Translate

vendredi 30 août 2013

Interview poignante de Madame Rosita DESTIVAL, seconde Vice-présidente du MIR-France, le Mouvement International pour les Réparations.



Interview  pas comme les autres, nous recevons une militante exceptionnelle, Madame Rosita Destival, une grande militante abolitionniste dans l’âme, à cœur ouvert, pour répondre à nos questions. Bonne lecture chers « es » lecteurs « trices »



1-Madame Rosita Destival bonjour, vous êtes une grande militante abolitionniste mais peu connue sur la toile, présentez vous à nos lecteurs, et présentez nous le mouvement dans lequel vous  militez et menez vos actions.

Puisque vous me demandez de me présenter je veux d’abord vous dire que je suis une des filles de Mamy Romain, ce qui parlera aux anciens militants de la région parisienne des années soixante dix etc.. En particulier ceux qui ont pris part à la lutte contre l’apartheid en Afrique australe, ceux qui ont participé à la lutte pour la décolonisation des Antilles (Radio VOKA...) et à la lutte pour les réparations (Comité International des Peuples Noirs…), ou ceux qui en région parisienne se sont engagés dans la  reconstruction de la Nation africaine en faisant société autrement (Centre Bossuet, Famille Dambala à Vanves etc.). Bref tous ceux de l’époque ou Tonton David chantait « Issu d’un peuple qui a beaucoup souffert, Issu d’un peuple qui ne veut plus souffrir » et du début des radios libres.
Mon père quant à lui fut également un militant syndical connu en Guadeloupe.
Ma maman nous a quittés le 1er mai 2002, mais la lutte continue. Son dernier engagement fut dans le Collectif International Panafricain pour la libération de Mumia Abu Jamal et des prisonniers politiques US, et elle relisait souvent les ouvrages de Mumia dont celui traduit en français sous le Titre « La Mort en Fleurs » préfacé par Julia Wright.

En ce qui me concerne je suis la seconde Vice-Présidente du MIR-France, le Mouvement International pour les Réparations, la première vice-présidente étant Rosa Amelia Plumelle Uribe, auteure notamment de « La férocité blanche : des non-Blancs aux non-Aryens, ces génocides occultés de 1492 à nos jours » préfacée par Lluis Sala-Molins, « Traite des blancs, traites des noirs : Aspects méconnus et conséquences actuelles », « Victimes des esclavagistes musulmans, chrétiens et juifs : Racialisation et banalisation d'un crime contre l'humanité », « Kongo, les mains coupées ».

Dans la suite de cet interview je m’exprimerai à la fois en mon nom propre et au nom du Mouvement International pour les Réparations (MIR).

2- Est-ce que les pays occidentaux continuent encore à pratiquer l’esclavage malgré les lois abolissant le phénomène depuis plus d’un siècle ?

Répondre à cette question prendrait pas mal de temps ; pour « les pays occidentaux », il faut voir au cas par cas.

Mais pour ce qui est de la France, sans vouloir vous contredire, je me permets de revenir sur ce que vous appelez « les lois abolissant le phénomène depuis plus d’un siècle ».
L’État français républicain a procédé en 1848 à l’affranchissement général dans ses vieilles colonies (Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion…) et la loi du 30 avril 1849 à fixé les modalités d’indemnisation des colons, bref, du rachat des captifs aux maîtres.
A cette même période, la France part à la conquête de l’Afrique, et à mesure de l’avancée de ses troupes instaure le travail forcé dans les nouveaux territoires colonisés. Au terme d’un demi-siècle de guerre et de résistance africaine, à la fin du 19 eme siècle, la France est parvenue à se tailler un empire africain. Un empire où elle n’abolit le travail forcé qu’il y a une soixantaine d’années, en 1946, au sortir de la guerre contre l’Allemagne dans laquelle la participation des troupes africaines a été décisive. Au point que la ville de Brazzaville (Congo) était devenue pendant cette guerre « Capitale de la France Libre ». Encore faut-il que les Africains bataillent pour que l’État français abolisse le travail forcé.
Et cette abolition gagnée par les colonisés, ne signifie bien sur pas la fin de l’asservissement du travail africain au capital colonial européen. C’est d’ailleurs un descendant de colons esclavagistes de Guadeloupe, Jacques Koch-FOCCART, qui sera chargé par la République française de veiller à maintenir le statu quo : éviter l’indépendance par tous les moyens y compris l’assassinat, et lorsque l’indépendance est inévitable éliminer les militants et instaurer le néocolonialisme.

3- Dans le monde arabo-musulman, notamment en Mauritanie, l’esclavage continue comme durant l’antiquité. Malgré tout, nous voyons rarement des mouvements des droits de l’homme, les abolitionnistes en général sur le plan international  qui s’intéressent de près à la traite arabe. Mais ils nous parlent beaucoup de la traite des Occidentaux. Pourtant l’histoire montre bien que la traite négrière arabe date de bien avant et continue de nos jours : pourquoi ce silence autour de la traite arabo-musulmane ?

Tout d’abord, je tiens à vous dire que nous militants du MIR, nous évitons d’employer le mot « traite » quand nous le pouvons. C’est un mot qu’on emploie pour les marchandises, pour les produits agricoles. Or dans l’espace euro-américain vendre et acheter des êtres humains fut de tout temps un trafic honteux.  Si vous lisez les archives, vous constaterez que ce ne fut pas un commerce ordinaire comme on voudrait aujourd’hui nous le faire croire, et qu’il y a toujours eu des gens pour le dénoncer. C’est bien pour cela qu’on appelait les gens « Pièces d’Inde » ou « Bois d’ébène ». Pour voiler le fait qu’il s’agissait d’êtres humains. Mais l’appât du gain a été le plus fort.

Concernant la capture, la déportation, le commerce et la détention en esclavage des Africains par les Européens, laissez-moi vous dire que si on en parle aujourd’hui en Occident, c’est parce que la communauté noire s’est levée, en commençant par celle des USA. Sinon c’était une histoire enfouie autour de laquelle les pouvoirs politiques occidentaux avaient organisé l’oubli. D’ailleurs en France les manuels scolaires faisaient l’impasse dessus. Et quand on en parlait, c’était pour dire que les victimes étaient responsables de leur malheur. Ce qui d’ailleurs est un classique. Si on prend le cas des femmes, il n’y a pas si longtemps que le viol en Occident a réellement été criminalisé.  Auparavant on disait que celles qui étaient violées, c’était celles qui l’avaient cherché.
Bref, si on parle aujourd’hui de l’esclavage transatlantique sous sceau chrétien, c’est que les militants noirs ont lutté et continuent de lutter pour faire connaître la vérité sur ce qui s’est réellement passé et pour que cette tragédie intègre la mémoire collective de l’humanité.
Quant à l’esclavage sous sceau musulman, nous MIR, nous l’avons toujours dénoncé, d’une part parce que les deux trafics sont intimement liés, d’autre part parce que l’esclavage sous sceau musulman perdure aujourd’hui dans certains pays tels que la Mauritanie. Et s’il perdure, c’est parce que les puissances militaires occidentales, si promptes à s’ingérer partout, restent muettes sur cette question. Là encore, et comme toujours, leur amour de l’argent est plus fort que les grands principes dont elles aiment se parer.

 4- L’écrivain français d’origine camerounaise Gaston Kelman semble cette année avoir été recruté pour étouffer l’information sur la traite arabo-berbère en Mauritanie, allant très loin avec des affirmations du type : « J’affirme que les scandales sur l’esclavage qui émaillent les rubriques françaises ne sont point mauritaniens. » Que pensez-vous de ces affirmations ?

M. Gaston Kelman a demandé à être reçu par plusieurs gouvernements africains et aucun n’a accepté à l’exception de la Mauritanie qui l’a reçu à bras ouverts et en grandes pompes. Comme l’ont dit les autorités mauritaniennes elles-mêmes, un Noir qui de son vivant « a rencontré un tel succès chez les Blancs » ne peut qu’être intéressant pour eux et donne automatiquement au Président mauritanien  « bien envie de le rencontrer ».
Il ne faut pas oublier que les Maures blancs furent les premiers partenaires des Européens dans l’esclavage transatlantique, depuis le milieu du XVè siècle, avant même que Cristobal Colon ne découvre l’Amérique. A cette époque les Africains capturés étaient déportés vers le Portugal, l’Espagne et les îles de la méditerranée pour servir dans les plantations de canne et de coton, les moulins et les mines.
Et il ne faut pas non plus oublier qu’en 1848, ces mêmes Maures blancs ont été indemnisés par la République française comme l’ont été les colons des Antilles-Guyane pour le rachat de leurs captifs. Et il faut souligner que malgré cette indemnisation, ces Maures ont comme par le passé continué à pratiquer l’esclavage des autochtones au vu et au su de tout le monde, sans être inquiétés par les autorités coloniales. D’ailleurs, dés le début de la colonisation, les autorités coloniales encourageaient les colons européens à se mettre en ménage avec des mauresques blanches en leur disant qu’ « elles sont notre race ». Il y a donc derrière tout cela une histoire de plusieurs siècles de partenariat privilégié avec l’État français, en particulier en matière d’esclavage.
Pour en revenir à M. Kelman et à cette année 2013, ce qu’on apprend c’est qu’après une semaine parmi les officiels de la Mauritanie, pays où il débarque pour la première fois et dont il ne parle aucune langue, M. Kelman est devenu expert. Et l’expert Kelman nous informe qu’il n’y a pas d’esclavage en Mauritanie. Que voulez-vous que je vous dise de plus ? …Mais après tout, c’est le même Gaston Kelman qui nous dit qu’aux USA, après l’élection d’un président noir, « même les Black panthers ont compris que leur combat serait désormais d’arrière-garde ». Je vous laisse juge : « d’arrière garde » alors qu’à l’heure où nous sommes, et cela depuis près d’un demi siècle, des milliers de prisonniers politiques issus en particulier des Black Panthers croupissent dans les geôles américaines (ce n’est pas moi qui le dit c’est Andrew Young, premier Africain-américain nommé ambassadeur des USA à l’ONU dans un interview à Paris de 1978), alors que l’écrasante  majorité  d’entre eux n’a jamais tué personne en ce temps de ségrégation institutionnelle aux USA. Mais là encore M. KELMAN s’érige en expert…

5- En France et dans certains  pays du monde, ceux qui font l’apologie d’un crime contre l’humanité ou pratiquent le négationnisme peuvent se retrouver devant les juges, poursuivis par des ONG et Associations des droits humains. L’esclavage est un crime contre l’humanité. Quand les ONG en France et ailleurs dans le monde se réveilleront-elles pour traquer ceux qui banalisent l’esclavage qui est un crime contre l’humanité comme l’a fait récemment Gaston Kelman par exemple ?

Qui mieux que vous peut les faire se réveiller ? Et pourquoi attendre des organisations qui vous montrent qu’elles n’en ont que faire ? Si l’AHME, l’IRA, Sos Esclaves, les FLAM et d’autres décident de poursuivre M. Kelman, qu’elles élaborent un solide dossier sur le fond, et le MIR sera à leurs côtés avec ses avocats. Et nous ne doutons pas que de nombreuses autres associations et personnalités nous rejoindront.

6- L’esclavage a été criminalisé seulement en 2007 en Mauritanie par une loi. Désormais le phénomène est transcrit dans la constitution mais l’état Mauritanien persiste à nier l’existence même du crime qu’il a criminalisé. à quoi sert de faire des lois en refusant de reconnaitre le crime  en tant que tel ?

On l’a vu dans les combats pour l’indépendance, dans la lutte contre la ségrégation et dans la lutte contre l’apartheid.
Produire le juste droit c’est l’étape 1.  
Produire le rapport de force pour faire appliquer ce droit c’est l’étape 2.
Concrètement depuis 50 ans, tous vos dirigeants sont issus de grandes familles esclavagistes de temps immémoriaux. Si en 2007 le pouvoir aux commandes en Mauritanie finit par criminaliser l’institution sur laquelle ce pouvoir est lui-même fondé, c’est que vous êtes parvenus à franchir l’étape 1 et êtes en cour de lutte pour atteindre la 2.
La question est comment intensifier la mobilisation interne et externe pour accélérer la marche vers cette seconde victoire.

Vous êtes confrontés à l’esclavage. Nous Guadeloupéens en sommes à quelque chose de moins dramatique mais d’également archaïque : la colonisation. Et cela malgré le droit international. Nous sommes les dernières colonies. Mais comme on le dit, les desseins de Dieu sont impénétrables… La preuve en est que c’est par des ressortissants de ces dernières colonies, qu’un État européen, la France, a pour la première fois été traîné devant les tribunaux pour réparer le crime contre l’humanité de l’esclavage. Cela devant le TGI (Tribunal de Grande Instance, 2005) de Fort-de-France où 7 ans d’une bataille judiciaire engagée en 2005 par le MIR-Martinique a permis d’enregistrer d’importantes avancées pour le mouvement pour les réparations. Je ne m’écarte pas de votre question. Je le répète, les desseins de Dieu sont impénétrables, et l’avenir seul nous dira qui est insignifiant et qui ne l’est pas. Dans ce monde où il est dit que « l’argent est le nerf de la guerre », y a t-il plus insignifiant  qu’un esclave ? plus insignifiant qu’un colonisé ?





-7 Un livre code noir  abrégé du Khlil qu’enseigne les religieux en Mauritanie a été brulé par Birame Dah Ould Abeid, président de IRA-Mauritanie (L'Initiative pour la Résurgence de l’Abolitionnisme) et ces camarades abolitionnistes sur place à Nouakchott, ils ont été  arrêtés, puis libérés provisoirement. Ils sont accusés d’apostasie, donc passible de la peine mort en droit musulman, dans une république « Islamique ». Dans ce livre qui a été brûlé, le statut de l’esclave est défini comme ainsi:
- La femme esclave doit entretenir son maître par sa chair.
- Elle ne doit pas couvrir son corps du regard de son maître.
- l'esclave qui n'obéit pas à son maître est promis à l'enfer
- Un maître peut vendre ou marier son esclave à qui il veut et à tout moment.
- Le maître peut mettre fin au mariage de son esclave lorsqu'il le souhaite.
- Interdiction pour un esclave ou descendant d'esclaves de diriger la prière
- Un maître peut à tout moment entretenir des rapports sexuels avec son esclave. 
Qu’en pensez-vous ?  Donnez nous vos sentiments les plus profonds en tant que femme libre  d’abord, ensuite pourquoi le silence des mouvements féministes sur ces faits graves qui touchent les femmes esclaves Mauritaniennes?


Dans la « République Islamique » de Mauritanie, Birame a mis publiquement au feu des ouvrages auto-proclamés religieux, qui sont les références actuelles des esclavagistes pour réglementer l’asservissement des esclaves sous sceau musulman en Mauritanie et ailleurs.

Mais tout d’abord, à l’attention de lecteurs de cet interview qui ne connaissent pas forcément ce qu’est la Mauritanie, je vais rapporter une information qui les éclairera sur le contexte général dans lequel s’inscrit l’acte posé le vendredi 27 avril 2012 par Birame Dah o/ Abeid, fondateur de l’IRA.
En avril 2012, il y a une polémique en Mauritanie, certains Maures blancs critiquant les autorités mauritaniennes pour ce qu’ils considèrent comme une faute politique et même un manque d’intelligence.
De quoi s’agit-il ? Les autorités ont autorisé la diffusion par une radio religieuse d’une injonction (fatwa) d’un Imam d’Arabie Saoudite, recommandant aux croyants des États du Golf d’acheter des esclaves en Mauritanie pour les libérer et ainsi expier leurs péchés.
Pourquoi la Mauritanie ? Parce que le pays est réputé dans le monde musulman pour tenir en esclavage le tiers de ses habitants et donc disposer en abondance d’esclaves à acheter.
L’affaire proposée est d’ailleurs assez intéressante tant pour les ressortissants des émirats, auxquels on propose ainsi d'acheter leur place au paradis à bon compte, que pour les esclavagistes mauritaniens qui disposent de centaines de milliers de captifs : l’annonceur indique à la radio le cours du jour, soit pour un adulte, 10.000 riyals saoudiens équivalent à 800.000 ouguiyas mauritaniens ou à plus de 2000 euros.
Nous sommes là au cœur de la réalité mauritanienne.
En toute impunité on capture, on vend, on achète, on viole, on surexploite, on torture, on mutile et on tue, et de la même manière qu’on déporte aujourd’hui davantage en camions et en avions qu’à dos de chameau, certains n’ont pas compris où était le problème à vouloir utiliser la radio pour commercer.

Voilà donc le contexte dans lequel, en avril 2012, Birame Dah o/Abeid a engagé avec ses camarades, au péril de leur vie et de la vie de leurs proches,
w  le combat pour la désacralisation des codes esclavagistes sous sceau musulman,
w  la lutte pour la dés-institutionnalisation du racisme et la mise à bas de la suprématie blanche incarnée en Mauritanie par la minorité arabo-berbère.

Pour ce qui est de la teneur des livres de jurisprudence malikite brulés par l’IRA, loin d’être une provocation, c’est un enseignement et une thérapie.
Dans un pays où on instille la terreur en menaçant de l’enfer aussi bien celui qui ne suit pas la religion musulmane que l’esclave qui n’obéit pas à son maître, non seulement il fallait le faire, mais il faut espérer que le mouvement va gagner en ampleur et se répandre à travers non seulement l’Afrique, mais l’Asie et le monde. 
En parallèle, ces ouvrages sectaires de propagande mensongère qui nous plongent au temps de l’inquisition européenne, devraient être étudiés dans les départements de psychologie et de science politique des universités du monde, car ils font partie des armes de destruction massive les plus insidieuses jamais élaborées. On sait où mènent ces théorisations des sous-hommes versus sur-hommes, a fortiori quand ces élucubrations sont attribuées à Dieu.

Ce qui se passe en Mauritanie, c’est le génocide de l’Africain.
Cet holocauste, nous le connaissons bien dans la diaspora des Amériques.
L’Africain doit disparaître. Seul doit subsister un individu décervelé, sous contrôle mental du maître, adhérant à la culture raciste du maître. L’Africain doit être transformé en un appendice de la communauté du maître, dont le destin est de travailler au bien-être de la communauté du maître.
Le système esclavagiste repose aujourd’hui en Mauritanie, comme hier dans l’esclavage européen transatlantique, sur le racisme et la violence institutionnels matérialisés par la dévalorisation des vies noires, le harcèlement policier et l’impunité judiciaire.
On retrouve dans le brigandage négrier et l'esclavage de la colonisation transatlantique et de la colonisation arabo-berbère, la même organisation, la même logique, la même culture sous-jacente.
Ce que l’on retrouve en Mauritanie, c’est un schéma colonial. Avec des colonisés de l’intérieur vivant sous régime d’exception.

Les Haratine ne sont pas plus des Arabes que les Guadeloupéens ne sont des Français. 

Et compte tenu de l’histoire de la France je ne m’étonne pas que l’appui à Birame ne soit pas venu de l’ancien colonisateur, la France, mais plutôt d’Irlande, un pays qui a lui-même connu la colonisation et le racisme qui va avec. Pour ceux de vos lecteurs qui ne seraient pas informés, rappelons que le 3 mai 2013, le Président d’Irlande Michael D. Higgins a décerné à Birame Dah o/Abeid fondateur de l’IRA, le Prix Front Line Defenders pour celles et ceux qui défendent des droits humains en danger.

Vous me demandez ce que je ressens en tant que femme et pourquoi le silence des mouvements féministes européens ? Je vous dirai qu’hier comme aujourd’hui, les femmes détenues en esclavage sont complètement déshumanisées par l'industrie de la reproduction forcée de main-d’œuvre gratuite, et que le viol institutionnalisé et la pédophilie qui y est liée, est un instrument de destruction massive individuelle et collective.  Parce qu’en Occident le Noir continue d’être perçu comme un sous-homme, la situation qui nous est faite en Mauritanie ne peut soulever l’indignation qu’elle susciterait s’il s’agissait de femmes européennes. Seule la poursuite du combat parviendra à faire reculer l'ignorance, le déni, la banalisation, la complicité, l'apologie de crime contre l'humanité, en mettant tous les coupables face à leurs responsabilités.

En Afrique les populations noires autochtones qui peuplaient l’ensemble du continent ont été au fil des millénaires asservies par les envahisseurs, kidnappées et déportées d’une région à l’autre de l’Afrique, ou hors du continent à travers les océans. Et ce qui me semble essentiel c'est de réaffirmer avec force la motivation croissante des descendants de ces populations razziées sommées d’adhérer à l’ordre raciste dominant, de retrouver leur filiation et leur identité.

Cette année, en mai 2013 pour la commémoration des abolitions de l’esclavage, notre mouvement a amplement contribué à l’organisation au Parlement de Bruxelles avec les députés Eva Joly et Jean-Jacob BICEP (de Guadeloupe) du Groupe des Verts, de la première édition de la Semaine européenne pour la reconnaissance de la colonisation, de l'esclavage colonial et pour les réparations.
Un jour viendra où nous en ferons autant auprès de l’Organisation de la Coopération Islamique. Vérité et justice. Il nous reste à nous militants, beaucoup à faire. Mais la feuille de route est là, et nous savons que là encore nous vaincrons.

8- Connaissez vous l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E), que pensez-vous de leurs activités depuis 2001 date de sa création ? A-t-elle jouée son rôle de dénonciation du crime de l’esclavage en Mauritanie sur le plan international ? Êtes-vous en relation avec cette association ?

 


Je connais l'A.H.M.E depuis plusieurs années puisque c'est en France l'organisation qui est à la pointe de la dénonciation et de la lutte contre l'esclavage arabo-berbère sous sceau musulman.
Ce que l’AHME ne cesse de démontrer c’est que les mécanismes sont les mêmes que pour l'esclavage transatlantique. Il s’agit d’un crime d’État. Sans l’acquiescement des autorités politiques il n’y aurait pas d’esclavage en Mauritanie aujourd’hui, comme il n’y aurait pas eu d’esclavage transatlantique hier. Dans ce système, parallèlement à la politique d’asservissement économique, est déployée une politique d’enchaînement mental. Les religions dites révélées [judéo-christianisme et islam] sont instrumentalisées pour jouer exactement le même rôle-clef dans cette manipulation qui consiste à faire croire à une population militairement vaincue,
qu’elle est maudite et intrinsèquement mauvaise,
que ce qui lui arrive émane de la volonté de Dieu, et
qu’en servant la population élue de Dieu, elle pourra éventuellement échapper à l’enfer auquel elle est normalement destinée parce que mauvaise.

J'ai assisté à bon nombre de conférences, colloques, réunions-débats et séminaires où le Président de l'A.H.M.E, le Dr Mohamed Yahya Ould Ciré s'est exprimé pour décrire la situation de détresse dans laquelle se trouvent nos frères et sœurs en Mauritanie et au Soudan.

L’enchaînement mental de la majorité des esclaves et affranchis de la Mauritanie qu’il décrivait, me renvoyait directement à l’enchaînement mental qui perdure jusqu’à aujourd’hui chez la majorité des descendants d’esclaves des Antilles françaises, convaincus de leur infériorité, de leur impossibilité à s’en sortir sans les Blancs. Cela plus d’un siècle et demi après l’affranchissement général de 1848.

Et je me rappelle précisément d'une rencontre organisée par le CM98, où le décryptage a mis en exergue le lien, les articulations et complicités entre l'administration française et le gouvernement mauritanien pour harceler et racketter les Haratine jusqu’en France, y compris sur leur lieu de travail. Il y a une complicité historique, un lien secret entre tenants de ce même système esclavagiste.

Nous sommes dans la même situation, faisons face aux mêmes enjeux et devons impérativement unir nos forces pour vaincre notre ennemi commun le système esclavagiste, le système féodal, le système raciste qui scinde l’humanité entre supérieurs et inférieurs et constitue l’idéologie commune aux sociétés judéo-chrétiennes et musulmanes. Et puisque vous me demandez si nous sommes en relation avec l’A.H.M.E,
demandez donc au doyen o/Ciré de bien vouloir vous communiquer une des
photos faites chez lui en famille en 2011, avec le Président du
MIR-France le Dr Martin OKEKE et Malaak SHABAZZ (fille de Malcolm X)
ainsi qu’avec ME Bankie FORSTER BANKIE, que nous avions invités en
France pour commémorer à l’UNESCO la lutte contre l’esclavage et le
racisme le 10 mai 2011. Bankie Forster Bankie qui est Ghanéo-Gambien et vit en Namibie, est un militant historique bien connu de la lutte contre l’esclavage arabo-berbère, très engagé côté anglophone, au Soudan, et qui, comme le Dr Chinweizu, a toujours dénoncé en parallèle, l’apartheid qui sévissait en Afrique australe et l’apartheid arabo-berbère sous sceau musulman en Afrique et au Moyen-Orient, ainsi que l’aliénation qui y est liée. 
Et pour en revenir à l’enchaînement mental, le MIR avait d’ailleurs échangé avec Malaak Shabazz sur l’impératif de dénoncer l’imposture de la sacralisation d’ouvrages tels que la Risala (Ouvrage donnant notamment des directives aux maîtres quant à la meilleure gestion de leurs esclaves à l’image des « Codes noirs » européens) et nous lui avions d’ailleurs présenté en version bilingue arabe/français cet ouvrage de référence du rite malékite, qu’elle ne connaissait pas.
C’est vous dire que quand nous avons appris que c’est précisément à ce combat essentiel, de désaliénation mentale, que notre frère Birame et ses camarades se sont attelés frontalement, en Mauritanie même, et de la meilleure manière, nous avons eu une nouvelle preuve de la convergence de nos analyses. 



Au secours des haratine : SOS-Abolition remercie infiniment Madame Rosita Destival d’avoir accepté de répondre à nos questions, nous lui souhaitons bon courage dans le noble  combat contre l’esclavage et les inégalités dans le monde.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire