Translate

jeudi 19 mai 2011

Compte-rendu de la conférence de presse de l'IRA par le journal Authentique

IRA- Mauritanie

"La question de l'unité nationale continuera à se poser tant que sur 300 affaires foncières opposant maîtres et esclaves, les magistrats s'entêteront à donner raison à 100%  aux maîtres "
L'organisation antiesclavagiste IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste) que dirige Birame Ould Dah Ould Abeid a animé hier, lundi 16 mai 2011 à l'hôtel Mercure de Nouakchott, une conférence intitulée "Oui à l'application de la loi contre l'esclavage". Devant un parterre d'activistes des droits de l'homme, d'hommes politiques et de journalistes, mais aussi d'un pléthore de militants dont un bon contingent de dockers et de victimes d'expropriation foncière, le fer de lance de la lutte antiesclavagiste en Mauritanie a fustigé le système d'exclusion qui laisse en rade des milliers de noirs opprimés, non sans revenir sur le combat d'IRA, ses succès et ses déceptions, la propagande et les contre vérités du pouvoir, tout en levant l'équivoque sur certaines rumeurs tendant à contenir le combat des antiesclavagistes.
Dans une salle de conférence de l'hôtel Mercure de Nouakchott pleine à craquer d'une bonne dose de jeunes, dont une forte présence féminine, le président de l'Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Birame Ould Dah Ould Abeid a égayé l'assistance. Le langage particulièrement virulent de l'orateur, son parler osé au-delà de tous les tabous, sa hargne pour un combat auquel il s'identifie, tout cela a créé une ambiance éclectique, à la limite de la psychose des foules. En fait le discours de Birame Ould Dah n'est que la énième reprise d'un bréviaire que tous ceux qui suivent l'évolution de ce jeune haratine décomplexé et qui compte refaire le monde savent déjà. Birame est surtout l'icône de cette jeunesse haratine qui perçoit en lui l'espoir d'une génération qui aspire à concrétiser ce que les aînés, comme Messaoud Ould Boulkheïr ou Boubacar Ould Messaoud, ont entamé. C'est le rêve d'une terre promise où le Mauritanien ne sera plus jugé à l'aune d'un legs ancestral ou d'une lignée que Birame considère de préfabriquée. Mais celle d'une Mauritanie égalitaire où tous les citoyens seront réellement égaux, non plus de cette égalité formelle inscrite en décor dans la Constitution de ce pays ou ânonné par les tribuns de la République, mais de cette égalité scientifique et philosophique, cette égalité que l'on osera enfin transposer du champ de l'irréel sur le terrain du vécu.

IRA engrange des points
Les cas de Mint MBareck Vall, celle des trois filles d'Arafat et celui du jeune Saïd constituent de ce fait une suite d'affaires qui selon Birame ont permis à son organisation de gagner des points à chaque étape. La première manifestation organisée par IRA et qui s'était soldée par l'emprisonnement de Birame et trois de ses compagnons a été celle d'une première victoire, l'incarcération d'une esclavagiste même si le parquet n'avait retenu que l'exploitation des mineurs. L'affaire des trois fillettes d'Arafat a permis cette fois l'emprisonnement des maîtres esclavagistes sous l'inculpation de pratiques esclavagistes, même si au procès tous les prévenus ont été acquittés. Un progrès inédit a été engrangé par IRA dans la mesure où pour la première fois de l'histoire judiciaire du pays, des magistrats ont retenu l'inculpation pour pratiques esclavagistes. Aujourd'hui, avec le cas du jeune Saïd dont le procès se prépare, Birame et ses compagnons disent qu'ils ne se contenteront pas d'un procès qui s'achèvera par un non lieu. Cette fois, ils promettent de déclencher une forme inédite de combat dont le secret a été tu. Ils s'attendent à un jugement pour l'exemple. Dans la foulée, Birame annonçait pour les 27 et 28 novembre 2011 une action inédite, car il s'agira pour cette fois de commémorer à Inal le souvenir des 28 soldats Halpulaars exécutés en 1991 sur l'autel du Racisme d'Etat. A ce titre, il dira que la prière des morts qui a eu lieu à Kaédi en présence du président Mohamed Ould Abdel Aziz, qualifiée pompeusement par les thuriféraires du pouvoir de "la prière de la réconciliation", ne scelle nullement la paix des cœurs et n'efface nullement les souffrances nées des exactions des années de braise.

Le combat d'IRA
Birame est revenu sur le recensement à vocation d'état-civil en cours, et le qualifie de dangereux dans la mesure où il est battu sur l'injustice et l'inégalité, 99% des membres de la Commission chargée de la tâche étant composée d'une seule communauté, les Maures, avec la présence d'un seul négro africain et zéro haratine. A ce titre, Birame dira que les Harratine constituent une forte composante de ce pays et qu'ils n'accepteront plus d'être marginalisés ou oblitérés. De là toute la difficulté de la mission qu'IRA s'est imposée, soulignera-t-il en substance, "car cette mission vise le changement total de la société mauritanienne et l'égalisation des rapports de force". Pour cela, IRA se définit comme une opposition idéologique à un système esclavagiste foncièrement inégalitaire et injuste. Il dira dans ce cadre que le régime militaire qui s'est installé à la tête du pays depuis plus de trente ans a consolidé ce système et le protège. Face à ce socle implanté dans le corps social, IRA a développé, selon Birame Ould Dah, des formes de résistance comme la manifestation pacifique, la grève de la faim, la contestation politique et l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication, entre autres. Ces formes de dénonciation ont permis selon lui de secouer le cocotier et pousser le système à des concessions et à des reculs considérables. L'occasion a été saisie par Birame pour lancer un appel à toutes les bonnes volontés mais surtout à la diaspora pour que le 27 et le 28 novembre 2011 soient deux journées de recueillement et de souvenirs, mais aussi deux journées de refus contre l'injustice et le racisme érigés en système de gouvernance et de redistribution des richesses.

Témoignage
Dr.Attoumane Soumaré, nouveau adhérent d'IRA dira que son statut d'observateur de la scène sociale et politique du pays lui a permis de tirer un constat : IRA dans son combat a permis le renouvellement et la mise en commun de nouvelles énergies, jeunes et diverses, en s'attaquant à l'ignominie des pratiques esclavagistes et raciales en Mauritanie. Soucieux du développement démocratique du pays, Dr.Attoumane considère que les champs d'action attaqués par IRA sans hypocrisie, sans agressivité et sans concession, mais aussi d'une manière trans-sociale, trans-ethnique et trans-politique, constituent les principales raisons qui l'ont poussé à s'engager sans réserve  dans le combat que mène IRA.

Questions-réponses
Répondant aux questions des journalistes, Birame dira que son organisation tire sa force de plusieurs facteurs, notamment la crédibilité dont elle jouit auprès des organisations internationales des droits de l'Homme qui lui permet aujourd'hui de se poser en véritable contre-pouvoir d'un régime qui rechigne à appliquer les conventions internationales qu'il a ratifiées, comme celles condamnant les tortures et les pratiques inhumaines dégradantes, la traite des personnes, l'exploitation des mineurs, l'esclavage, entre autres. Ensuite les formes diverses de mobilisation de ces militants, jugés d'incorruptibles, de courageux et d'engagés. "Quant les militants d'IRA sortent, c'est soit pour obtenir gain de cause ou périr ; on ne fuit pas devant les charges policières, et on ne répond pas à leur violence " devait déclarer Birame sous un tonnerre d'applaudissements. Sur des questions portant sur l'unité nationale, les risques de guerre civile que son discours pourrait alimenter, sur l'arabité des Harratines, Birame dira que "La question de l'unité nationale continuera à se poser tant que sur 300 affaires foncières opposant maîtres et esclaves, les magistrats s'entêteront à donner raison à cent pour cent aux premiers et tant que les officiers supérieurs, les gros hommes d'affaires, les tenants des hauts postes de responsabilité se recruteront au sein d'une seule communauté au détriment de toutes les autres… ". Quant à l'arabité des Harratines, Birame dira que cette question est le cadet du souci des Harratines qui luttent pour le moment pour leur liberté…Birame dira en filigrane de son discours que son organisation ne s'intéresse pas aux boys ou aux bonnes, ni encore aux mineurs en général, mais que son combat porte essentiellement sur les mineurs Harratines esclaves par ascendance.
Cheikh Aïdara

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire