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samedi 1 mars 2014

Comores-2016: un candidat pas comme les autres !



 
Mme Moinaécha Youssouf Djalali, candidate à l’élection de 2016
Matalana: Madame Moinaécha Youssouf Djalali, dans votre pays, les Comores, on vous appelle par un surnom qui est sans doute très significatif au sujet de votre itinéraire. On vous appelle «LA Grande Dame au Grand Cœur». Est-ce que la popularité que traduit ce phénomène est le facteur qui vous a motivé pour prendre la grande décision que vous annoncez maintenant aux Comoriens, en l’occurrence, votre décision d’être candidate à l’élection présidentielle de 2016?
Moinaécha Youssouf Djalali: Je ne me vois pas du tout en star, et je n’ai pas travaillé dans la protection de l’environnement et dans l’action humanitaire, en transformant ma maison personnelle à Mbéni en hôpital dont je participe au financement et à l’équipement, pour en tirer un profit politique. En réalité, ce qui me pousse à déclarer ma candidature, c’est l’état de délabrement dans lequel se trouvent aujourd’hui les Comores. Dans mon pays, tout est à faire et à refaire, et cela n’inquiète outre mesure les autorités actuelles et celles qui les ont précédées au pouvoir. Les 39 ans de notre indépendance sont ceux de deux générations complètement sacrifiées par l’insouciance et la désinvolture des autorités comoriennes. Il faut y remédier.
Matalana: On voit que votre décision est le résultat d’une réflexion profonde. Vous serez la toute première femme candidate à une élection présidentielle dans votre pays. Comment jugez-vous la classe politique de ce pays?
Moinaécha Youssouf Djalali: En 2010, notre sœur Madame Zahariat Saïd Ahmed, elle aussi outrée de voir les Comores par terre, était candidate au scrutin présidentiel, dont l’élection primaire avait eu lieu sur l’île de Mohéli, pour porter au pouvoir un Mohélien. Mais, cette candidature n’a pas été très active et n’avait pas reçu les soutiens dont elle était en droit d’attendre. Aujourd’hui, pour me lancer dans une campagne pour une élection présidentielle en 2016, j’ai dû réfléchir de façon très sérieuse car il s’agit d’une affaire très importante. S’il y a des gens qui prennent cela pour un jeu, ce n’est pas mon cas. Pour ce qui est de la classe politique comorienne, elle est celle de l’échec permanent et de la volonté de se servir des instruments du pouvoir pour des intérêts qui ne sont pas ceux de notre peuple. Il faut que cela change. Cette classe politique qui a totalement échoué doit tirer les leçons de ses échecs et se retirer de la vie publique, par décence et par respect pour les Comoriens et leurs souffrances, souffrances dont elle est entièrement responsable.
Matalana: Votre passé est celui d’une militante de la société civile avant tout, puisque vous avez et vous êtes toujours parmi les personnes qui agissent pour la cause de l’environnement, d’une part, et d’autre part, vous avez été et vous restez très active pour résoudre les problèmes sociaux des plus démunis, à travers l’action humanitaire; ce qui vous vaut, en effet, votre surnom, comme vous nous l’avez expliqué. Par-dessus tout, vous êtes une grande femme d’affaires. À ce titre là aussi, vous êtes un personnage emblématique dans la société civile. Pensez-vous qu’un pays comme le vôtre, est maintenant prêt pour élire une femme et, en plus, une femme qui n’a pas de parti politique mais qui vient de la société civile?
Moinaécha Youssouf Djalali: Pour sortir des ornières du sous-développement économique et social, les Comoriens sont prêts à confier le pouvoir à la personne qui comprend leurs souffrances. Mais, pour cela, il faudra que les élections soient sécurisées et soient immunisées contre la fraude, qui a été massive et malsaine en 2010. Il faut dire qu’Ahmed Sambi, élu en 2006, et le Docteur Ikililou Dhoinine, élu en 2010, ne sont pas des hommes d’organisations partisanes. Ce ne sont pas des hommes d’appareils politiques, des apparatchiks. Les Comoriens, après avoir écouté les champions de la fonction tribunitienne et les vendeurs de places au Paradis, veulent qu’on se soucie d’eux et qu’on les respecte. Les Comoriens n’ont aucune appréciation négative des femmes, bien au contraire. Ce sont bien les femmes qui ont été à la pointe de tous les vrais combats politiques aux Comores, qui se sont toujours mobilisées pour le pays, pour les grandes causes, pendant que Messieurs les Hommes se complaisent dans leur quête effrénée de pouvoir. Tout ça, les Comoriens le savent et sont dans l’attente d’une alternative crédible. Très modestement, je crois pouvoir incarner cette alternative et cette crédibilité.
Matalana:Après tout, quand on voit que Mme Ellen Johnson Serleaf est Présidente du Liberia, un pays qui sortait d’une guerre civile effroyable, quand on constate que Mme Catherine Samba-Pandza est Présidente de la transition en Républicaine Centrafricaine, un pays en pleine guerre civile, est que vous vous dites que les femmes ont des atouts de plus, des qualités meilleures que les hommes, pour assurer une paix durable dans les pays africains?
Moinaécha Youssouf Djalali: Les Comores n’ont pas connu de guerres civiles, mais elles sont économiquement et socialement dans le même état que les pays frères qui ont été ravagés par de vraies guerres civiles. Une seule chose empêche les politiciens comoriens d’envisager le pire: la peur de la mort. Ils ont peur de mourir. Les monstruosités qui n’ont pas provoquées par la guerre civile, ils les provoquent par des procédés beaucoup plus pernicieux, ceux de la politique de la terre brûlée, ceux de«après moi, c’est le Déluge». Le 5 novembre 2013, au cours d’un grand événement littéraire, un grand homme d’État français m’expliquait que les femmes au pouvoir s’intéressent de la construction des routes, écoles, dispensaires et hôpitaux, pendant que Messieurs les Hommes pensent à l’achat d’armes et engins de mort. Aux Comores, la femme a toujours été une source inépuisable de légitime espoir.
Matalana: Quelle est donc votre programme ou projet de société pour les Comores?
Moinaécha Youssouf Djalali: Mon programme est déjà prêt. Il est très tôt pour en parler. Il a été élaboré par des personnes très compétentes, qui connaissent et aiment les Comores, et se résume par la nécessité de faire renaître les Comores, de restaurer l’autorité et la crédibilité de l’État aux Comores.
Matalana: Votre pays compte une importante diaspora, notamment en Europe, par exemple, en France. Quel rôle va-t-elle jouer dans votre campagne électorale, surtout quand on sait que vous même vous avez une entreprise en Allemagne et quelques-unes en France?
Moinaécha Youssouf Djalali: Tout observateur crédible et sérieux vous le dira: les Comoriens votent aux Comores, mais c’est en France que tout se prépare. Les états-majors politiques sont toujours à Paris, Nice, Marseille, Lyon, Dunkerque et Le Havre. Les projets de société et les plans de financement sont conçus en France. Au surplus, les Comoriens investissent beaucoup d’argent dans les élections. Ils font tout, en plus des 95 milliards de francs comoriens qu’ils font rentrer dans leur pays d’origine, soit 3 fois le budget des Comores. Malheureusement, à ce jour, ils ne sont jamais pris en compte par les candidats, qui les instrumentalisent en période électorale et qui les rejettent avec dédain après les élections. Je pourrais résumer la situation en disant qu’un Comorien qui s’expatrie est toujours aux Comores, car, même quand le Comorien vit loin de son pays, il est toujours aux Comores, car on ne quitte jamais les Comores.
Matalana: Le problème de l’appartenance religieuse dans un pays qui compte plus de Musulmans que des Chrétiens, que cela vous inspire-t-il pour l’avenir?
Moinaécha Youssouf Djalali:Les Comoriens sont un peuple très tolérant. Aujourd’hui, le seul problème religieux qui se pose aux Comores est celui de l’entrée du Chiisme, une entrée encouragée par l’ancien chef d’État Ahmed Mohamed Abdallah Sambi, l’homme à tout faire de la République islamique d’Iran aux Comores. Les Comoriens, à 100% Musulmans, de rite sunnite, voient d’un mauvais œil l’arrivée de Chiites, même Comoriens, formés en Iran, Pakistan et Afghanistan. Ce sont ces Chiites qui sont porteurs d’un discours obscurantiste, intolérant et extrémiste aux Comores. Nous ne voulons pas que les Comores deviennent une province iranienne et soient transformées en bastion du fanatisme. Par ailleurs, aux Comores, nous avons des églises dans chaque île, et elles n’ont jamais fait l’objet de profanation. Si les Comores sont épargnées du Chiisme et de l’influence religieuse de la République islamique d’Iran, elles vivront dans la symbiose en matière religieuse.
Propos recueillis par Maxime Moto et Aro Randrianarivo
Portrait de Mme Moinaecha Youssouf Djalali
Une femme de tête, de cœur et de pouvoir
Mme Moinaécha Youssouf Djalali, candidate à l’élection présidentielle de 2016
On le sait, l’Histoire de chacun des 55 États membres de l’Union Africaine est une Histoire singulière. Mais, celle des îles Comores ne l’est-elle pas plus que les autres, si l’on considère le phénomène des coups d’État au XXème siècle et même en ces débuts du XXIème? Avec plus de trente-quatre tentatives de coups d’État dont cinq réussis et avec trois chefs d’État assassinés en trente-neuf ans d’indépendance, le pays qui est devenu l’«Union des Comores» depuis l’entrée en vigueur de la Constitution du 23 décembre 2001 actuellement en vigueur, est plutôt connu pour ses rendez-vous permanents avec la violence politique.
Et pourtant le peuple comorien rêve d’un vrai rendez-vous avec la démocratie, tout au moins à travers les élections. La prochaine élection présidentielle est prévue pour janvier 2016. Une femme s’y prépare. Venue de Salimani, dans la ville de Mbeni, en Grande-Comore, cette dame de la famille Mlouani s’appelle Moinaécha Youssouf Djalali. À cheval entre les Comores, sa patrie, et l’Europe où elle vit depuis trente ans, cette épouse, mère d’une fille, a une trajectoire qui rime avec réussite professionnelle et elle caresse des ambitions pour le bien de son peuple. Des ambitions que résument, trois mots clés: «Développement », «démocratie» et «bien-être».
Un rendez-vous avec l’Histoire se prépare. Rencontre avec une femme, la quarantaine dynamique, qui répète inlassablement: «Ce que j’ai réussi en France et en Allemagne, je peux le réussir aux Comores et ailleurs en Afrique».
Le regard franc, l’allure soignée, la poignée de main ferme et chaleureuse… Moinaecha Youssouf Djalali est une femme de tête et cela se voit.
Après une jeunesse passée aux Comores, plus précisément à Mbéni, Hamahamet, dont elle est originaire, cette autodidacte polyglotte de surcroît (comorien, malgache, allemand, anglais et français), se lance dans les affaires, la vie active demeurant sa meilleure école: son premier commerce, elle l’ouvre dans son pays d’origine. Très rapidement, le succès aidant la menant jusqu’en Allemagne, d’autres entreprises tout aussi fructueuses suivront: «Baby love Djalali GMBH» spécialisée dans la confection et la distribution de couches-culottes de haute qualité, basée en Allemagne, puis viendront «Djalali SARL» et «Djalali cosmetics» en Région parisienne, où elle vit depuis 30 ans. Djalali Cosmetics est une structure qui a été lancée en grande pompe, à Goussainville, en septembre dernier, en présence du Maire de Goussainville et de nombreux invités.
Unanimement appréciée dans son entourage commercial, pour son intégrité et sa simplicité, Madame Moinaecha Youssouf Djalali représente un tout nouveau modèle de femme comorienne qui réussit sans pour autant se compromettre, bien au contraire. Car cette entrepreneuse accomplie n’en oublie pas pour autant d’où elle vient, et contribuer au développement de son pays est un projet qui lui trotte dans la tête depuis quelques années déjà.
Effectuant régulièrement la navette entre la France et l’Allemagne, cette ancienne championne d’athlétisme à l’enthousiasme contagieux n’en néglige pas pour autant son pays, les Comores, où elle se rend le plus souvent possible. Et où elle s’est largement investie dans l’humanitaire, devenant de ce fait une figure de proue de la vie associative des Comores, avec ses deux associations AAIC (Association d’Aide pour l’Afrique et les Iles Comores, créée en 2007) et IDEC (Initiative Développement Environnement Comores, créée en avril 2013).
Persuadée que le développement du système de santé publique reste le fondement d’un bon développement économique et social, «la Grande Dame au grand cœur», comme la surnomment ses compatriotes, s’investit dans ce domaine avec la même détermination que dans les affaires.
Engagée sur le terrain, Mme Moinaecha Youssouf Djalali y met à disposition médicaments et fournitures médicales pour les personnes dans le besoin, au sein d’une de ses villas recyclée en hôpital par Caritas Comores, via AAIC.
La santé pour le développement, mais aussi et surtout la protection de l’environnement, notamment la lutte contre l’insalubrité, le second cheval de bataille de notre dame de cœur, avec son association IDEC.
L’humilité, le pragmatisme et la grande générosité de Madame Youssouf Djalali, inspirent toute une génération de Comoriens, pour qui elle est une fierté nationale, et son récent engagement en politique n’est que la suite logique d’un parcours exemplaire.
Une femme de tête, certes, mais une grande dame de cœur, certainement, vous assureront tous ceux qui l’ont côtoyée de près ou de loin. Et sans conteste une femme de pouvoir.
Sa popularité, Madame Moinaecha Youssouf Djalali compte bien la mettre à profit lors des prochaines présidentielles de 2016 aux Comores, pour lesquelles elle dévoilera d’ici peu son programme. Affaire à suivre.


Par Aro Randrianari

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