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mercredi 18 décembre 2019

ENCORE ET TOUJOURS LE BLANCHIMENT D’ESCLAVAGE EN MAURITANIE




مبادرة إنبعـــاث الحــــركة الانعتـــــــاقية
INITIATIVE DE RESURGENCE DU MOUVEMENT ABOLITIONNISTE EN MAURITANIE
IRA – Mauritanie


ENCORE ET TOUJOURS LE BLANCHIMENT D’ESCLAVAGE EN MAURITANIE

Note d’alerte, 18 décembre 2019

Après une décennie de répression par son devancier Mohamed Ould Abdel Aziz, contre les militants anti-esclavagistes, période jalonnée d'interdiction de s'associer, de se réunir, de manifester, de s'exprimer, de procès à répétition, d'arrestations, de torture, de maltraitance et d’arbitraire, l'ère du nouveau président Mohamed Ould Ghazouani augure plutôt de la continuité en direction de l’impasse.

L’ensemble des procédures pénales de crime contre l'Humanité, imprescriptible selon notre constitution, ont été retournées à cause du zèle du ministère public et grâce au concours des magistrats du siège, en collusion avec les groupes dominants ; les victimes d'esclavage et leurs soutiens ne perçoivent les signes du renouveau annoncé à la faveur de l’alternance de juin. Outre le cas de la fille de 14 ans, Ghaya Maiga, remise à ses bourreaux par le juge Ethmane Ould Mohamed Mahmoud, le nouveau président, dans son  entretien du 18 novembre 2019 avec le journal sénégalais Le Soleil, reproduit le déni d’une injustice, administrée, selon divers degrés et depuis des siècles, à une majorité de la population d’origine servile. 

Le président de la Commission nationale des droits de l'Homme, récemment encore, imputait des cas d’esclavage à des étrangers transhumants, comme s’il fallait éloigner de nos frontières la moindre suspicion. L’ancien Premier Ministre de la décennie du faux, Yahya ould Hademine avait inventé la thèse des maliens itinérants qui se déplaceraient sur notre territoire, suivis de leurs bétail et serviteurs. Enfin, une attestation supplémentaire de mauvaise foi réside dans la non-exécution, depuis mars 2018, des peines de 10 à 20 ans de prison, infligées, par contumace, aux auteurs d’exploitation et de trafic d’être humains, d’ailleurs aggravés de sexisme ; à tous les niveaux de l’Etat, opèrent la solidarité et l’immunité, au bénéfice des descendants de maitres.

Aujourd’hui, se présente à l’opinion, l'affaire de l'association de malfaiteurs dénommée "Démocratie Islamique", groupuscule hyperactif sur les réseaux sociaux, qui se targue de mobiliser les concours parmi la féodalité Soninké et des connexions aux nouveau pouvoir.

A visage découvert - image animée et séquences audio à l’appui - ses animateurs promeuvent l'inégalité de naissance et insultent les personnes d’extraction servile, au motif, erronée, d’une prescription d’ordre divin; disponibles par dizaines, les documents comportent des menaces nominales, des séances de molestation et d’humiliation et des simulations de châtiments corporels. Les applications Whatsapp et Facebook témoignent du déferlement de haine, jusque dans les villages reculés. A présent ciblés,  les défenseurs de la dignité se retrouvent en proie à la vindicte d’où leur exposition aux brutalités ; les situations d’agression, de spoliation et de voies de faits se multiplient dans les régions du Guidimakha et du Hodh Echarghi, sans épargner le sud- ouest du  Mali.

Boubacar Camara dit Moustapha et son adjoint Oumar Camara alias Bourou, ressortissants de la Mauritanie, conduisent la campagne électronique de persécution, sur fond d’extrémisme  religieux.

Sur la liste des victimes désignées à l’opprobre, reviennent les noms des jeunes Yacoub Baghayoho et Hamza Camara (membres du Conseil Exécutif d'Ira-M), Diadié Bambi Coulibaly, 55 ans, Hamedou Coulibaly 56 ans et Sidi Koné (âgé de 78 ans) ; aussi, ont-ils porté plainte contre les dirigeants de "Démocratie Islamique" et deux autres activistes de cette obédience, en l’occurrence Bouthié Dioumassy et Bouyé Dembélé.

La requête a été introduite par les avocats d'Ira-M, maîtres Amed Ely et Zakaria Mouhiedine Bilal. Ils déposaient plainte, le 31 octobre 2019, devant le procureur de la république du tribunal de Nouakchott-Nord. Le parquet trainait le dossier, à la mi-décembre, avant d'ordonner, à la police, de diligenter une enquête pour « apologie de l’esclavage ». Les deux principaux mis en cause, Boubacar Camara et Oumar Camara, se sentirent suffisamment forts, pour attaquer un attroupement d'abolitionnistes, réunis devant le commissariat de Sebkha où la police interrogeait quatre des plaignants.

Mais très vite, les membres d'Ira-M rassemblés comprirent les intentions des assaillants et évitèrent la provocation. Or, les deux chefs de l'organisation conservatrice, s'adressèrent au procureur de la république ; auprès de lui, ils prétendirent avoir essuyé la violence des 5 auteurs de la plainte, pourtant hors du lieu de la rixe présumée. Aussitôt, fut déclenchée une procédure judiciaire de mise en examen et d’emprisonnement immédiat des cinq victimes, dès lors accusées de coups et blessures ; par une inversion dont les tribunaux de Mauritanie se réservent le secret et l’usage établi, les plaignants se trouvèrent inculpés. L’équilibre ainsi orchestré vise à intimider les partisans de l’émancipation et décourager toute velléité de requérir le secours de la loi. 

Il convient de le souligner, le juge d'instruction Taleb Bouya Ould Ahmed, responsable du tripatouillage, ne manifeste aucun scrupule à faire incarcérer un vieillard des hommes innoncents et âgés,  dont un de 78 ans, venu, de loin, chercher protection et équité ; le même magistrat usait de ruse et de contrefaçon, déjà en juin 2016, contre les membres de Ira-M, lors de l’affaire dite « Adabaye Bouamatou ». D’une aversion viscérale au mouvement pour légalité des droits et des chances, Taleb Bouya Ould Ahmed représente la face hideuse du chauvinisme qui avance sous le masque de la piété. Au-delà de l’individu, l’appareil judiciaire de la Mauritanie abrite, en position de commandement, un personnel de formation talibane, qui hérite de siècles de suprématie.

Ira-M demande, au Président de la république de se ressaisir, à temps en tirant la leçon des échecs de ses prédécesseurs, face à l’endurance du mouvement abolitionniste. Qui se met en travers d’une telle cause ou en contrarie la dynamique, y perd, toujours. De surcroît, il risque d’introduire davantage de vulnérabilité dans le capital de la paix civile. Il appartient, à Mohamed Ould Ghazouani, de donner, aux mauritaniens d’en bas, la mesure de sa résolution à tourner la page de l’impunité et de l’occultation. Liberté et cohésion sociale se nourrissent, d’abord, de transparence tout comme l’autoritarisme et la discorde reposent sur le tabou


Nouakchott 18 décembre 2019
La commission de communication

mardi 17 décembre 2019

Alerte-Mauritanie : des abolitionnistes Soninké envoyés en prison avec un homme de 70 ans sans aucune raison.

Une situation judiciaire inédite, surtout troublante,  du jamais vue dans le monde judiciaire. Les plaignants et les accusés ont été tous déférés  à la prison civile de Dar-Naïm de Nouakchott. Voila  qui créa la stupeur générale dans cette journée du 18 décembre 2019. Quand un juge d’instruction n’est plus en mesure  de séparer le vrai du faux, qu’est ce qu’il fait  dans l’introduction de dossiers judiciaires? Le rôle d’un juge est de faire jaillir la verité, rien que la verité.  Tout est parti de deux plaintes déposées contre les responsables d’un groupuscule  de féodaux Soninké, dénommé « Democratia Islamique », qui  font  l’apologie et les injures publiques à caractères esclavagistes leur activité  préférée dans les réseaux sociaux depuis plusieurs années. Leurs messages sont propagés dans tous les villages Soninké et  au-delà même des frontières Mauritaniennes.



La première plainte des abolitionnistes Soninké concerne M. Fousseinou Soumani Camara.  Le 27 novembre dernier, il est envoyé en prison pendant 15 jours avant de bénéficier d’une liberté provisoire sous contrôle judiciaire. Lors de l’enquête d’audition de plaignants sur son dossier par la police judiciaire du commissariat Sebkha 1, les nommés Boubacar Camara alias Moustapha Camara, président du groupuscule extrémiste et son homme de main répondant au nom Oumar Camara alias Borou Camara montent un complot pour tirer d’affaire leur parent et ami.



 Ils ont fait une descente au commissariat pour provoquer une bagarre devant le commissariat de police. Ils sont venus dans leur 4x4 frimant,  commencèrent à prendre des photos en menaçant et injuriant les militants abolitionnistes en dehors du commissariat. Une altercation aurait suivi, M. Borou Camara tente d’utiliser son véhicule 4x4  comme véhicule bélier contre les  militants. Des policiers sortent du commissariat et calment les esprits. Puis, trois jours plutard, ils déposent une fausse plainte au parquet pour agression, dégradation d’un bien et vol de 700 milles ouguiyas contre:


-  Diadié Bambi Coulibaly, au nomment des faits, il était devant la PJ pour son audition à l’intérieur du commissariat ;

-Yacoub Bakhayokho, président de l’ong UVDS, militant IRA,  qui traduisait  l’arabe en Soninké les textes de la PJ pour les plaignants à l’intérieur du commissariat ;

-Hamza Camara,  n’était même pas présent sur les lieux pour assister à une quelconque bagarre;

-Le vieux Sidi Koné, agé de 70 ans  était à l’intérieur du commissariat pour son audition par la PJ ;

 -Hademou Coulibaly,  était à l'intérieur du commissariat se faisant auditionné par la PJ;


Toutes les personnes visées,  sont celles qui ont déposé  plaintes contre les responsables du groupuscule féodal en question. Voila la supercherie de l’arbre qui cache la forêt, sans la moindre preuve sur ces accusations grotesques, un juge d’instruction décide d’envoyer Moustapha Camara, Borou Camara et les autres innocents en prison comme ça. Il est à noter que cela fait plusieurs mois qu’une plainte incriminant Moustapha Camara,  Borou Camara, Bouthié Dioumassy et un autre ressortissant Malien au nom de Bouyé Dembelé pour apologie de l’esclavage est en cours. Pourquoi le même juge d’instruction n’a pas encore étudié cette plainte. Est-ce qu’une manière de blanchir les esclavagistes ?  Est-ce qu’un  message fort aux plaignants victimes de l’esclavage coutumier pour les décourager à poursuivre en justice leurs bourreaux? Dans quel système judiciaire vivons-nous ? Dans quel pays au monde ou assiste à ce genre de spectacle, plaignants et accusés tous envoyés en prison ? Doit-on parler d’une justice ou une plaisanterie de mauvais goût ? La reforme de notre système judiciaire est plus qu’une nécessité. Il faut mettre des vrais juristes à la place de certains guignols  juges qui ne lisent plus la loi ni la vérité, mais, au choix du plus offrant. Innocent ou pas, je te mets en prison, vous voyez le danger d’une justice indigne ? Le président Mohamed Cheikh El-Ghazouani avait promis une justice équitable pour tous les Mauritaniens, mais,  il faudra qu’il nous trouve très rapidement plutôt des magistrats équitables. Vraiment très consternante cette situation.



Lien à suivre absolument pour comprendre « Democratia Islamique »




Diko Hanoune/ Abolitionniste Mauritanien

samedi 14 décembre 2019

DROIT DE RÉPONSE : GANBANAAXUN FEDDE, MOUVEMENT TRANSNATIONAL HUMANISTE et LÉGALISTE EST FONCIEREMENT L'ANTITHÈSE DES IDEOLOGIES FÉODALO-ESCLAVAGISTE

DROIT DE RÉPONSE : GANBANAAXUN FEDDE, MOUVEMENT TRANSNATIONAL HUMANISTE et LÉGALISTE  EST FONCIEREMENT L'ANTITHÈSE DES IDEOLOGIES FÉODALO-ESCLAVAGISTE DE PLUS EN PLUS VIOLENTES ET AGRESSIVES AU SEIN DE LA COMMUNAUTÉ SONINKÉ 

Comme souvent et pour permettre à ceux qui ne sont pas familiers de la langue soninké de comprendre le sens de l’expression « GANBANAAXU », nous nous sommes habitués dans nos différentes communications et autres tribunes libres à définir systématiquement ce vocable, qui signifie : ÉGALITÉ EN DROIT ET EN DIGNITÉ. 
 
Le mouvement « GANBANAAXUN FEDDE » est une initiative transnationale, progressiste et citoyenne de conscientisation des masses afin qu’elles comprennent l’urgence et la nécessité des réformes au sein de la communauté soninké où sévit depuis très longtemps un régime coutumier foncièrement discriminatoire, ségrégationniste et d’une violence symbolique inouïe. Depuis bientôt 4 ans, cet engagement pacifique est mené courageusement à travers un collectif d'associations transnational,  pour le respect et la restauration de la DIGNITÉ HUMAINE au nom d'une FRATERNITÉ RÉELLE. Ce collectif d’associations hétéroclites lutte pour l’effectivité d'une CITOYENNETÉ ÉGALITAIRE consacrée et sanctifiée par les textes fondamentaux de nos États respectifs et par toutes les institutions internationales habilitées à défendre les Droits Humains mais aussi pour le respect strict de la légalité républicaine en toute circonstance, laquelle permet à tous ses enfants les mêmes droits, les mêmes chances, les mêmes opportunités tout en leur imposant les mêmes devoirs.  

Après cette présentation assez rapide du mouvement, notre présent communiqué tient lieu d'un droit de réponse à une tribune farfelue, truffée de mensonges et honteusement diffamatoire. Le texte de cette tribune libre http://cridem.org/C_Info.php?article=730433, signé par une nébuleuse et fantomatique structure qui s’est autoproclamée « tounka lenmou fedde », littéralement « l’association des fils ou héritiers des rois » (dirigeants féodaux en traduction), il serait plus judicieux de dire plutôt « tounka lonbrou fedde », littéralement « les rois qui ne valent rien ou les rois de peccadille »,  vise à faire diversion en accusant l'éveil humaniste et citoyen porté par le mouvement GANBANAAXUN FEDDE et ses partenaires abolitionnistes. Dans leur tribune libre, au fond abject  et infect, parue à CRIDEM, nous y décelons les mêmes tentatives vaines à vouloir camoufler la source de ce que vit aujourd'hui la communauté soninké dans la sous- région ouest- africaine pour ce qui concerne l'esclavage coutumier par ascendance.
 
 C’est un secret de polichinelle que de dire qu’il existe chez les soninkés, un esclavage statutaire intracommunautaire qui se pratique et se perpétue à travers d'innombrables violences symboliques et physiques, qui se sont même amplifiées ces dernières années, comme en atteste ce reportage récent de la chaîne internationale France 24. https://observers.france24.com/fr/video/ligne-directe-resister-esclavage-mali  https://m.facebook.com/FRANCE24/videos/2548639315424208/

La réalité est qu'aujourd'hui au sein des communautés soninké, les personnes « castées » et assignées statutairement et socialement esclaves, refusent fermement de se laisser faire et revendiquent une CITOYENNETÉ ÉGALITAIRE selon les dispositions prévues par l'ordre républicain en vigueur dans nos pays. Ils se sont dressés pacifiquement contre les pesanteurs sociales injustes et humiliantes du système féodalo-esclavagiste incarné par les « LAADANI » c’est à dire les rapports sociaux discriminatoires et ségrégationnistes issus de la stratification sociale par laquelle la caste dite esclave est reléguée au bas de la pyramide dans tous les domaines de la vie profane et religieuse de la communauté. 
 
Du côté mauritanien, les tenants de ce système réactionnaire qui défie l’ordre républicain et les lois nationales, sont organisés en groupuscules extrémistes via watsap et Face book et s'adonnent de manière régulière à des discours aux relents apologétiques de l’esclavage et à diverses provocations injurieuses. 
 
Fidèles à nos principes et à notre option de lutte pacifique, nous avons porté leurs agissements répréhensibles aux autorités compétentes ces derniers jours avec notamment le cas de Fousseyni Soumani Camara connu comme un acerbe provocateur apologiste de l'esclavage qui en a fait son sport préféré. 
 
Dans une communication récente http://cridem.org/C_Info.php?article=729831 , concernant son affaire portée devant la Justice, nous y avions signalée les provocations troublantes de complices identifiés de Fousseyni Soumani Camara sur nos militants en sit-in pacifique devant le commissariat Sebkha 1. Ces provocateurs qui sont Boubacar Camara plus connu sous le prénom de Moustapha Camara et Borou Camara lançaient en direction de nos militants certaines déclarations de nature apologétique et tentaient de prendre des images vidéo de nos membres avec leurs téléphones portables. Ils ont bien évidemment été empêchés. 
 
Mais, comble du cynisme, dans leur récente tribune libre, sans vergogne, ils n’ont pas hésité à tenter une ultime pirouette en essayant de jouer à la victime d'une agression imaginaire en mettant en exergue une scène d’attaque simulée de ces deux individus alors qu’ils font l'objet de plaintes bien solides pour leurs propos apologétiques de l'esclavage tenus dans leurs groupuscules watsap "democratia islamic" et "tounka lenmou fedde" . 
 
Nous tenons donc à donner ces précisions importantes, qui seront portées à la connaissance des autorités judiciaires avec preuve à l'appui. Dans leur déni de l'existence de l'esclavage coutumier par ascendance, nous les trouvons définitivement déboussolés et désorbités. Les mentalités féodalo-esclavagistes en milieux soninké sont connues de tous depuis toujours. Depuis trois ans, toutes les problématiques soulevées en milieux soninkés et notamment au Guidimakha, tournent autour de l'esclavage sous ses manifestations sociétales et coutumières. Nos divers communiqués de presse ont relevé plusieurs cas évidents même si la judiciarisation au niveau régional n'a pas souvent suivi les dossiers sous le prisme de cet esclavage coutumier par ascendance très défendu par les extrémistes féodaux et leurs complicités parentales parmi certains éléments introduits dans les rouages étatiques. 

L'engagement GANBANAAXUN FEDDE s'inscrit dans les valeurs humanistes et citoyennes, et reste fidèle plus que jamais à cette voie(x). Et les manigances diffamatoires de certains adeptes inféodés aux mentalités féodales et esclavagistes du moyen-âge, seront sans effet face à notre détermination et notre résolution contre l'esclavage coutumier par ascendance érigé en mode de vie si ce n’est en art de vie par certains milieux soninké.


Nouakchott  15 Décembre 2019


P/ La communication GANBANAAXUN FEDDE et partenaires.

samedi 16 novembre 2019

Objet : Dénonciation et plainte contre Mahamadou Touré


Aux autorités du Royaume d’Arabie Saoudite.
Copie adressée aux institutions religieuses du monde islamique.
Objet : Dénonciation et plainte contre Mahamadou Touré

Nous, Associations antiesclavagistes de l’Afrique de l’Ouest de la communauté soninké, avec nos partenaires, nous portons à la connaissance des autorités Saoudiennes et à l’Oumma Islamique, la diffusion de prêches qui autorisent l’esclavage entre des musulmans au nom du Saint Coran. Ce sont des prêches qui portent atteinte à l’image de l’Islam dans le monde. Tout mensonge diffusé au nom d’Allah, le saint Coran et son prophète Mohamed (PSL) est un blasphème.
Le coran, livre universel appelle à la paix, à l’unité des hommes, à leur connaissance mutuelle et à la dignité de tous. En effet, le projet divin pour l’homme a toujours été d’établir la justice et l’équité sur terre afin que la fraternité entre les hommes soit effective et devienne une réalité par la disparition des discriminations et la cessation des privilèges immérités. Les croyants, nous dit le Coran, « ne peuvent être que des frères ». Autrement dit, ils ne peuvent pas être autre chose que des frères, à moins de cesser d’être des croyants.

Dans un autre verset, un appel est adressé à tous les humains pour leur rappeler leur origine commune. Allah dit « Ô vous les hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Nous vous avons constitués en peuples et en tribus dans le seul but  que vous vous connaissiez mutuellement. Le plus noble d'entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux d'entre vous. Dieu est certes Omniscient et Grand Connaisseur ». Toute la philosophie de la révélation est résumée dans ce sublime verset. Il s’agit en définitive de nous connaitre mutuellement et non de nous dominer mutuellement, nous aider mutuellement et non que les uns spolient les autres, nous aimer mutuellement et non que les uns se considèrent comme privilégiés et donc supérieurs aux autres. 

 Le Royaume d’Arabie Saoudite abrite le haut lieu saint de tous les musulmans, nous sommes profondément blessés par les prêches de ce monsieur, originaire de la République du Mali, de l'ethnie Soninké, qui réside en terre sainte depuis de nombreuses années. Cet homme, du nom de Mahamadou Touré, porte atteinte  à la dignité d’homme d'un bon nombre de musulmans dans la communauté Soninké qui se trouve à cheval entre plusieurs pays d'Afrique de l'ouest (Mali, Mauritanie, Sénégal, Gambie et la Guinée).

De 2000 à  2019, ce prêcheur qui dispose d’une grande audience au sein de la communauté Soninké avait diffusé plusieurs cassettes « audio » légitimant l'esclavage coutumier par ascendance entre les musulmans. Ce prêche scandaleux qui instrumentalise notre sainte religion en cautionnant des pratiques antéislamiques comme l’esclavagisme intra-africain organisé par des forces de la jahilya qui sévissaient sur le continent par des brigandages et autres trafics humains dans cette zone. Son discours apologiste de ces pratiques inhumaines a été la cause d'innombrables agressions de toutes sortes perpétrées par des esclavagistes Soninké sur d'autres personnes qui se sont révoltées contre cette situation inacceptable.  Nous vous mettons en liens quelques images de ces atrocités.

En tant que responsables théologiques et moraux de l’Islam dans le monde, nous vous demandons d’entreprendre des poursuites judiciaires et administratives contre cet homme, nommé Mahamadou Touré. Nous attirons aussi l'attention des autorités saoudiennes sur le cas de ce prêcheur coutumier en terre sainte car ses disciples fanatisés commettent de graves crimes à l'endroit d'autres personnes considérées à tort comme leurs esclaves récalcitrants alors qu’elles sont musulmanes. 

 Le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Le musulman est le frère du musulman, il n'est pas injuste avec lui, il ne l'abandonne pas. Et celui qui s'occupe du besoin de son frère, Allah s'occupe de son besoin. Celui qui soulage un musulman d'un souci, Allah le soulage d'un souci parmi les soucis du jour de la résurrection. Et celui qui couvre un défaut du croyant, Allah le couvrira le jour de la résurrection ».

Les associations signataires :
ARMEPES-FRANCE,
RMFP
ASSEP
SECTION UVDS-FRANCE
IRA - FRANCE
AHME
ÉGALITÉ SANS FRONTIÈRES

Nos contacts : Téléphone : +33 6 46 61 66 22
Paris, 14 Novembre 2019




إلى المملكة العربية السعودية
نسخة موجهة إلى الهيئات الدينية في العالم الإسلامي

الموضوع: شكوى ضد محمدو توري
هاتف 0016124322648 – 00116128141282

نحن الموقعين أسفله، أعضاء الجمعيات المناهضة للرق في إفريقيا الغربية المنتسبون لجماعة الصوننكي بمعية شركائنا نعلن للسلطات السعودية وللأمة الإسلامية عن حصول ونشر صلوات تسمح بالاسترقاق بين المسلمين وذلك باسم القرآن الكريم. ويتعلق الأمر بدعوات تسيء إلى صورة وسمعة الإسلام في العالم. وكل كذبة يتم نشرها باسم الله وباسم القرآن الكريم وباسم النبي محمد (صلى الله عليه وسلم) مجرد بدعة. ويعتبر القرآن الكريم كتابا كونيا جامعا يدعوا إلى السلم والى وحدة الناس والتعارف المشترك بينهم واحترام كرامتهم جميعا. بالفعل، تمت إقامة المشروع السماوي بالنسبة للإنسان على أسس العدل والمساواة على الأرض من أجل أن تكون الإخوة بين الناس فعلية وان تكون واقعا يدفع إلى القضاء على التمييز والحد من الامتيازات غير المستحقة. ويقول القرآن الكريم "إنما المؤمنون إخوة". وبعبارة أخرى، لا يمكن أن يكون الناس إلا اخوة، اللهم إلا إذا تخلوا عن الإيمان. وفي آية ما تم توجيه الدعوة إلى كل الناس لتذكيرهم بأصل البشر. " يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنَّا خَلَقْنَاكُم مِّن ذَكَرٍ وَأُنثَىٰ وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا ۚ إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِندَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ ". وتتلخص جميع فلسفة الوحي في هذه الآية الكريمة. وفي النهاية، يتعلق الأمر بان نتعارف فيما بيننا وان لا يسيطر بعضنا على بعض وان يساعد بعضنا البعض وإلا يقوم بعضنا باستغلال البعض وان لا يعتبر البعض منا أفضل من البعض الأخر.

إن المملكة العربية السعودية تحتضن اقدس موقع عند كل المسلمين، وقد تسببت لنا دعاية هذا السيد جراحا كبيرة وعميقة، وهو منحدر أصلا من مالي، ومن طبقة الصوننكي ويعيش في الديار المقدسة منذ سنوات عديدة. ان هذا الشخص الذي يطلق عليه اسم محمد توري، يتسبب في المساس من كرامة العديد من المسلمين في المجموعة الصوننكية التي توجد على مسافة فرس بين العديد من دول إفريقيا الغربية (مالي، موريتانيا، السنغال، غامبيا وغينيا). فمنذ سنة 2000 إلى سنة 2019، قام هذا الداعية الذي يتمتع بقوة الخطاب على مستوى مجموعة الصونني بنشر العديد من الأشرطة السمعية تقوم على تشريع الاستعباد العادي حسب التوارث بين المسلمين. ان هذا الداعية المخزي الذي يستعمل ديننا الحنيف لتأمين الممارسات المناهضة للإسلام من قبيل العبودية داخل إفريقيا المنظمة بواسطة قوى جاهلية التي كانت تسيطر على القارة عن طريق اللصوصية والمتاجرة بالبشر في هذه المنطقة. ان خطابه الخرافي حول هذه الممارسات غير الإنسانية كان سببا في العديد من الاعتداءات متعددة الاشكال والانماط المرتبكة من طرف الاستعباديين الصوننكي على أشخاص آخرين ما فتئ ان ثاروا ضد هذه الوضعية المرفوضة. ونترككم  مع عينات من هذه الجرائم الشنيعة.
وباعتباركم مسئولين دينيون ومعنويون عن الإسلام في العالم، فإننا نلتمس منكم القيام بالمتابعات القانونية والإدارية ضد هذا الرجل، المدعو محمد توري. ونلفت انتباه السلطات السعودية حول حالة هذا الداعية العادي على ارض مقدسة لان مريدوه وإتباعه المغرورين يقومون بارتكاب جرائم خطيرة نيابة عن أشخاص آخرين كما لو كانوا عبيدا لهم في حين أنهم مسلمون.

وعن ابن عمر رضي الله عنهما أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال : المسلم أخو المسلم لا يظلمه ولا يسلمه من كان في حاجة أخيه كان الله في حاجته ومن فرج عن مسلم كربة فرج الله عنه بها كربة من كرب يوم القيامة ومن ستر مسلما ستره الله يوم القيامة متفق عليه.

الجمعيات الموقعة :

ARMEPES-FRANCE,
RMFP
ASSEP
SECTION UVDS-FRANCE
IRA - FRANCE
AHME
ÉGALITÉ SANS FRONTIÈRES

Nos contacts : Téléphone : +33 6 46 61 66 22
Paris, 14 Novembre 2019  



To the Kingdom of Saudi Arabia.
Copies addressed to the religious institutions of the Islamic world.
Object: Denunciation and complaint against Mahamadou Touré.

We: The Anti-slavery Association of West Africa of the Community Soninké, with our partners bring to the awareness (knowledge?) of the Saudi authorities and theIslamic Ummah, the diffusion of preaching that authorizes slavery between Muslims in the name of the Sacred Koran. This preaching brings disrepute to the image of Islam in the world. All lies spread in the name of Allah, the Holy Koran and itsProphet Mohamed (PSL) is a blasphemy. The Koran, the universal book, appeals for peace, for the unity of mankind, to their mutual knowledge of each other and dignity for all.

In truth, the divine project for mankind has always been to establish justice and equality on earth in order that the fraternity among men was effective and becomes a reality, by the disappearance of discrimination and the ceasing of unmerited privileges. The believers, the Koran teaches us “can only be brothers”. In other words, they can only be brothers unless they cease to be believers. In another verse, an appeal is addressed to all humanity, in order to remind them of their common origin.

Allah says “Oh you the humans! We have created you as a male and a female. We have created you in peoples and tribes with the sole aim that you mutually know each other. The noblest among you, nearest to God, are the most pious among you. God is certainly Omniscient and All Knowing”. All of the philosophy of the revelation is summed up in this sublime verse. It refers quite definitively, to know each other and not to mutually dominate each other. To help each other and not to despoil each other. To mutually love each other, and not for one to consider themselves as privileged, and thus superior to others.

The Kingdom of Saudi Arabia is the home of the highest saintly authority of all Muslims, we are deeply wounded by the preachings of this man, originally from the Republic of Mali, and of Soninké ethnicity, who for many years has resided in the holy land. This man, known by the name Mahamadou Touré, brings disreputeto the human dignity of numerous Muslims in the Soninké community that sits on the frontiers of a number of West African countries (Mali, Mauritania, Senegal, Gambia and Guinea).

Between 2000 and 2019, this preacher who has access to a large audience inside of the Soninké community has distributed a number of audio cassettes, legitimizing slavery as customary by ascendance between Muslims. This scandalous sin that instrumentalizes our holy religion by authorizingthese anti-Islamic practices, such as inter-African slavery organized by the forces of the Jahiliyya on the continent that are actively engaged in by outlaws and other traffickers in humans beings in this zone. His apologeticdiscourses’ on these inhuman practices were the cause of innumerable aggressions of every kind, practiced by these Soninké slavers on other people who have revolted against this unacceptable situation. We bring to your attention some images of these atrocities.

In accordance with your position of theological and moral responsibility for Islam in the world, we ask of you to undertake both judicial and administrative prosecution against this man, named Mahamadou Touré. We also bring to the attention of the Saudi authorities the case of this preacher of customary traditions in the holy land, because his fanaticized disciples commit grave crimes towards other people, considered in error by them as their recalcitrant slaves, even though they are Muslims.

The Prophet (may the prayer of Allah and his Salvation be upon him) has said “The Moslem is the brother of the Moslem, he is not unjust with him, he does not abandon him. And he who caresfor the needs of his brother, Allah will take care of his needs. He who comforts a Moslem of his difficulty, Allah will unburden of a worry among worries on the day of resurrection. And he who hides a defect of a believer, Allah will remember theirs on the day of resurrection”

By panel associations  :
ARMEPES-FRANCE,
RMFP
ASSEP
 SECTION UVDS-FRANCE
 IRA-FRANCE
ÉGALITÉ  SANS  FRONTIÈRES AND AHME
To join us :
By Phone : +33 6 46 61 66 22
By Email : ganbana@hotmail.com
Paris, 14 Novembre 2019
















samedi 9 novembre 2019

« La question des Haratines est la plus brûlante en Mauritanie »

ENTRETIEN. Au-delà des oppositions ethniques, la question de l’esclavage empoisonne la société mauritanienne. L’éclairage de Mohamed Yahya Ould Ciré, auteur de plusieurs ouvrages sur la question.

Propos recueillis par Viviane Forson
C’est un regard sans complaisance que pose Mohamed Yahya Ould Ciré sur son pays, la Mauritanie. Cet ancien diplomate, exilé en France depuis la fin des années 1990 après avoir pris fait et cause pour des victimes d’esclavage, met à nu une question qui reste taboue : la place du groupe social qu’on appelle communément les Haratines. Si on en parle aujourd’hui, c’est que plus que jamais alors que la Mauritanie vient de connaître la première transition pacifique de son histoire politique, la société reste hiérarchisée, en clans, castes et tribus. Depuis plusieurs siècles, le fossé s’est creusé entre les principales composantes de sa population. Il y a d’abord les Beydanes, Arabo-Berbères au teint blanc, qui détiennent tous les pouvoirs. Il y a ensuite leurs anciens esclaves, les Haratines, noirs de peau, avec lesquels ils partagent la même culture et la même langue, le hassania, l’arabe mauritanien. Et, enfin, les Négro-Mauritaniens. Ils sont Soninké, Wolof ou Hal Pular (de la famille des Peuls). Au-delà de leurs différences culturelles, ces trois groupes n’ont pas du tout la même vision sur les questions de l’esclavage et du racisme. Pour beaucoup d’Arabo-Berbères, l’esclavage n’existe plus. Ce qui y fait penser ne serait que les résurgences économiques et sociales d’un fléau disparu. Au contraire, les abolitionnistes veulent poursuivre le combat en affirmant que la servitude est encore trop largement répandue. La question est de plus en plus instrumentalisée sur le plan interne, mais aussi sur le plan international. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’esclavage touche encore au minimum entre 1 et 2 % de la population, soit environ 90 000 personnes, d’après le Global Slavery Index, qui classe ce pays au sixième rang mondial en termes de prévalence de la traite humaine. Aboli en 1980, devenu une infraction depuis le vote du Parlement en 2007, reconnu dans la Constitution comme un crime contre l’humanité en 2012, l’esclavage n’existe plus officiellement dans le pays.
Pour y voir clair, l’apport des associations de défense des droits de l’homme est essentiel. L’une d’elles, basée en France, de retour du terrain, nous a récemment fait part de sa préoccupation quant au sort réservé à ces populations laissées pour compte, esclavagisées et surtout non éduquées. Une véritable bombe à retardement, avertit l’affable ex-consul Mohamed Yahya Ciré, que nous retrouvons, chez lui, en Île-de-France, entouré par une famille soudée qui l’a toujours suivi dans son combat pour l’abolition de l’esclavage et la lutte contre le racisme. C’est que Mohamed Yahya Ould Ciré est lui-même un métis de mère hartanie et de père arabe. Au-delà de son engagement à travers l’Association des Haratines de Mauritanie en Europe (AHME) et son corollaire éditorial « Le cri du Hartani », il s’est lancé dans un long parcours de recherche entre histoire et sociologie qui a abouti à une thèse et à la parution de deux ouvrages-clés sur la question de l’esclavage. Il s’est longuement confié au Point Afrique.
1° Le Point Afrique : La Mauritanie est apparue fortement divisée pendant et après la présidentielle du 22 juin. Que diriez-vous  ?
Mohamed Yahya Ould Ciré : Ce qui m’a interpellé lors des dernières élections en Mauritanie est que chaque communauté avait son candidat. Les Arabes avaient leur candidat (Ould Boubacar), les Berbères en avaient deux (Ould El Ghazouani, Ould Maouloud), les Haratines (Biram Ould Dah Ould Abeid), et puis la communauté négro-mauritanienne avait aussi son candidat (Kane Hamidou Baba). Sans l’existence de l’esclavage et du racisme, il n’y aurait pas eu cette division quasi ethnique de la société. C’est le signe d’une division structurelle du pays.
La candidature de Biram Ould Dah Ould Abeid aux élections présidentielles s’explique par l’existence de l’esclavage et le négationnisme par l’État de ce fléau. Les Négro-Mauritaniens rencontrent des problèmes de racisme qui leur sont spécifiques. En revanche, je ne pense pas que les Arabes et les Berbères soient menacés, mais ils ont fait grossir artificiellement les rangs des candidats afin d’introduire une plus grande division et ainsi de protéger leurs intérêts politiques.
2° Ce que vous ne soulignez pas, c’est le départ de l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz, arrivé par un coup d’État en 2008, et donc la fin d’un régime dirigé par des militaires…
Laissez-moi vous rappeler que son départ n’était pas un choix, c’était souhaitable après douze années de pouvoir. Mohamed Ould Abdel Aziz a adopté cette stratégie, car il ne pouvait pas faire un troisième mandat, mais il a trouvé un dauphin pour le remplacer et, in fine, le seconder. N’oublions pas qu’El-Ghazouani est un officier, ami très proche de l’ancien président depuis plus de trente ans. Donc qu’il puisse remporter l’élection présidentielle n’est pas une surprise, cela laisse toute la latitude à Ould Abdel Aziz de revenir au pouvoir plus tard, un peu sur le modèle russe avec le duo Poutine-Medvedev. Il reste que des impondérables pourraient tout changer.
Il y a quand même une décrispation de la vie politique mauritanienne…
Les choses commencent timidement à bouger. Le président El-Ghazouani a nommé six ministres haratines. C’est une première. Mais, au-delà du nombre de ministres, il s’agit de promouvoir la communauté haratine. En Mauritanie, il y a une soixantaine de préfets et treize gouvernorats. Le ministre de l’Intérieur est un hartani. A-t-il la liberté de nommer un nombre important de haratines comme préfets et gouverneurs ? Il en est de même du ministre de l’Enseignement. Or on sait que beaucoup d’écoles dans les milieux haratines manquent d’enseignants. Ce ministre est-il capable de remédier à cette situation ? Le ministre de la Formation professionnelle appartient à la communauté haratine. Or le chômage touche en majorité les Haratines. Que ferait-il à ce niveau  ?
Plus que des nominations de ministres, de préfets ou autres, l’abolition de l’esclavage d’une manière définitive et réelle est le facteur le plus déterminant.
3° Mais que représentent vraiment les Haratines  ? Vous parlez dans votre ouvrage* et votre thèse d’identité haratine, de quoi s’agit-il  ?
Le mot haratine est un mot arabe qui veut dire « accéder à la liberté ». En hassania, dialecte local, haratine signifie affranchi. Ce sont des gens qui ont connu l’esclavage et qui ont été affranchis. Aujourd’hui, ce mot est devenu un terme générique qui désigne à la fois les affranchis et les esclaves de la communauté maure, composée d’Arabes et de Berbères. Quand, en 1974, j’ai cofondé le premier noyau de lutte pour la libération des Haratines, il s’est tout de suite posé la question de l’appellation. S’affranchir est une perspective de liberté alors que l’esclavage marque un statut figé. Assumer cette histoire faite de servitudes et de souffrances est un devoir qui s’impose aux Haratines.
4° Finalement, les Haratine sont-ils maures ou négro-africains  ?
Cette question fait partie de l’identité : les Haratines sont arabo-berbères par la culture et négro-africains par l’origine ethnique. Ces deux données historiques doivent être prises en compte dans toutes les appréciations objectives. En effet, comment nier l’une ou l’autre  ? C’est pourquoi les Haratines constituent un groupe social spécifique, différent à la fois des Maures par l’origine et des Négro-Mauritaniens par la culture. La dignité haratine est d’assumer l’histoire de l’esclavage, à savoir la culture imposée par celui-ci et leur origine négro-africaine dont ils ne peuvent se départir.
5° Quel est leur poids démographique  ?
Sous les différents régimes mauritaniens, il n’y a jamais eu de statistiques sincères et sérieuses. Les statistiques françaises de 1964-1965, qui ont tenu compte des ethnies et des groupes sociaux, indiquent que les Haratines (affranchis et esclaves) représentaient 43 % de la population mauritanienne. Aujourd’hui, les Haratines sont comptés comme des Arabes.
Le fait de vouloir faire des Haratines des Arabes est un prolongement de l’esclavage. Ils constituent un enjeu politique dans la mesure où leur intégration à la communauté arabe permet de revendiquer une majorité au nom de laquelle les Maures gouvernent le pays. Pour maintenir cet équilibre, l’État mauritanien fait tout pour retarder la prise de conscience notamment en freinant l’instruction des Haratines et en niant l’existence de l’esclavage.
Les rivalités entre les deux féodalités maure et négro-mauritanienne ont eu pour conséquence des pressions sur les castes inférieures des deux camps et empêchent celles-ci de se libérer. Dans la réalité, les deux féodalités sont des « rivaux associés ». Ces dernières rivalisent au besoin et se solidarisent contre toutes les castes inférieures des deux communautés.
À la différence des autres castes inférieures, les Haratines subissent les tiraillements des deux féodalités. Les Maures cherchent à garder les Haratines dans leur giron. Les Négro-Mauritaniens veulent les récupérer ou, à défaut, les neutraliser.

6° Comment se caractérise l’esclavage des Haratines en Mauritanie  ?
L’esclavage maure se caractérise par plusieurs facteurs. Premièrement, les esclaves et les affranchis sont plus nombreux que les Arabes et les Berbères réunis. Cela prouve l’ampleur du phénomène. Ainsi, une famille maure peut posséder jusqu’à 40 à 50 esclaves (hommes et femmes).
Deuxièmement, l’esclave travaille sans être payé, il peut être vendu, loué, prêté, donné, hérité, etc. En plus du travail lié à l’esclavage, les femmes jouent un rôle de procréation important. Dans le Coran, un maître peut disposer à sa guise de la femme esclave. Les enfants nés de cette relation deviennent alors les esclaves du maître. Rappelons que l’esclavage s’accompagne de sévices physiques : les esclaves insoumis ou récalcitrants sont battus, castrés, voire tués.
Troisièmement, les utilisations des esclaves sont multiples. J’ai établi une typologie de l’esclavage maure dans ma thèse en sciences politiques, soutenue à l’université Paris-II en 2006 et publiée par l’ANRT (Atelier national de reproduction des thèses) : « L’abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application ». On peut distinguer tout d’abord l’esclavage traditionnel, dans lequel les esclaves s’occupent des animaux, cultivent les champs agricoles et effectuent les tâches domestiques. Il y a l’esclavage administratif, où un maître d’esclave peut faire recruter son esclave dans l’administration publique et toucher une partie ou la totalité de son salaire. Dans l’administration publique, les Haratines travaillent beaucoup plus que les Maures, mais montent moins vite dans la hiérarchie.
Puis il y a l’esclavage politique, où les maîtres font voter leurs esclaves pour les candidats de leur choix aux élections présidentielles, sénatoriales, législatives… Les candidats aux élections ne s’adressent donc pas aux esclaves, leurs seuls interlocuteurs sont les maîtres d’esclaves.
Ensuite, il y a l’esclavage moderne, qui touche tous les Négro-Africains, Mauritaniens compris. On les fait travailler sans les payer et, une fois que le travailleur conteste, il est mis en prison, où il est intimidé et forcé de renoncer à son dû.
Enfin, il y a le néo-esclavage, qui touche les affranchis de l’esclavage maure (les Haratines). Le maître qui affranchit son esclave le convainc qu’il s’agit là d’un acte de générosité dont ce dernier est redevable à vie. Vous avez des affranchis établis loin de leurs maîtres, mais qui continuent à leur donner une partie de leurs récoltes et de leurs biens. Ainsi, l’affranchissement devient plus profitable que le maintien en esclavage. Or, selon le Coran, l’esclave affranchi devient l’égal de son maître et n’est redevable de rien.

7° Que dit l’islam sur la question  ?
Dans mon livre La Mauritanie : entre l’esclavage et le racisme (éd. L’Harmattan), à la page 14, je relève un passage du Coran qui justifie l’esclavage : sourate XVI, verset 71. J’insiste sur le fait que le Coran a donné certains droits aux esclaves et recommande la libération de ceux-ci comme un acte de piété.
L’esclavage s’accompagne en Mauritanie du maintien de ses victimes dans l’ignorance. Les esclaves et les affranchis sont, à quelques exceptions près, tous illettrés. Cela n’est pas du fait du hasard. Leurs maîtres ne leur apprennent ni le Coran ni la charia (lois islamiques). Bien sûr, le Coran reconnaît et légalise l’esclavage, même s’il exhorte beaucoup les maîtres d’esclaves à les libérer. Par conséquent, l’instruction aurait permis une ouverture d’esprit notamment sur toutes les possibilités qui s’offrent aux esclaves pour sortir de la servitude.
En Mauritanie, à la place du Coran et de la charia, les maîtres enseignent la soumission des esclaves et lient le paradis promis aux esclaves au respect des maîtres. Ainsi la formule : « Le paradis de l’esclave est sous le pied de son maître. » Il y a toute une idéologie basée sur des dictons, des proverbes, de la poésie maure, etc. qui incitent les esclaves à accepter la servitude. Ainsi, il existe beaucoup de victimes de l’esclavage qui rejettent toute libération qui ne serait pas consentie par le maître.
8° La Mauritanie a une longue histoire avec l’esclavage. À quand remontent ces pratiques et pourquoi sont-elles si difficiles à éradiquer  ?
Il faut remonter au Ier siècle, plusieurs historiens ont attesté de la présence des Berbères au nord de la Mauritanie. À cette époque, ils cohabitaient avec les Noirs. Ensuite, au XIe siècle, il y a eu la fondation de ce qu’on appelle l’État almoravide, où l’esclavage des Noirs était déjà une pratique plus ou moins répandue. L’arrivée progressive des Arabes (à partir du XVIe siècle) a été un facteur important dans l’expansion de l’esclavage. Le brassage entre les Arabes et les Berbères va définir la structure sociale de la société maure : les guerriers, les marabouts et les tributaires, dont les esclaves.
Contrairement aux Négro-Mauritaniens qui vivent de leur travail (castes inférieures ou castes supérieures), les Maures, eux, détestent le travail manuel et leur société s’est construite sur l’esclavage. C’est une mentalité ancienne qui se perpétue.
Les Maures tirent énormément de profits de leurs esclaves. Ils travaillent à leur place sans être payés (gardiennage des animaux, culture des champs, conduite des caravanes pour vendre des produits…). Ils sont vendus, loués, donnés, hérités, etc. Leur existence permet aux Maures de vivre dans une forme de confort.
9° Quelle est la réalité historique et sociologique des différentes populations arabe, maure ou haratine en Mauritanie  ?
Mohamed Yayha Ould Ciré est un ancien diplomate et l’auteur de plusieurs ouvrages sur la question de l’esclavage et du racisme en Mauritanie.
Quand les Arabes sont arrivés, ils sont directement entrés en conflit avec les Berbères, qui leur ont opposé une résistance farouche. L’histoire des Berbères et des Arabes a été faite de luttes et d’alliances. Plusieurs batailles vont les opposer avant la victoire finale des Arabes. Il s’agit de la guerre de Chär Bëbë, qui a duré de 1644 à 1674, soit trente ans. À la suite de cette victoire, les Arabes ont interdit le port des armes aux Berbères et les ont cantonnés à un rôle religieux. Ils se sont arrogé les domaines politique et militaire, qu’ils ont continué à exercer jusqu’à l’arrivée de la colonisation française.
Les populations noires ont été de plus en plus repoussées vers le sud. Les batailles opposant les Arabes et les Noirs ont sécrété l’esclavage, d’où l’existence des Haratines.
La domination arabe a eu pour conséquence la création de quatre émirats. Les émirats du Trarza, du Brakna et de l’Adrar sont dirigés par les Arabes (beni hassan). L’émirat du Tagant fut créé par une tribu berbère devenue guerrière (Idaw’ich). Cela prouve, si besoin est, que la domination des Arabes sur les Berbères n’a pas été facile.
10° Quel rôle a joué la traite négrière transsaharienne  ?
Les Maures ont largement participé à la traite saharienne, qui a débuté au VIIe siècle. Ils pratiquaient les razzias, les kidnappings, etc. La chasse au Noir était une activité lucrative. Encore aujourd’hui, les traces de cette traite demeurent. Pour apeurer les enfants, les femmes de plusieurs ethnies négro-africaines (Bambara, Soninké, Wolof….) leur disent : « Le Maure est arrivé. » Les Wolofs désignent les Maures par le terme « ‘nar », qui signifie « le feu » en arabe. En effet, les Maures incendiaient les villages et provoquaient ainsi la panique. Leurs cibles privilégiées étaient les femmes et les enfants.
Les Maures ont participé aux deux traites négrières atlantique et saharienne. Ils alimentaient la traite saharienne en envoyant des esclaves en Afrique du Nord et au Proche et Moyen-Orient. Ils fournissaient la traite atlantique en vendant des esclaves à Podor, Dagana et Saint-Louis du Sénégal. Leurs terrains de chasse couvraient le Sénégal, le Mali, la Gambie, la Guinée, etc.
11° Pourquoi l’arrivée des colons français n’a-t-elle pas permis d’en finir avec ces pratiques  ?
La France a créé le décret du 12 décembre 1905 qui abolit l’esclavage en AOF (Afrique occidentale française) et au Congo. Ce décret a été appliqué en Mauritanie de 1905 à 1909, soit quatre ans. Il a permis la création des villages de liberté au sud de la Mauritanie. C’est ainsi que les esclaves maures ont fui leurs maîtres pour se réfugier dans ces villages et aller au Sénégal.
La féodalité maure s’est alors plainte auprès de l’administration coloniale française.
À ce niveau, il convient de prendre en considération deux faits. D’une part, la France tenait à contrôler le vaste territoire mauritanien qui se situe entre l’Algérie et le Sénégal. D’autre part, la ténacité et l’esprit guerrier des Maures ont convaincu la France de sceller un accord avec ces derniers.

Ainsi, en 1909, la France renonce à appliquer son décret et les Maures finissent par accepter la colonisation. C’est le colonel Gouraud qui signa cet accord au nom de la France en s’engageant à laisser aux Maures « leurs ânes, leurs moutons et leurs esclaves ». La Mauritanie constitue l’exception dans l’AOF, où les lois françaises du 12 décembre 1905 ne furent pas appliquées.
Cet événement historique permet de dire que la France s’est servie des Haratines pour asseoir sa domination en Mauritanie. La lutte contre l’esclavage devient « vous êtes avec nous, vous ne perdez pas vos esclaves ».
12° Comment expliquer l’esclavage négro-mauritanien puisqu’il implique que maîtres et esclaves soient noirs  ?
L’esclavage a existé dans toutes les sociétés. Les Arabes ont réduit d’autres Arabes à l’esclavage avant de commencer la traite orientale et saharienne. Il en est de même des Européens avant de se tourner vers la traite transatlantique. Mais l’esclavage des Négro-Africains n’a rien à voir avec l’esclavage oriental (l’esclavage maure). Le décret du 12 décembre 1905 leur a été appliqué et cet esclavage est tombé en désuétude.
Pour les Négro-Mauritaniens, il existe un système de castes. Les castes inférieures subissent une discrimination de la part des classes supérieures. À titre d’exemple, les mariages entre les deux castes sont impossibles. Un membre d’une caste inférieure ne peut être ni chef de village ni imam de mosquée, même s’il est compétent en matière de connaissances islamiques. Chez certaines ethnies, les castes ne partagent pas les mêmes cimetières. C’est le cas des Soninkés.
Sur le plan politique, les castes supérieures monopolisent ce domaine, car ils s’opposent aux candidatures des classes inférieures et les obligent à voter en leur faveur.
Par ailleurs, les classes supérieures ont le monopole de la propriété terrienne. Dès lors, les classes inférieures dépendent de la bonne volonté des féodaux. Pour cultiver les terres, ils les louent auprès des propriétaires. Chaque contestation politique ou insoumission peut faire l’objet de représailles.
13° Comment les Haratines sont-ils visibles dans la ville, comment faire la différence avec les autres travailleurs  ?
Les Haratines vivent dans la pauvreté et, pour beaucoup d’entre eux, dans la misère. Ce qui se répercute sur leur état physique, leur habillement et leur habitat. C’est une des grandes différences entre eux et les Maures ou les Négro-Mauritaniens.
Les esclaves ont des habitudes vestimentaires proches de celles des Maures. Ils se distinguent par la couleur de la peau. Les premiers sont noirs alors que les derniers sont basanés ou blancs. Même si l’accoutrement est le même, les moyens pour s’habiller diffèrent.
Les Haratines sont souvent conducteurs de charrettes, porteurs d’eau, transporteurs de sable et de coquillages pour les constructions, ils sont gardiens des maisons, on les trouve souvent dans de petites cabanes auprès des villas de leurs maîtres. Ils sont dockers aussi au port de Nouakchott ou de Nouadhibou. Ils chargent et déchargent les marchandises dans les boutiques des Maures. Ils travaillent dans les abattoirs en égorgeant et dépouillant les animaux.
Les Maures et les Négro-Mauritaniens ne se livrent pas ou peu à ces activités.

14° Aujourd’hui, est-ce qu’il y a une prise de conscience réelle  ?
Il y a une prise de conscience importante. À l’intérieur du pays, on peut citer plusieurs associations qui luttent contre l’esclavage : SOS Esclaves, IRA-Mauritanie, CLTM (syndicat des travailleurs), El Hor, AFCF. Toutes ces organisations défendent les droits de la personne et luttent contre l’esclavage. Certaines organisations assistent les victimes et portent leur cause devant les tribunaux. Des cas d’esclavage sont souvent médiatisés et la question de l’esclavage est devenue centrale aujourd’hui en Mauritanie.
À l’extérieur du pays, il y a aussi AHME., OCVIDH, les FLAM, ARMEPES-Ganbanaaxu, ainsi que des associations mauritaniennes en Amérique du Nord. Elles effectuent un travail de conscientisation, à l’égard de l’extérieur, mais également en direction des victimes en Mauritanie.
Le premier site dédié à l’esclavage en Mauritanie fut le nôtre : www.haratine.com

15° Enfin, Mohamed, racontez-nous votre histoire. Comment vous êtes-vous retrouvé en France et pourquoi avez-vous choisi de porter la cause des Haratines  ?
Je suis hartani de par ma mère et arabe de par mon père, ce qui fait de moi un métis. Mes origines maternelles m’ont amené à m’intéresser à la question de l’esclavage. Cela m’a conduit à créer en 1974 le premier noyau de lutte pour l’émancipation des Haratines, qui deviendra plus tard El Hor (Organisation de libération et d’émancipation des Haratines).
À la fin de mes études à l’ENA de Mauritanie, j’intégrais le ministère des Affaires étrangères de mon pays en 1976. Après plusieurs années dans la diplomatie, j’ai été nommé consul général en Guinée-Bissau en 1992. Dès ma prise de fonction, j’ai constaté l’existence de l’esclavage dans les magasins et les boutiques maures en Guinée-Bissau. En 1994, un esclave a porté plainte auprès du consulat contre son maître. Ce dernier l’a fait travailler pendant deux ans sans le payer. À la suite d’une confrontation entre les deux, j’ai acquis la certitude qu’il s’agit d’un cas d’esclavage. J’ai exigé du maître de lui payer le smig (salaire minimum interprofessionnel garanti en Guinée-Bissau) pendant vingt-quatre mois. La somme obtenue a été remise à l’esclave. Le règlement de ce différend a créé un conflit entre mon ministère de tutelle et la communauté mauritanienne en Guinée-Bissau. Pour régler ce cas, je me suis basé sur l’ordonnance n° 81-234 du 9 novembre1981, qui interdit l’esclavage en Mauritanie. Un autre cas s’est présenté, que j’ai réglé de la même manière. Au moment de quitter la Guinée-Bissau (parce que j’ai été rappelé au pays), un cas d’héritage s’est posé que je n’ai malheureusement pas pu traiter. Toutefois, j’ai refusé de donner raison au maître d’esclaves venu de Mauritanie réclamer cet héritage. La Mauritanie édicte des lois anti-esclavagistes pour tromper la communauté internationale. En réalité, elle n’a pas pour objectif de les appliquer. Pour comprendre toute la situation, je vous renvoie à mon livre publié en 2014 par L’Harmattan, La Mauritanie : entre l’esclavage et le racisme.
En 1998, je suis arrivé en France, où j’ai demandé l’asile politique. En 2001, Hanoune Ould Oumar (dit Dicko) et moi avons créé l’Association des Haratines de Mauritanie en Europe (AHME), qui possède un site (http://haratine.com), un journal, Le Cri du Hartani, dans lesquels nous décrivons la situation politique en Mauritanie et dénonçons les pratiques esclavagistes.

Mohamed Yahya Ould Ciré, « La Mauritanie : entre l’esclavage et le racisme », Paris, L’Harmattan, collection « Quête du sens », 2014, 191 p., préface de Georges-Elia Sarfati. Il est également l’auteur de « L’Abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application (ANRT) », 2008.

Bonnes feuilles de « La Mauritanie entre l’esclavage et le racisme », l’Harmattan – 2014

Il ne peut y avoir la pérennisation d’un système d’exploitation sans l’existence d’un pouvoir qui aide à le maintenir. Le pouvoir détient le monopole de la contrainte. Il l’utilise pour favoriser les dominants. Ce pouvoir peut être un pouvoir tribal, clanique, étatique, etc.

L’esclavage est antérieur au racisme. Quand le système esclavagiste était prédominant, le racisme n’existait pas parce que l’esclavage lui-même recèle un statut permettant et l’exploitation et la supériorité du maître.

Le racisme est, selon Albert Memmi, « l’exploitation profitable d’une différence. » Cette différence peut être d’ordre physique, physiologique (infirmité physique ou intellectuelle), culturelle (différence de culture), raciale ou ethnique (différence de peau ou d’appartenance culturelle, etc.)

Les Haratine sont victimes d’un double racisme : Un racisme lié à leur statut d’esclave et un racisme dû à leur couleur de peau noire. C’est pourquoi, même les esclaves affranchis selon les règles religieuses ne deviennent pas les égaux de leurs anciens maîtres maures (arabo-berbères).

L’usage du terme Haratine dans ce livre a un double sens. Il signifie d’abord l’esclave affranchi par la voie légale (la Charria, droit musulman). C’est le sens étymologique du mot.

Il a un second emploi à caractère politique. L’Organisation pour la libération et l’émancipation des Haratine (El Hor) a repris ce mot pour qualifier toute la communauté victime de l’esclavage maure, qu’elle soit affranchie ou encore esclave.

Le racisme maure touche aussi la communauté négro-mauritanienne. Pour les Maures, les Noirs ont toujours constitué leurs réserves d’esclaves. À ce titre, ils se considèrent supérieurs aux Noirs qui étaient leurs pourvoyeurs d’esclaves. Le fait que le Coran ait été révélé en langue arabe et que le prophète Mahomet soit d’origine arabe permet aux Arabes de revendiquer une supériorité sur les autres, surtout les Noirs.

Propos recueillis par Viviane Forson