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mardi 21 avril 2020

Interview du député Biram Dah Abeid, président du mouvement IRA : «Notre bloc est la seule contre-proposition historique à l’ordre de l’oligarchie militaro-féodale»


Interview du député Biram Dah Abeid, président du mouvement IRA : «Notre bloc est la seule contre-proposition historique à l’ordre de l’oligarchie militaro-féodale»

S’étant rendu en Belgique pour des soins médicaux, l’honorable député Birame Dah Abeid, Président de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M) et double candidat de l’alternance au pouvoir depuis 2014, se retrouve coincé en Belgique, depuis le 18 mars 2020, par la fermeture des frontières aériennes entre l’espace Schengen et le reste du monde à cause du Covid-19. Dans cet entretien exclusif (via watsapp), il commente l’actualité politique de son pays et lève un coin du voile sur plusieurs questions que se posent les Mauritaniens à son propos, notamment ses rapports avec les pouvoirs successifs, ainsi que l’état de la lutte contre l’esclavage.

L’Authentique : actualité oblige, quel regard jetez-vous sur l’arrestation de l’une des militantes de la première heure du mouvement IRA, en l’occurrence Marièm Cheikh, en détention depuis le 13 avril 2020 ?

Biram Dah Abeid : l’arrestation de Marième Cheikh c’est du déjà-vu. Nous sommes toujours et sans doute les mieux préparés à affronter de telles situations. Hier nous menions la bataille contre la sacralité du code négrier, de l’impunité des esclavagistes et tortionnaires, et de l’esclavage agricole ; en somme, l’expérience de la lutte nous a forgés; le pouvoir ne sortira pas grandi de cette bataille autour du discours de la haine comme il le dit, ou du concept d’Apartheid comme nous disons. Nous cultivons et entretenons la certitude que la vérité et le droit inclinent sans cesse vers nous. Marième Cheikh hérite de cette assurance en l’avenir. 
Néanmoins, l’attitude d’hostilité ouverte du pouvoir tranche, non sans paradoxe, sur le sacrifice et à l’effort que nous avons fait depuis la dernière élection présidentielle dont nous fûmes le principal acteur au sein de l’opposition. L’Ira-M et la coalition Rag-Sawab, représentent l’unique bloc de la contre-proposition historique à l’ordre de l’oligarchie militaro-féodale, des tribus et de la ségrégation, en vigueur depuis 40 ans. Nous incarnons, seuls, le choix du peuple s’il lui est donné, un jour, la faculté de décider, dans les urnes, s’il doit vivre dans la misère, l’obscurantisme religieux et les inégalités ou, enfin, oser la rupture. Voici le message que nous portons ! 

En face de nous, persiste le même ressentiment, malgré le changement de personne à la tête de l’Etat ; la reproduction des méthodes qui avait prévalu contre nous à l’époque de Mohamed Abdel Aziz, l’expliquent assez : ce n’était pas un homme qui nous réprimait mais des hommes, des femmes, bref un système solidaire dans ses pratiques, atteint de cécité et par-dessus les risques, suicidaire. 

L’Authentique : quelle appréciation faites-vous du travail de la Commission nationale des droits de l’homme et celui du Commissariat dans l’ancrage des droits de l’homme et leur amélioration depuis l’avènement du pouvoir de Ghazouni ?

Biram Dah Abeid : Ahmed Salem Ould Bouhoubeïny, une personnalité qui a déjà mis son empreinte dans la défense des droits de l’homme en Mauritanie et le ministre commissaire chargé des droits de l’homme, Mohamed Elhassen Ould Boukhreïs, se distinguent par des qualités personnelles que nous apprécions ; hélas, celle-ci ne produisent d’incidence significative sur la virulence de l’aversion que le système nous voue. Une posture individuelle de franc-tireur ou de cadre autonome du groupe, à l’image des deux précités, ne peut rien changer aux pratiques structurantes de leur employeur, en l’occurrence l’Etat des prébendiers, de la médiocratie et de l’impunité. C’est pourquoi Me Ould Bouhouneiny fut court-circuité, assez vite, par son entourage hélas trop pourri qui l’a devancé au sein de la Commission des droits de l’homme ; là, siège, toujours, maint fraudeur, rôdé aux faux témoignages et à l’espionnage, sous l’injonction de la cupidité. 

C’est pourquoi (rires) après notre rencontre avec Ould Bouhouneiny et notre satisfaction de son travail, nous envisagions même de collaborer avec l’institution pour promouvoir, en Mauritanie et devant les forums internationaux, le projet d’une collaboration étroite, sur la voie de l’égalité et de la citoyenneté inclusives. A notre arrivée à Genève, nous fumes surpris de découvrir, que des rapports mensongers contre nous, sont distillés, aux interlocuteurs étrangers, au nom de la Commission des droits de l’homme. Il s’avéra que Me Bouhoubeiny était étranger à la manœuvre de ses proches collaborateurs et ne pouvait rien leur opposer. Je dois noter, aussi à sa décharge, qu’il demeure le premier et l’unique parmi les dirigeants d’institutions officielles, de partis politiques ou d’ongs, à avoir demandé la reconnaissance de notre parti et de notre associations, encore arbitrairement interdits, à ce jour. Désenchantement aussi (rires) envers Ould Boukhreiss après que l’ambassadeur de Mauritanie à Genève a commis, sous sa tutelle, toujours pour la consommation extérieure, une correspondance catastrophique, une lettre digne des époques où fleurissaient la langue de bois et le mensonge ; nous avons pu en prendre connaissance, grâce à nos propres circuits. Conclusion, en Mauritanie, difficile, pour les hommes, de changer leur environnement, y compris mental mais hélas, toujours aisé, pour cet environnement, de transformer les hommes, surtout de les maintenir sous le diktat de la réalité. En dépit de leur volontarisme, Ould Bouhoubeiny et Ould Boukhreiss restent prisonniers de leurs conditions de clercs au service d’une banqueroute ambulante qui fuit l’audit. 

L’Authentique : certaines sources proches du gouvernement, partant d’exemples comme celui du Sénégal qui a fortement dit aux Rapporteurs des Nations-Unies que l’homosexualité n’y sera jamais tolérée, semblent accorder peu d’importance aux Rapporteurs spéciaux des Nations Unies quand ils critiquent la loi sur la discrimination appliquée aujourd’hui à l’encontre de Marièm Cheikh ; en effet, selon eux, cette loi constitue une entrave aux libertés. Ils ont même adressé une correspondance aux autorités mauritaniennes dans ce sens. Qu’en pensez-vous ?

Biram Dah Abeid : l’institution des Rapporteurs spéciaux des Nations Unies n’est pas une institution coercitive. Elle n’ordonne pas aux autorités gouvernementales des pays et n’utilise la contrainte. Les Rapporteurs des Nations Unies représentent une autorité morale reconnue dans le concert des nations et leur point de vue a un très grand impact sur la respectabilité des Etats, leur capital symbolique. Le Sénégal est un pays à haute culture diplomatique, donc je doute fort que cette grossièreté rapportée par votre source officielle en Mauritanie, soit l’attitude du gouvernement ou de la diplomatie du Sénégal. Le Sénégal est un grand pays, en avance sur nous dans bien des domaines, en particulier l’égalité ethnique, la tolérance, la visibilité de la femme et le respect de l’intégrité physique des gens. 

Je suis néanmoins surpris que cette source du gouvernement mauritanien compare la majorité du peuple, constituée de communautés d’esclaves et anciens esclaves, de négro-africains et de plusieurs strates de maures castés, à une minorité sexuelle ; c’est beaucoup de myopie, au moins, que de comparer une majorité spoliée de ses droits, à une poignée de gens, marginalisée par leurs revendications spécifiques envers et contre le corpus des mentalités africaines. Il y a, dans cette comparaison, beaucoup de mépris. 

Ces situations de non-intérêt accordé aux injonctions de la communauté internationale peuvent ne pas être dangereuses, à court terme, pour des gouvernements aveuglés et obnubilés par l’insolence, l’omnipotence ponctuelle, bref, la force d’écrasement dont ils disposent…Néanmoins, je le pense, un gouvernement dans le siècle où nous sommes, doit faire de la prudence sa béquille, afin de se ménager la capacité d’anticiper et de prévenir le pire. L’on ne peut se murer dans la conscience d’un rapport de force favorable sur le moment pour adosser son désir sur la dissuasion ou spéculer sur le silence des victimes, leur peur ou résignation. Une telle légèreté de jugement, tôt ou tard, joue de sales tours, d’ailleurs beaucoup plus rapidement que prévisible…L’histoire est un livre d’une écriture nette pour qui sait lire…

L’Authentique : Nombreux sont les gens qui ne comprennent pas encore votre réaction quand vous vous êtes opposés à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion des biens publics durant les dix dernières années. Ce qui suscite une autre question sur les relations que vous auriez entretenu avec l’ancien président, pendant et après sa présidence et la question récurrente que vous êtes une fabrication de Mohamed Abdel Aziz.

Biram Dah Abeid : Ces attaques contre moi, à travers cet angle, sont conçues et distillées par des lâches, sans courage ni dignité et dont l’impuissance et le défaitisme leur confèrent seulement le choix entre lécher les pattes d’Aziz ou faire profil bas jusqu’à son départ. Les bénéficiaires de Aziz ou simples articles de sa création sont aujourd’hui aux commandes de l’Etat et des forces armées et de sécurité. Le Président Ghazouni et la plupart de ses collaborateurs doivent tout à Aziz qui leur a livré un pouvoir dont il n’avait nullement envie de se départir.  A ce jeu d’accusations, nous allons rire : Biram, lui n’a pas été fabriqué par Aziz. Il y a beaucoup de « made in Aziz » en circulation et Biram ne figure sur la liste. Le peuple connait tout ça, c’est pourquoi il me soutient, malgré les montages, la diffamation et la perfidie des conjectures, comme celle-ci.  Ce sont des dons que Dieu me prête : le peuple me suit, me comprend, même si on me refuse la parole dans les médias de l’Etat, en interdisant le parti auquel j’adhère, l’association que je dirige.

D’autre part, je persiste et signe, au sujet de cette commission d’enquête parlementaire : je ne participerai pas à leurrer le peuple. Cette commission n’est pas destinée à faire la lumière ni à dire la vérité au profit des humbles. Non. Il s’agit d’un règlement de compte entre les protagonistes d’un même système qui se battent pour leurs intérêts divergents et, d’ailleurs, prenons-en le pari, ils finiront par s’entendre et enterrer cette lubie vertueuse, comme ils ont enterré, tant de cadavres, entre 1986 et 1991. Vous souvenez-vous de la fameuse Commission d’enquête contre l’épouse et les enfants de l’ancien Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi ?! Qu’est-elle devenue ? 

Mes rapports avec l’ancien président, nul n’en ignore les violentes confrontations. Je n’ai pas faibli devant son omnipotence ; or, aujourd’hui que tous ces nouveaux opposants sont apparus lorsqu’Aziz n’est plus qu’un simple citoyen et ne représente plus une menace, je ne me mêlerais pas avec eux. Notre agenda ne se recoupe. Non, moi je n’entretiens plus de rapports conflictuels d’opposant avec Aziz, car ce dernier n’existe plus et personne ne peut m’instrumentaliser contre un épouvantail. Non. 

Ma cible, reste le pouvoir. Je dis, encore, que la gabegie n’est pas l’œuvre d’Aziz seul. Il y était le chef d’orchestre d’une troupe de prédateurs, dont ses collègues généraux ainsi que d’autres serviteurs qui l’adoraient, l’élevaient quasiment à la divinité. Je ne regrette, je ne regretterai mon refus de participer à cette « permission inquiète » – oui, je l’appelle ainsi – et n’y participerai jamais. J’avais dit aux députés auxquels l’on a ordonné de proposer ce truc, que je veux une instance sincère destinée à traiter les problèmes cruciaux de la Mauritanie, surtout les plus graves à mes yeux, en l’occurrence l’assassinat pluriel au motif de la race, la torture, la déportation, la spoliation foncière, l’épuration de l’appareil d’Etat et, surtout, le refus de publier la vérité. Ensuite, nous poserions, sur la table, la question existentielle : pourquoi et jusqu’à quand une minorité ethnique s’approprie-t-elle un quasi-monopole sur les instruments de la violence légitime, l’agriculture, la pêche, la religion, les terres arables, les banques, la douane, les permis d’exploitation minière et les chaines de radiotélévision ?!! Voici du travail concret pour une commission digne de son objet ! 

L’Authentique : que pensez-vous du travail de cette commission d’enquête et croyez-vous qu’elle ira jusqu’au bout de sa mission ?

Biram Dah Abeid : J’ai déjà répondu à la question. La commission est sans lendemain, elle n’ira nulle part puisque l’architecture dont elle procède s’appuie sur un fondement d’inégalité et utilise un étai de feinte et de contournement. 
L’Authentique : quel commentaire de votre part après le retour en Mauritanie des personnalités qui ont été forcées à l’exil par l’ancien pouvoir ?
Biram Dah Abeid : je suis très content du rapatriement des hommes d’affaires et des autres, tous forcés à l’exil. C’est leur droit car ils ont été injustement éloignés de leur pays. C’est pourquoi nous n’avons jamais cessé de les soutenir et de dénoncer les injustices dont ils étaient l’objet depuis que le pouvoir les visait. Certains ont commencé à parler d’eux quand Aziz a quitté le pouvoir. Il y a de quoi sourire, avec pitié. Je recommande juste à nos amis de retour de bien faire attention à rester lucides et éviter de se dissoudre dans la gratitude et le désir de plaire aux maîtres du jour. Un gouvernement correct est celui qui a besoin de conseil avisé, point de complaisances. 

L’Authentique : quelles appréciations avez-vous sur le début du pouvoir de Ghazouani, en quoi peut-il être considéré comme différent du régime qui l’a précédé et que pensez-vous de la conférence de presse de Ghazouani et de sa position par rapport à l’esclavage ?

Biram Dah Abeid : Je pense que le bilan de ces mois de Ghazouani est très mitigé. Il n’a rien à envier à son prédécesseur sur le plan de l’illisibilité des politiques publiques, notamment des nominations dans l’appareil d’Etat. Parfois, il donne l’impression de vouloir plaire à tout le monde ce qui, bien entendu, interdit la bonne gouvernance. Bref, il sait rassurer, séduire, respecte ses invités, les écoutes et, l’instant d’après, plus rien. Ghazouani veut diriger par la promesse sans délai, la courtoisie, la patience contagieuse et la ruse du fatalisme, l’abus de Incha Allah en guise d’auto-exonération. De telles méthodes comportent des avantages certains dans une contrée prospère où règne une relative harmonie. Tel n’est le cas de notre Mauritanie martyrisée. Le Monsieur, s’il est de bonne foi, parviendra, assez tôt, à la conclusion que le pays est malade et son sauvetage requiert un remède de cheval, administré par des praticiens résolus, gère des mesurettes tremblotantes de scrupule et de spéculation sur la baraka….

Quant à la conférence de presse que vous mentionnez, au cours de laquelle Ghazouani a invité quelques journalistes, ce n’était pas une rencontre d’usage mais plutôt une manière de communiquer. Il a tout maîtrisé et les journalistes étaient quasi inexistants. Ghazouani voulait passer ses messages comme il l’entend, sans protagonistes, juste des témoins dociles. Les journalistes servaient de boîte d’enregistrement et Ghazouani a juste fait passer ses messages comme dans une boîte à lettres. Je pense, par ailleurs, que la position de Ghazouani sur l’esclavage tient du négationnisme habituel parmi les maures, exactement à l’image de son compagnon de 41 ans, Aziz. 

L’Authentique : vous aviez très tôt, aux lendemains de la présidentielle du 22 juin 2019, appelé au dialogue avec les nouvelles autorités, où en est ce dialogue et où en est la situation politique depuis lors ?

Biram Dah Abeid : après les élections présidentielles, juste au lendemain de la proclamation des résultats, mon devoir, en qualité de l’un des deux principaux acteurs, ayant le peuple avec moi, face à une armée dressée à casser du noir, j’ai voulu prendre les devants, éviter l’escalade. C’était de mon option d’assurer la paix civile. Dans ce cadre, j’ai bel et bien appelé au dialogue, même si les opposants autour de moi, jugeaient une faiblesse de proposer la discussion, en premier. Le pouvoir aussi – ses émissaires me l’ont dit – estimait signe de faiblesse, de sa part, que de demander d’emblée, l’apaisement. Finalement, le Président Ghazouani a dit qu’il ne voulait pas de dialogue, car ce n’était pas nécessaire, et il se suffirait de consultations périodiques avec certains hommes politiques triés sur le volet, lesquels, à ses yeux, sont les vrais responsables de l’opposition. 

Les gens qu’ils ont triés, et dont je ne faisais pas partie, se retrouvent à l’aise dans cette situation. Ils pensent que tout est réglé. C’est leur position, ils sont libres de savourer l’illusion. Pour ma part, je crois que toutes les questions pressantes au titre desquelles nous nous battions durant la décennie brutale de Mohamed Abdel Aziz demeurent irrésolues. Afin de sortir de l’impasse, il faut une Ceni indépendante, un Conseil constitutionnel remodelé conformément au vœu de l’impartialité, un recensement libre, l’accès démocratique à l’état-civil, une liste électorale concertée et transparente, la révision des autorisations de média audiovisuels, une administration et une justice indépendante. Il faut d’abord, j’insiste dessus, une entente sur le règlement des dossiers lourds qui plombent encore le développement, la paix civile et la cohésion des Mauritaniens : nous interpellent, plus que jamais, les dossiers de l’esclavage, de l’impunité des crimes racistes, l’exclusion et la misère, le partage des richesses du pays, la discrimination à tous les niveaux, administratifs et socioculturels. 

L’Authentique : que répondez-vous à ceux qui vous reprochent votre absence du pays au moment du Covid-19 ?

Biram Dah Abeid : je ne sais pas sur quoi se basent ces gens pour me reprocher mon absence du pays pendant le Covid-19. Je ne suis pas le Président de la République, je ne suis pas le Premier ministre ni le ministre de la Santé. Je n’ai aucun rôle à jouer dans la riposte du gouvernement à une pandémie. C’est le 18 mars dernier que le médecin m’a libéré. Il n’y avait plus d’avion, la Belgique comme toute l’Europe avait fermé ses frontières. J’attends la fin du confinement ; dès la réouverture des frontières, je reviendrais en Mauritanie, mais dirais, à ceux qui me pensent capable de miracles contre le Covid-19, de déchanter. Même si j’étais là-bas, je n’aurai rien pu faire. L’homme politique, à la différence du religieux professionnel, ne vend pas de la magie dans un emballage de superstition, à une clientèle en panique. 

L’Authentique : certains se demandent aussi quelle est la contribution du mouvement IRA dans la lutte contre le Covid-19 ?

Birame Dah Abeid : IRA et moi-même, nous n’avons pas de contribution que l’on pourrait donner pour la lutte contre le Covid-19. IRA est une organisation interdite et non reconnue en Mauritanie tout comme le parti RAG, en d’autres termes, deux associations de malfaiteurs aux yeux du pouvoir, exactement comme l’ANC et le PAC en Afrique du Sud, à l’époque de l’apartheid. Les deux ne peuvent disposer d’un compte bancaire, recevoir de dons ni récolter de l’argent, encore moins pas s’organiser. 

L’Authentique : êtes-vous d’avis avec les autorités qui considèrent que l’esclavage n’existe plus et qu’il n’existe que des séquelles ?

Biram Dah Abeid : L’Etat considère que l’esclavage n’existe plus en Mauritanie. Bon, c’est une position que nous connaissons bien, celle de tous les régimes, depuis les indépendances. Rien n’a changé, le déni produit encore de la dénégation et les auteurs de cette rhétorique continuent à s’en repaître, comme un exutoire à leur culpabilité. El Hor et SOS Esclaves et bien d’autres associations ont contribué à défaire cet autisme, grâce à la publication, chaque année, de requêtes de prétoire, qui témoignent de l’actualité fondamentale de la servitude de naissance, en République islamique de Mauritanie

L’Authentique : quel est le bilan d’IRA après toutes ces années et qu’est-ce que le mouvement a apporté à la lutte contre l’esclavage et les discriminations ?

Biram Dah Abeid: Ira-M existe depuis 2008, ce qui fait d’elle, chez nous, la plus jeune Ong de défense et de promotion des droits humains. J’aimerais que la question sur les acquis de l’Ira-M soit posée aux citoyens ; vous devriez leur demander pourquoi ils en ont choisi les dirigeants au détriment de tous les autres, plus anciens sur la scène. Je pense qu’il nous revient d’avoir démystifié la peur parmi les noirs, parmi les opprimés, décomplexé leur jeunesse et transformé l’espoir vacillant en espérance de conquête, fierté virile. Nous sommes sans doute les premiers contestataires à rassurer le groupe dominant, notamment sa frange éduquée, que l’égalité et l’équité sont le prix raisonnable de la paix. Nous misons, à présent, sur le succès de cette idée, pour nous épargner les larmes, le chagrin et la ruine consécutifs à toute révolution.

Propos recueillis par
Cheikh Aïdara

mercredi 15 avril 2020

Mauritanie : racisme, faux semblants et fatalité de l’histoire


Note de synthèse

Le 11 avril 2020 Bouceif Ould Hmeiti, cadre à la Société nationale industrielle et minière (Snim) est conseiller municipal de Zouérate (nord) est interpelé, par la police, à la suite d’une plainte, près le parquet, de deux Ong proches du pouvoir.  Le surlendemain, 13 avril, à Nouakchott, des hommes en uniforme s’emparent de Mariem Mint Cheikh, quelques heures après son époux, Mohamed Diodié, également militant de Ira-M, désormais en liberté. Ainsi séparée de l’enfant qu’elle allaite, son lieu de détention reste inconnu.

Postulat

Les griefs retenus à l’endroit des trois renvoient à la pénalisation des discours de haine, en vertu de la loi du 18 janvier 2018, dans le cadre de la lutte contre les discriminations. A l’époque, le texte soulevait les réserves de 3 rapporteurs spéciaux de l’Organisation des nations unies (Onu), en l’occurrence MM David Kaye « promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression », Michel Forst « situation des défenseurs des droits de l'homme » et Tendayi Achiume « formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée ». Dans une correspondance adressée, le 24 janvier, au gouvernement de la Mauritanie, ils attiraient l’attention sur les incohérences et les risques de bavure, notamment le musellement des militants abolitionnistes et autres promoteurs de l’égalité. Il n’échappait, alors, aux esprits doués de discernement, que le Parlement légiférait, en la circonstance, à l’unique fin d’endiguer l’indignation des exclus.

Objections

A la différence du prévenu de Zouérate dont l’enregistrement audio énonce une opinion de supériorité sur les noirs et de stigmatisation de ceux-ci, Mariem Mint Cheikh publie, au travers de sa page Facebook, la critique de la domination à la naissance, qu’elle impute à « l’Etat des maures ». A certains passages, elle le maudit et en prédit le déclin. La distinction, ici exposée, établit la comparaison d’une parole relevant du mépris esclavagiste, à la contestation de l’ordre et des valeurs où les auteurs de tels excès trouvent les accents de l’arrogance, l’assurance de l’impunité et la légitimation ethno-religieuse de l’énoncé. A l’insulte héritée de siècles de suprématie et d’exploitation, vient répondre la sédition des mots. Lequel faut-il blâmer ? Pire encore, un fonctionnaire de l’Agence nationale du registre de la population et des titres sécurisés ( Anrpts), parent du Chef de l’Etat et un employé local de l’Ambassade de Mauritanie en Côte d’Ivoire, tous les deux salariés de la fonction publique, s’étaient rendus coupables d’apologie de l’esclavage, exactement selon les termes attribués à Bouceif Ould Hmeiti ; Jusqu’à ce jour, chacun occupe sa fonction, à l’inverse de la diplomate Mint Aoufa, en janvier 2020, le surlendemain de son tweet antisémite.

Constat

Il convient de le souligner ici, les noirs de Mauritanie n’ont jamais exercé la contrainte de groupe sur leurs compatriotes arabo-berbères. L’inverse est copieusement attesté, longtemps durant et nul n’en ignore le bilan ; à une époque récente, de 1987 à 1991, le placard débordait de cadavres, malgré les tentatives avortées de contrefaçon du récit et de ménagement d’une amnésie collective. Allons plus avant, dans l’exégèse des faits : Quand il s’est agi, en 1990, d’actionner la justice, au nom des victimes, pour obtenir réparation de centaines d’assassinats et de milliers de déportations sur le fondement de la race, les députés du moment exacte traduction du rapport des forces social au sortir de la tuerie, s’empressaient d’adopter un texte dit « d’amnistie ». A présent, la loi numéro 93-23 du 14 juin 1993 interdit de juger les commanditaires, exécutants et complices, quel qu’en soit le niveau d’implication. A ce trait d’iniquité, s’ajoute la requalification - quasi mécanique - des plaintes face aux pratiques de l’esclavage et, in fine, l’abandon des poursuites. Il s’agit, juste, d’un exemple, parmi d’autres dans un pays qui réserve, à une seule de ses communautés, l’essentiel de la puissance matérielle et statutaire, le monopole des banques et les agréments de chaines de radiotélévision. Si ce n’est l’Apartheid, la ressemblance confine à la gémellité.

Chiche !

Comme de bien entendu, Ira-M, réprouve la stigmatisation de l’Autre et les diverses facettes du racialisme et s’en tient aux moyens de la non-violence et du droit. A ce titre, s’est-elle séparée d’éléments de valeur sur le terrain, à cause de leurs outrances, parfois proférées ad hominem. Il n’est plus question de revenir sur cette révision, si douloureuse fût-elle. Aussi, l’Ira-M attend-elle, du gouvernement et des magistrats, la mise en accusation judiciaire de l’ensemble des contrevenants à la loi, sans en excepter l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz ; le 3 mai 2016, à Néma, il expliquait la pauvreté des descendants d’esclaves, par le pullulement de leur natalité. La vague de procès que nous proposons s’annonce d’utilité et de pertinence, afin de recouvrer le goût de la vérité et le sens d’une cohabitation féconde à l’épreuve d’un prétoire impartial. Au terme des audiences, les mauritaniens constateront l’évidente vanité de vouloir censurer les mots, quand la réalité les conforte tant et si bien. Ce jour-là, nous parlerions, à l’unisson, le même langage.

D’ici le grand déballage, Mariem Mint Cheikh doit recouvrer son foyer parce qu’elle n’a d’autre asile où fuir l’injustice, que la terre de ses ancêtres humiliés. L’y retiennent, ses enfants en bas âge, son combat et la certitude de les voir grandir sous l’égide du mérite. Mariem Mint Cheikh n’est pas une délinquante, non, plutôt l’héroïne de sa cause, la nôtre aussi.


 Communication IRA-Mauritanie 
Nouakchott, le 14 avril 2020

lundi 16 mars 2020

Affaire Abdallahi Homody militant d'IRA - Mauritanie emprisonné illégalement.

Les Protagonistes sont : Fatimetou Abdi Dia la victime, en état de grossesse de 7 mois, propriétaire d’un terrain situé à Elmina (Château d’eau). Elle est soutenue par sa mère Maty Brahim. L’Affaire est suivie par Abdallahi Homody, militant actif d'IRA- Mauritanie, actuellement jeté en prison sur le seul motif qu’il a soutenu la famille victime dans leurs démarches à protester contre cette expropriation. Abdallahi Homody est ce jeune immaculé de sang  qu’on  a jeté en prison plusieurs fois pour son militantisme en faveur des victimes spoliées. Fatimetou la victime, sa mère et Abdallahi sont emprisonnés depuis le 26 février 2020. C’est vraiment scandaleux, d’autant plus que la victime a tous les documents d’attribution du terrain à son nom.

Le lot 12 secteur CK9 est au nom de Fatimetou Abdi Dia attribué selon un PV d’exécution de l’inspection du MHUAT d’El mina et seule ce document est dans l’ordinateur du ministère.

L’auteur de  l’expropriation en cours  s’appelle : Mahjouba Bah dite Elkhayt, couverte par le cadi (juge) d’Elmina, c’est  ce qu’on appelle avoir  le bras long.

Quand Mahjouba est venue avec une attestation dont on ne connait pas l’origine pour prétendre que le lot lui appartient. Elle s’est plaint devant le cadi qui lui a avoué que les badges sont de la compétence de l’ADU. Alors que Fatimetou Abdi Dia et sa mère son rentrées tranquillement chez elles, Mahjouba a continué son harcèlement auprès du cadi et son greffier Mohamed El Moustaph. Finalement elle a pu manipuler le cadi jusqu’à ce qu’il ouvre un jugement à l’insu de l’autre partie et lui donne la propriété du terrain. Ils ont fait appel d’eux-mêmes et la cour a confirmé le jugement. Maty Brahim qui reste 17 jours en prison avant de bénéficier d’une liberté provisoire. Et donc elle a fait appel à IRA – Mauritanie pour la soutenir.

Le 28 février la police les a conduits à la direction régionale de la police de Nouakchott Sud à Arafat avant de les déferrer le lundi 02 mars 2020 pour avoir refusé d’exécuter un acte judiciaire. Sur recommandation  du procureur Ethmane Cheibany le président du tribunal départemental de El mina Seyidna Ali Mohamed Saghir écroue Maty Brahim et Abdallahi Homody militant d’IRA – Mauritanie venu soutenir les victimes. Le procureur Ethmane Cheibany continue de menacer de mettre en prison tout celui qui vient en soutien aux victimes Fatimetou Abdi Dia et Maty Brahim)

Voilà  l’abus manifeste d'un juge qui a été certainement  corrompus. Comment peut-il juger  une affaire à l'insu de la personne concernée ? Nous exigeons la libération immédiate  des  détenus arbitrairement dans cette affaire sur du faux et usage de faux. C'est quoi cette histoire? Depuis quand, contester une décision judiciaire peut entraîner directement  le dépôt dans une  prison?  Pourquoi le ministre de la justice laisse faire ces gens-là qui dépendent de son département ? 

Quelle image donnent ces juges, procureurs, gouverneurs et préfets au pays ?  C'est quoi ça mon Dieu ? On vous arrache votre bien illégalement malgré vos papiers en règle  et on vous jette en prison avec vos soutiens pour vous faire taire. Nous appelons à la mobilisation tous et toutes pour mettre fin à cette injustice ignoble. Il est temps que le gouvernement Ghazouani met fin aux activités de certains juges et procureurs corrompus.

Diko Hanoune







dimanche 15 mars 2020

Le régime Mauritanien soutient les extrémistes qui appellent à prendre des armes.


Le  pseudo parti politique dénommé « Appel de la Nation  Beïdane» que le ministère de l’intérieur a donné un récépissé officiel en 2015, son responsable n’est autre qu’un certain Daoud Ould Ahmed Aicha qui n’a jamais caché  son racisme primitif envers tous les noirs était dans un élan d’encouragement des activités racistes. C’est un  allié du pouvoir,  chouchou de medias officiels et privés dans le pays en déversant sa haine sur les communautés noires.  

Daoud Ould Ahmed Aicha dira : seuls les Maures (Beïdanes) ont combattu le colon et construit la Mauritanie. Tous les autres ne sont que des « arrivistes » qui doivent rester tranquilles ou « dégager » de leur pays à eux les Beïdanes qui détiennent suffisamment d’armes pour exterminer tous ceux qui voudraient en découdre avec eux. 

Le 18 février 2020, le député mauritanien, président l’IRA, une ONG non reconnue depuis 12 ans d’existence sur le sol Mauritanien, M. Biram Dah Abeid fut honoré par le prix du courage  lors du sommet de Genève, pour les droits humains et la démocratie. Dans son discours devant le parterre international, il  taxe l’état mauritanien d’apartheid non officiel implanté au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Voila qui irrita les lobbies extrémistes maures proches du  pouvoir qui n’hésitent pas à lancer des appels à prendre des armes contre les noirs.

Un « Front Arabe pour la Défense de Beïdanes, c'est-à-dire des (blancs) » ne passera pas par  quatre chemins, il fait savoir  à qui de droit  publiquement que le pouvoir revient aux maures blancs uniquement, car, ils sont les seuls à qui devrait revenir le pouvoir quoi que fasse les Haratine. Une manifestion est organisée devant la présidence pour demander la protection de maures blancs par Ghazouani. Une femme très excitée traite la communauté Haratine victime de l’esclavage maure de « Bâtards » qui peuplent les Adwaba (villages Haratine). Ils parlent  des choses sordides, horribles, ils voient des cadavres maures dans les rues de Nouakchott, leurs commerces et biens sont vandalisés par des Noirs chaque jour, voila, appellent à prendre les armes. Pourquoi l’état ne leur demande pas de nous sortir ces cadres maures qu’ils nous parlent ?

Bizarrement, la Direction de la Sécurité du Territoire (DST) reste indifférente, dès qu’un noir dénonce l’esclavage, le racisme, une injustice ou l’exclusion, il est aussitôt persécuté, traqué comme un terroriste par la même direction en quelques heures. Tout est fait au mini-mètre prêt pour maintenir les ONG sérieuses de défense des droits humains et certains partis politiques que dirigent les noirs dans l’illégalité afin de les étouffer.  


lundi 9 mars 2020

Contrer l'esclavage et toutes ses manifestations chez nous : déracialiser l'approche en toute sincérité


En Mauritanie, j'écrivais que presque chaque communauté développe en son sein les germes de l'ordre inique et injuste dénoncé sur l'échelle nationale. Par exemple, quand certains parlent d'un état raciste et esclavagiste, ils font semblant d'ignorer que leur communauté est aussi discriminatoire et esclavagiste à un certain niveau. Chez nous, la victime d'un racisme peut être aussi cet esprit communautariste foncièrement esclavagiste de mentalité ici et là. Espérons que l'état se mette à combattre véritablement les racistes et les esclavagistes de tous bords. Il n y a pas plus louche et fourbe que celui qui dirait qu’indexer les méfaits de l'esclavage statutaire chez populations noires, dédouanerait l'esclavage subi par une partie de nos frères haratines. Ainsi la cohérence et la sincérité nous intiment d'embrasser large dans nos engagements militants et politiques. Aujourd'hui parmi certaines voix militantes, le racisme d'état  se dénonce avec chiffrage à l'appui mais l'esclavage et ses différentes manifestations sont abordés furtivement avec une subtilité qui trouble.

Bref c'est un peu du "mauritanien" militant à la carte.  Le code esclavagiste dit hérité du rite malikite, tient une place importante dans la littérature sociale et religieuse chez tous tenants de clergés communautaires (Noirs et Blancs) . Dénoncer l'esclavage au Guidimagha (Sud mauritanien) ne donnerait pas un ouf de soulagement à la conscience d'un esclavagiste dans l'Inchiri. La donne purement cutanée et binaire de l'affaire, est une arnaque intellectuelle quasi scandaleuse. Je dirais chez nous, tous les esclaves et assignés socialement comme tels, sont à 99,9% Noirs  et les féodalo-esclavagistes sont Noirs et Blancs. Dans l'aspect purement communautaire, l'esprit esclavagiste et le féodalo-esclavagiste sont complices d'une  manière implicite. L'un et l'autre ne pense DROIT que sous le prisme de leur hégémonie respective, sociale en intra d'abord et politique à l'échelle nationale.

Oui TOUS ensemble, dénonçons avec le président Biram Dah Abeid l'apartheid de fait dans l'arabisation forcée de l'expression de l'état, mais il en faut autant sur ce qui couve depuis toujours dans communautés noires. Ce système rétrograde et moyenâgeux qui humilie et ostracise socialement, appelé gentillement système de castes pour partage des tâches sociales. Faux et usage  du faux socialement et intellectuellement  aujourd'hui, par ce système de castes, les gens ne vivent pas ensemble mais séparés et liés par un certain utilitarisme sociétal déséquilibré fait de subordinations et d'obligations. Dans nos communautés noires dites de castes, il y a 2 ensembles à mon avis, l'ensemble des esclaves statutaires et les autres. C'est une évidence chez  les soninkés avec l'éveil abolitionniste et anti-esclavagiste GANBANAAXUN FEDDE initié par les composantes castées esclaves, l'autre ensemble hormis quelques JUSTES PROGRESSISTES, a formé une coalition réactionnaire très agressive dans divers endroits. Par exemple dans le Guidimagha mauritanien, pour cause de problématiques liées à l'esclavage, dans des villages, des Noirs tentent d'exproprier les biens (foncier) d'autres Noirs. Des familles vivent une quarantaine sociale parcequ'ils refusent les assignations sociétales esclavagistes. Et apparemment ces violations récurrentes ne tiennent pas l'attention d'un certain type de militant qui racialise à outrance TOUT au point qu'on présume que sa socialisation serait à l'origine de son positionnement à sens unique. Cette socialisation qui formate hermétiquement les mentalités féodalo-esclavagistes dans nos communautés. Concernant la gênante question du mariage, qui, de mon point de vue semble très marginale par rapport à l'éveil citoyen et antiféodal, mais peut être un curseur d'évaluation d'une certaine mauvaise foi. Le gars qui est prêt à se marier avec une femme Fidjienne, dirait que sa caste l'empêcherait d'épouser une autre femme dans le même groupe sociolinguistique partageant la même religion au passage.

 Et lui qui irait dénoncer un racisme blanc ailleurs lié  à un mariage mixte Blanc/Noir. Si on revenait aux castes, dire qu'elles symbolisent le partage de tâches pour l'harmonie sociale, j'ai souvent constaté une omission pas innocente dans le discours de certains défenseurs de cette "chose" et qui atténuent son caractère  esclavagiste. Ces gens acculés quand les secousses du phénomène déborde autour d'eux, essaient de citer toutes les castes liées à des fonctions ou métiers identifiés mais glissent subrepticement sur une, comme  pour entretenir davantage le déni légendaire. Il est urgent qu'on revoie nos logiciels d'engagement et de militantisme  pour l'avènement d'un véritable état de droit dans notre pays. Les afrikaners se sont inspirés de leur droit coutumier racialiste pour appliquer l'apartheid contre les Noirs sud-africains, et également nos droits coutumiers ont des germes socialisées d'un apartheid sociétal  qu'on essaie d'ériger en valeurs sociales. Ne pas en avoir conscience pour un militant universaliste, revient à une superficialité criante et l'ignorer devient une incohérence sinistre doublée de mauvaise foi.


Koundou SOUMARE

lundi 24 février 2020

Mauritanie: Le reçu du petit garçon Beibbeu Ould Cheikh victime de l’esclavage.

Tous les moyens sont bons pour couvrir les crimes de l’esclavage. Mohamed Ould Ikabrou, Procureur de la république à Selibaby dans la région du Guidimakha  falsifie le crime d’esclavage en une banale affaire de « tutorat d’un mineur » pour couvrir bien évidemment les criminels esclavagistes. Vous verrez après la transcription les propos du garçon mineur de 8 ans qui a perdu sa mère en 2017, comment et pourquoi  procureur, juge et les officiels de l’état Mauritanien jouent pour couvrir avec ruse les criminels esclavagistes.  En grosso-modo, les criminels ne risquent pas grand-chose, voila tout. Les pratiques de l’esclavage ont des beaux jours en Mauritanie. Le cas de  ce mineur a été pris en charge par IRA-Mauritanie le 13 février 2020.

Voila la transcription des propos tenus par  Beibbeu Ould Cheikh : « Moi je viens de Tarteïgué, je ne sais pas où j’y vais actuellement, l’homme avec qui j’étais, me battait chaque jour, je ne sais pas ce que je l’ai fait. Il me battait sans raison. Un jour, il m’a envoyé pour pâtre les chèvres, il est venu, il ne faisait que  de me battre en brousse avec acharnement. J’ai fui, je l’ai laissé les chèvres.  Mon père s’appelle Cheikh Ould Mady, mon frère s’appelle Jaavar, un autre frère qui s’appelle Housseine, ma mère est décédée quand j’étais très petit. Hier, j’ai fui sans savoir ou j’y vais, je suis tombé sur cette famille sans savoir où suis-je. Elle m’a donné à boire, la  famille m’a secourue. Actuellement, je ne sais pas où se trouve ma famille biologique………. »

Ou se cache la supercherie ? Dans la loi qui devrait protéger les enfants ci-dessous. Malheureusement, la CNDH Mauritanie tente de verser des faux témoignages dans le dossier, prêtant main forte aux esclavagistes criminels pour dénaturer les faits cruels et inhumains de l’esclavage. Au lieu de porter assistance aux victimes et épauler IRA dans cette difficile tâche, la CNDH opte sur du va- t’en guerre contre IRA sans une raison évidente. C’est ce qu’on appelle du faire un chèque en blanc aux auteurs des pratiques esclavagistes.

Mauritanie : Ordonnance n°2005-015 portant protection pénale de l’enfant

« Article 35. - Nonobstant les sanctions prévues par la loi portant enseignement obligatoire, le fait, sans motif valable pour les parents, le tuteur ou la personne qui a la charge de l'enfant, de ne pas respecter l'obligation scolaire pour les enfants âgés de six à seize ans, après un avertissement adressé par l'inspection académique est, puni d'une amende de 5.000 à 10.000 Ouguiya. Sont punis d'un an d'emprisonnement et d'une amende de 200.000 ouguiyas, les parents, les tuteurs, les personnes ayant autorité sur l'enfant et les responsables de l'école qui refusent de laisser une fille de moins de 18 ans poursuivre sa scolarité pour cause de grossesse. En cas de récidive, les parents, le tuteur ou la personne qui ont la charge de l'enfant peuvent être condamnés à 20.000 Ouguiya d'amende et à sept jours d'emprisonnement. Lorsque la mauvaise volonté persiste de la part des personnes responsables de l'enfant, la privation des droits civiques et civils pourra être prononcée pour un an au moins et quatre ans au plus. »


Soyez lucides, la peur disparaîtra ! Note de recadrage




Soyez lucides, la peur disparaîtra !
Note de recadrage

A Genève, le 18 février 2020, le « Sommet pour les droits de l’Homme et la démocratie » décernait le « Prix du courage » à l’honorable député Biram Dah Abeid. La distinction symbolique vient confirmer, après plusieurs autres, la reconnaissance internationale d’une lutte où la non-violence reste la perspective. Devant l’assemblée acquise aux valeurs de l’universalisme, le récipiendaire se réjouissait de l’honneur et exposait les raisons de son engagement, en l’occurrence les graves violations des droits de la personne, notamment celles que reproduisent l’assimilation culturelle et l’institution séculaire de l’esclavage.  Dans cette prise de parole, il n’y avait rien d’inédit, en comparaison du credo antérieur de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M), une association interdite depuis sa création, dès 2008. Néanmoins, le propos provoquera une vague de détractation et d’apologie de la haine, d’une ampleur inaccoutumée.

Le substrat

Le discours et la conférence de presse exposaient, en détail, l’architecture et la permanence d’un système de gouvernance exclusif ; la majorité noire, d’origine subsaharienne, qu’elle soit arabisée du fait de l’esclavage ou appartenant aux groupes locuteurs du Pulaar, du Soninké, du Wolof et du Bambara, en subit les conséquences multidimensionnelles.  L’état des lieux à l’appui d’une telle assertion ne souffre plus le doute, tant le commandement militaire, la fonction publique, le capital privé et jusque l’exercice du culte en illustrent la banalité. Pire, l’impunité des crimes racistes de masse, l’accaparement des terres de culture et la tolérance des pratiques de servitude selon la naissance viennent apporter la preuve – s’il en fallait une – d’un clivage structurel à l’intérieur de la société ; le tracé et son acuité s’affinent, au lieu de se résorber. Ici, l’Etat a cessé de soigner l’illusion de sa neutralité. A titre d’exemple trivial, chaque séquence des nominations en Conseil des ministres rappelle combien la Mauritanie s’immerge dans les récurrences de la discrimination, juste pour satisfaire aux demandes tribales. Certes, la dynamique ne tient de la singularité mais la prise de conscience de sa profondeur atteint, désormais, le seuil critique du supportable. La découverte collective d’une vérité longtemps censurée produit, souvent, trois avatars : la sidération, l’indignation, la réaction. Nous vivons le dernier des trois temps, celui où l’improvisation et l’indifférence se paient cher.

L’hystérie

Dès la fin de l’allocution de Birame Dah Abeid, une campagne de dénigrement d’une rare virulence le prit pour cible, aux griefs, protéiformes, d’une trahison envers l’arabité et l’Islam, à l’instigation du fameux complot judéo-chrétien-athée. Le débat a été éludé au profit de considérations d’affect et de fantasme. Suivant un processus bien rodé, il s’agissait t’intimider le contradicteur, instiller la crainte parmi ses partisans et donner l’impression, aux mauritaniens, d’une attaque imminente par un ennemi en embuscade, avec le concours d’un cheval de Troie. La manœuvre de démoralisation se prolongeait, au travers de publications et d’images d’enfants unis dans la diversité d’épiderme, sous le slogan « nous sommes un seul peuple ». En l’occurrence, le message vulgarise, à l’endroit de la vox populi, les naïvetés lénifiantes d’une communauté de destin où la victime et l’agresseur s’étreignent et se jurent empathie. Ainsi, malgré les inégalités et les injustices, les mauritaniens voudraient se sentir frères, peu importe si l’expérience démontre l’inanité de la posture. Par-delà le slogan et la parodie, que nous apprend la réalité ?

La dispute

Quand moins de 800 suffrages permettent d’élire un député à Bir Moghrein, son collègue, à Sélibaby requiert 8.600 voix. Un électeur de Bir Moghrein vaut donc plus de 10 fois celui de Sélibaby. Vous avez dit « un seul peuple » !? Le cas prévaut, partout ailleurs dans le pays.  

A la faveur de son oraison à Genève, Biram Dah Abeid comparait cet ordre à l’Apartheid. Une redéfinition circonstanciée s’impose, ici :

1. En Mauritanie, nulle règle de droit n’organise le développement séparé sur la base de la supériorité de race. Les lois proclament, à l’inverse, l’égalité des citoyens et pénalisent la ségrégation, voire la stigmatisation perpétrée au motif de l’identité et de l’ascendance. Or, les normes affichées relèvent du leurre, si l’on se réfère à leur application, lorsque le noir réclame l’équité, face à son compatriote arabo-berbère ou contre l’Etat. Il suffit de se souvenir qu’aucun responsable, de centaines d’assassinats et de déportations par dizaines de milliers, n’a été jugé, au lendemain de la tentative de purification ethnique, de 1986 à 1991. Une fameuse législation de 1993 les soustrait, toujours, à la curiosité d’un juge.

2. En revanche, la géographie de la misère et de la prospérité, dans les villes et la ruralité, ainsi que la répartition du travail et des moyens de production attestent d’une sociabilité parallèle, sur des territoires de prédilection et leurs enclaves ; un simple examen de la démographie urbaine autour du centre de la capitale trahit une mise à distance par le revenu, laquelle recoupe, de facto, la différenciation entre le peuplement arabo-berbère et le tout-venant. Quel nom convient-il d’accorder à ce degré croissant de séparatisme, si ce n’est un Apartheid empirique ?

Notre position

Au terme de l’explication, l’Ira-M réitère sa disponibilité au relèvement de la Mauritanie, grâce au pacte à renégocier, en somme « l’équité, rançon de la paix ». Nous réinvitons le gouvernement, les partis et la société civile, aux « Etats généraux de la république », afin de discuter de tout, à l’abri de la moindre restriction conceptuelle. Le projet comporte le préambule d’une question liminaire : « Pouvons-nous vivre, ensemble, hors du champ de la domination » ? Tant que nous éludons l’interrogation, les poussées de frustration et de polémique continueront d’amoindrir l’aspiration à la solidarité, déjà en lambeaux. Le puissant empire des soviets s’est effondré, de lui-même, à cause du mensonge, de l’évitement et de l’occultation. La fragile Mauritanie des privilèges et de la citoyenneté relative ne saurait échapper à la règle.

Aujourd’hui, des agitateurs de l’ombre s’efforcent de stimuler et d’exacerber la panique comme ciment d’un sursaut opposable aux revendications de dignité et de justice. Ce jeu périlleux tend à créditer l’idée d’une insurrection des descendants d’esclaves, ivres de ressentiment et de désir de vengeance. A nouveau, les services de sécurité alimentent la fabrique de la rumeur dont les réseaux sociaux et les applications de messagerie électronique deviennent, simultanément, le réceptacle et le vecteur. L’hypothèse d’une déstabilisation endogène du pouvoir n’est plus à écarter.

Pourtant, parler en toute franchise et se comprendre renferment la ressource mentale de la tolérance et la prédisposition au succès.



Nouakchott, le 24 février 2020