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mardi 2 avril 2013

L’esclavage en Mauritanie 2008 - 2013




 L’autre identité humaine en Mauritanie


Chers amis,  je suis avec vous aujourd’hui pour parler de la Mauritanie ; le pays de beaucoup parmi nous ici. La Mauritanie de l’esclavage, la Mauritanie de la perpétuation de la honte humaine mais aussi, chers concitoyens et amis de la Mauritanie chers confrère de la Mauritanie, du déni.

J’ai honte, et je sais que vous avez honte et êtes touchés, très touchés mais c’est la réalité, notre réalité que personne d’entre vous ne peut ignorer et ne peut contredire. En Mauritanie, on n’est pas encore au 21 siècle. Ici et là, chez nous en Mauritanie, il y a l’esclavage. Dans ce pays, la Mauritanie, pourtant signataire de la quasi-totalité  des Conventions pour le respect de la dignité de l’homme, les hommes ne naissent pas égaux.



Diverses formes d’esclavage



On entend par  esclavage en Mauritanie l’utilisation de l’homme par l’homme. Des hommes et femmes qui travaillent gratuitement pour d’autres qui sont considérés comme leurs maitres. La privatisation de l’être humain. L’esclavage est par ascendance ; il est domestique, sexuel et moral.



L’Administration Territoriale et l’esclavage



Les walis (Gouverneurs) et les Hakems (Préfets) sont inféodés aux chefferies traditionnelles. En complicité avec les esclavagistes et les féodaux, l’autorité régionale agit et délibère. L’esclavage est occulté ou encouragé.



La police judiciaire et l’esclavage



J’entends par police judiciaire la police nationale et la gendarmerie nationale. C’est la première institution étatique qui reçoit et instruit les dossiers relatifs à ce phénomène comme toutes les autres affaires des citoyens plaignants. Jamais ces corps n’ont daigné s’occuper impartialement du phénomène de l’esclavage. Dans tous les cas, ce sont les victimes d’esclavage qui sont inquiétés et les esclavagistes soutenus … A chaque fois et pour tout cas d’esclavage, il a fallu des sit-in des abolitionnistes (des sit-in parfois réprimés et des militants interpellés, tabassés, torturés, emprisonnés, jugés et condamnés, pour que la police essaye de faire un semblant d’enquête qui n’aboutit généralement à rien devant le tribunal.



Esclavage et acteurs politiques et religieux



Par leur silence et/ou leur interprétation de l’Islam, l’esclavage est encouragé, légitimé, codifié et sacralisé. Pour rappel, l’islam intime l’ordre à l’homme d’être libre, car il n’autorise l’adoration que pour Dieu. C’est dire que l’islam ne conçoit de statut de maitre  que pour Dieu. Les acteurs religieux et politiques qui sont toujours prompts à réagir aux événements dans les autres parties du monde comme la Palestine, Syrie et autres, n’ont jamais clairement évoqué ou combattu  l’esclavage en Mauritanie, au contraire ils mènent de temps à autre des campagnes de diabolisation contre les abolitionnistes et produisent des prèches et des déclarations appelant au meutre contre les anti-esclavagistes. Et pourtant, on soutient que la Mauritanie est musulmane à 100%.




L’esclavage et l’appareil judiciaire



De 2008 à nos jours, sur plus de 18 affaires de pratiques d’esclavage avérés, ce sont les plaignants qui ont payé un lourd tribut devant les tribunaux plus tôt que les présumés coupables. Un appareil judiciaire indépendant est l’apanage d’un Etat de droit respectueux de ses propres lois ; la Mauritanie, elle, n’en est pas encore là. La justice mauritanienne est encore très loin sur le chemin de l’indépendance, car l’exécutif interfère dans l’appareil judiciaire.



Mes amis voilà un peu le décor de la situation des institutions qui interviennent dans la gestion de ce phénomène mais aussi celle des acteurs politiques et religieux. Vous en déduirez vous-même la délicatesse de l’engagement des militants abolitionnistes.



Oui, en Mauritanie on n’a pas tous les mêmes droits, on n’a pas tous droit à la terre de culture. Oui en Mauritanie, les patronymes et les tribus sont déterminants comme valeurs ajoutées à l’existence de l’homme mauritanien.

La société mauritanienne, avec et par la volonté de ceux qui nous gouvernent, reste encore archaïque et moyenâgeuse. Les esclavagistes et les féodaux se partagent le bonheur du pays. On assiste tout simplement à la transposition des pouvoirs traditionnels déphasés et iniques à la gestion de l’Etat.

La pratique d’esclavage connait dans notre pays plusieurs formes, selon les communautés : dans la communauté beydhane sur laquelle les yeux sont rivés ces derniers temps avec les actions des militants antiesclavagistes, le phénomène est vivace, actuelle et dans sa condition primaire.

L’homme comme objet, un robot à tout faire mais aussi comme un instrument sexuel. La population la plus affectée est la gente féminine mais aussi les enfants à bas âge des Haratines.

Pour la consommation internationale, la Mauritanie a mis en place des outils juridiques novateurs contre ce phénomène. La loi de 2007 qui a été précédée par d’autres instruments juridiques comme celui de 1969 (circulaire du ministre de la justice de Moctar Ould Daddah), l’ordonnance de 81 (sous l’ère Haidalla), et initié un programme pour soulager la misère de ces populations dont le pouvoir d’Abdel Aziz dit qu’elles ne souffrent que des séquelles de l’esclavage.

Paradoxalement dans ce pays où on s’interdit la vérité, on continue à nier l’existence de ce phénomène, et à l’issue du récent dialogue politique entre une partie de l’opposition et la majorité présidentielle avec la bénédiction de Mohamed Abdel Aziz, on a porté l’interdiction de l’esclavage au préambule de la Constitution. Pourquoi alors introduire la criminalisation dans la loi fondamentale du pays d’un phénomène qui officiellement n’existe pas ?

C’est dire que le principal mal de la Mauritanie continue d’être cette hypocrisie congénitale qui nous taraude. Le mensonge qui est devenu un mode de gestion des affaires du pays.

Ces principes fondateurs de nature à civiliser notre société ne sont jamais appliqués. Les affaires d’esclavage présentés à la justice sont là pour témoigner de la désuétude des lois mauritaniennes. Elles sont bonnes pour les tiroirs et pour servir auprès de la communauté internationale. Vous allez m’interroger  certainement sur les résultats du programme d’éradication des séquelles de l’esclavage. Le régime de Mohamed Abdel Aziz a lui-même répondu sur la non-efficience de ce programme pour les ayants droits car il est de coutume de magnifier les actions du régime et surtout de les utiliser contre les opposants.

 Si la Mauritanie ne souffrait que des séquelles de l’esclavage et qu’une action du gouvernement est menée contre le phénomène, on aurait utilisé les bénéficiaires contre les abolitionnistes. Car en ce moment le pouvoir n’a pas besoin de chercher les fatigués ou sous-fifres au sein de IRA pour faire dissidence. Non, la Mauritanie est une République Islamique où sévit l’esclavage. Des sous hommes et leurs maîtres … et cela dans certaines proportions dans toutes les communautés.





L’esclavage des Haratines






Durant la dernière semaine du mois de février, avec l’aide de l’ONG SOS-Esclaves, Matala a pu retrouver et libérer toute sa famille (Une famille de neuf membres tenus en esclavage, dont des enfants mineurs). Cela intervient au moment où les dossiers des esclaves de Guerrou et Dar Naim (Nouakchott) sont pendant devant la justice ou tout simplement restent sans issue favorable pour les esclaves. Leila Mint Ahmed (l’épouse du leader abolitionniste Biram Dah Abeid), par le double langage et la démission de l’Etat mauritanien, est maman aujourd’hui de plusieurs enfants mineurs et adolescents (une dizaine), libérés du joug de l’esclavage par l’ONG IRA-Mauritanie. Les cas pendants devant la justice sont très nombreux. Pour camper le décor, je vais vous citer deux exemples :

 De ces enfants chez Leila, je vous cite Said et Yarg.

C’était en avril 2011 où, pour sauver ces deux jeunes garçons de l’inhumanité, que les militants antiesclavagistes ont franchi une nouvelle étape dans la recherche de la justice en menant une grève de faim pendant trois jours.

Si le jeune SAID, âgé d'environ 14 ans, a pu fuir ses maîtres quelque part dans la région du Brakna, c’est par l’action des militants que la police a été contrainte de mener une enquête pour récupérer son petit frère Yarg (10 – 11 ans). 


Said et son frère Yarg



Le verdict du 20 novembre 2011, prononcé par la Cour Correctionnelle de Nouakchott, condamna un seul membre de la fratrie de 5 personnes à 2 ans de prison ferme dont il purgera qu’un seul alors que la loi prévoit au moins cinq ans de prison pour le crime de pratique qui était retenu contre lui.



Le cas Mbarka : La petite domestique ou l’instrument sexuel de toute une famille



Cette esclave, libérée grâce à l’organisation IRA, raconte : « Notre maîtresse a prétendu avoir besoin de moi pour de petits travaux domestiques, étant entendu que pour elle nous sommes tous sa propriété privée car notre maman est son esclave, et il est tout a fait normal qu’elle dispose de nous comme elle veut ! ». Et d’ajouter : « Je suis la dernière à dormir et la première à se lever ». L’histoire de Mbraka, la petite domestique ne s’arrêtera pas là car elle est aussi un instrument sexuel. Elle raconte « Un jour, mon maître…. se lève et me demande de lui masser les pieds. C’est ensuite qu’il m’intime l’ordre de m’approcher et se couche sur moi contre ma volonté ». Chers amis, oui, c’est dur et cruel, mais aussi cru…. Et d’ajouter : «Oui, il a récidivé tant de fois. J’ai même su par la suite que son épouse était informée de ses forfaits, mais elle n’en pas fait cure ».

Je suis tombée enceinte et ils ont gardé le silence sur mon état et ont refusé de reconnaitre l’enfant. Après le père, c’est le fils aîné, qui était aussi marié, qui a pris le relais », conclue  la désormais jeune dame et ex-esclave libérée par IRA-Mauritanie

Vous savez pourquoi la femme de son maître, même au courant, laisse son mari continuer ses forfaits ? Parce que MBarka est une esclave et on ne doit pas être jalouse d’une esclave…



Pour son mariage. Mbarka dit : « Je me suis mariée ; un mariage qui sera de courte duré car mon mari voulait m’amener chez lui en brousse où il vivait ; ce que mes maîtres refusèrent. Ainsi, il a disparu pendant longtemps. Alors, je lui ai envoyé un message pour l’informer de mon mécontentement. Il a accepté mes exigences espérant que notre mariage puisse continuer. Il m’a envoyé une somme de 30.000 UM que mon maître m’a remise en trois tranches et à des moments différents. C’est ce dernier, qui viendra me voir porteur de la lettre de divorce ».

Ainsi, l’esclave est domestique mais aussi un objet sexuel qu’on peut faire marier et faire divorcer ; c’était le cas de Mbarka Mint Essatim qui a été libérée par les abolitionnistes dont l’un est dans la salle ; je le salue au passage.



L’esclavage dans le milieu négro-africain



Dans la communauté négro-africaine, si la pratique de l’esclavage en tant que tel a pratiquement disparu, ses séquelles restent encore vivaces. La communauté des anciens esclaves dans la société négro-africaine souffre de la stigmatisation et des stéréotypes. L’ancien esclave n’a pas droit à la terre de culture. Ces gens, considérés inferieurs, ne peuvent prétendre aux chefferies traditionnelles. Pour cette communauté, à l’image de ce qui se passe chez les Haratins, travailler pour ses « maîtres » est un acte islamique qui va être récompensé au jugement dernier. Les mariages sont proscrits entre les groupes sociaux ou castes, car les nobles se considèrent supérieurs aux anciens esclaves. Un exemple se passait dans vos murs, ici à Paris, il y a quelques années. Toutefois, plus riche et plus lettrée, la nouvelle génération s’émancipe du joug communautaro-traditionnel et ne peut plus être réduite à l’esclavage. Dans certains villages, le mot esclave ne peut plus être prononcé. C’est dire que le complot du système esclavagiste et féodal, encouragé et soutenu par l’Etat, est entrain de prendre un rude coup dans certains segments de cette communauté.



Comment finir avec l’esclavage



La question mérite d’être posée et la réponse est trop simple. Pour commencer, le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz doit finir avec le double langage. En Août 2011, à l’occasion d’un show radio télévisé, le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, disait en réponse à ma question : « S’il y’a des esclaves, en tout cas moi, je ne les vois pas. Je suis sûr que cela n’existe que dans l’esprit de celui qui veut les créer pour des raisons qui lui sont très personnelles. Ce sont des gens qui véhiculent des choses qui n’existent pas, pour d’autres fins que nous connaissons ».

On ne peut pas faire des lois pour punir une pratique et en même temps dire que cette pratique n’existe pas. C’est dire que la reconnaissance officielle de ce phénomène pourrait être un début d’une volonté politique pour finir avec cette tare.

Il est absolument nécessaire que l’esclavage soit aboli dans les livres qui représentent la référence pour l’Etat et les différents corps qui la composent ; les livres prétendument islamiques, et, qui ne sont en fait qu’un code d’esclavage des temps moyenâgeux, des livres écrits entre le 9 emme et le 15 emme siècle J.C. et que le président d’IRA a incinéré symboliquement le 27 avril 2012 pour attirer l’attention et de la communauté internationale et du monde musulman sur le forfait qu’ils contiennent ; codification de la vente d’être humains, la castration, le viol, le travail forcé….Ces livres restent hélas, la base de la formation des magistrats en Mauritanie, des officiers de police judiciaires, des administrateurs, des imams, et des érudits ; ces livres restent aussi inscrits dans la constitution mauritanienne comme principale source de loi.

Mais aussi, l’application des lois en vigueur et en la matière. Ces actions doivent être accompagnées par une action d’un programme national de sensibilisation contre cette pratique et la vulgarisation des lois criminalisant ces pratiques. Et pour ce travail, l’homme mauritanien libre doit prendre son bâton de pèlerin pour mener campagne car la liberté des esclaves ne peut provenir seulement de l’Etat. En effet, tant que l’Etat n’est pas en face de la nécessité de libérer les esclaves, il ne le fera pas. L’exemple des Etats-Unis et de Haïti sont là pour nous édifier.
Contribution du journaliste Seydi Moussa Camara à la conférence du 30 Mars  à Massy.
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