B. 1916. pp. : 262-270)



[1][3] MARTY, Paul : « L'Emirat du Trarza ».  Revue du Monde Musulman. Paris, Leroux. 1919, in 8°. 438 pages.



-SALL Ibrahima Abou : « Mauritanie du Sud. Conquêtes et administration coloniales françaises. 1890-1945 » (éd.). Paris, Karthala, 2007. 815 pages. 



[1][4] « Echos d'Afrique noire » Sur la photocopie de l'article que nous avons, le numéro et la date ne sont pas mentionnés.

[1][5] GAUDIO, Attilio : « Le dossier de la Mauritanie » Paris. Nouvelles éditions latines. 1978. 431 pages. p. : 270.

Chef de Service Maghreb et Afrique du Centre Ouest de l’Agence nationale italienne de presse (A.N.S.A.)

C’est le père de ce même Hamdi Wul Moukhnas qui a assassiné le leader politico-religieux du Fuuta Jaloŋ, Alfaa Yaayaa JALLO,  dans le courant du mois d’août 1912 à Port Etienne où il était exilé depuis le mois d’octobre 1911. L’Administration coloniale française de Mauritanie avait fait courir le bruit qu’il est décédé  des suites de mauvaises conditions de détentions ; mais, en réalité,  il fut tué par ce garde Bîdhân à la suite d’une vive altercation. L’homme politico-religieux du Fuuta Jaloŋ se plaignait de ses difficiles conditions de détention. Le père de Hamdi Wul Moukhnas ne supportant pas d’avoir été engueulé par un « sale nègre » tira sur lui un coup de fusil mortel.

[1][6] ANS. 2G34/139 (200MI 2657). Rapports statistiques scolaires 1933-1934. Mauritanie. Page 8.

[1][7] ANS. 2G34/139 (200MI 2657). Rapports statistiques scolaires 1933-1934. Op. Cit.

[1][8] ANS. 2G34/139 (200MI 2657). Rapports statistiques scolaires 1933-1934. op.. Cit.

[1][9] ANS : 2 G 38/1 (200MI 1792). Rapport politique annuel de 1938. Mauritanie. Lt-Gouverneur par intérim Beyries.

 [1][10] ANSOM. Aix-En-Provence. Carton 2256. Dossier 2. Enseignement en Mauritanie. 1950-1958.

[1][11] SALL, Ibrahima Abou : « Mauritanie du Sud. Conquêtes et administration coloniales françaises. 1890-1945 » (éd.). Paris, Karthala, 2007. 815 pages. 

[1][12]caran : 200 MI 1872/ANS 2 G 46/20. Mauritanie. Rapport politique annuel 1946. III : Elections. P. 9. Il s'agissait du député Léopold Sédar SENGHOR, le futur président de la République du Sénégal (1960-1981).  

[1][13]TERRIER, Auguste et MOUREY, Charles : L'expansion française et la formation territoriale. Gouvernement Général de l'AOF. Paris, Leroux, 1910. p : 301