Les Bourreaux des événements
1986-1987, 1989 Jusqu’en 1992 sortent du bois. Il décrit les choses banalement
d’anodines. Il ne se rend même pas compte l’enquête bidon partiale qu’ils ont mené,
Ndiaga Dieng et lui a provoqué, conduit la mort des milliers de personnes
innocentes, déportés plus de Cinq cent milles noirs. L’homme décrit « l’enquête »
macabre qui a conduit la Mauritanie vers le droit chemin d’un génocide et la denégrification sans remord, quelle horreur.
En fait c’est cette commission qui est responsable de tous les malheurs qu’ont vécus les noirs depuis en 1989. Nous avons désormais des noms et des visages, il
faut agir…………..
Bonne lecture
L’ex-commandant Sidi Ould
Lekhdeyim, membre de la commission d’enquête sur le coup d’Etat avorté
des officiers négro-mauritaniens de 1987 :
Le Calame : La tentative de putsch dit «
des officiers négro-mauritaniens » de 1987 continue à alimenter la polémique.
Un voile opaque l’entoure encore. Pour tirer les choses « au clair », le
pouvoir de l’époque avait mis en place une commission d’enquête. Qui composait
cette commission d’enquête ? Comment menait-elle ses investigations ?
Sidi Ould Lekhdeyim : Cette commission d’enquête était composée
essentiellement de l’actuel général N’Diaga Dieng, entouré d’un certain nombre
d’officiers, notamment le lieutenant-colonel Mohamed M’Bareck qui assurait, sur
le terrain, le contact avec la commission de renfort de l’armée, dirigée par le
colonel Lekhal.
Du fait que les éléments venaient de tous les corps et de toutes les régions,
il y avait comme deux commissions ; celle dirigée par le commandant N’Diaga
s’occupait, essentiellement, des aspects techniques et professionnels.
Il m’a pris comme adjoint et j’ai donc eu le privilège de travailler avec lui.
J’assistais à certaines auditions et menais des enquêtes à ses côtés. Les
enquêtes que nous menions à l’état-major de la gendarmerie se déroulaient selon
les règles de l’art et respectaient toutes les règles édictées par les lois et
règlements en la matière.
L’officier qui la dirigeait était, au plan professionnel, très apte. Il
maîtrisait son sujet, connaissait la psychologie des officiers. Pour lui,
l’enquête était un travail intellectuel qu’il fallait mener avec tact et
à-propos. Il procédait à des vérifications et des recoupements, conformément à
la méthodologie enseignée dans les écoles de la gendarmerie.
- Vous commandiez, comme le lieutenant
N’Gaïdé, l’un des instigateurs de ce putsch avorté, un des deux bataillons de
sécurité présidentielle. Aviez- vous senti « quelque chose », chez cet officier
que vous côtoyiez ?
- Effectivement, N’Gaïdé et moi commandions les deux escadrons de sécurité
présidentielle. Il avait été choisi par le président Ould Taya qui l’avait
promu directement capitaine, moi, par l’état-major de la gendarmerie, alors que
je revenais d’une formation en France.
Je n’ai jamais rien décelé chez lui, quant à la tentative avortée de coup
d’Etat de 1987. Les seuls faits marquants que j’ai gardés de lui, c’est son
zèle excessif et une trop grande autorité, que je m’expliquais par sa proximité
et la confiance qu’il avait du président Taya. Il est toujours vivant, il peut
vous le confirmer.
- On a accusé la commission d’avoir eu
recours à la torture pour extorquer des aveux ?
- Il n’y a jamais eu de torture. Sur ce point, je suis formel, il n’y en a
jamais eu et je puis vous affirmer que le général N’Diaga n’a jamais porté la
main sur qui que ce soit, n’a jamais autorisé quelqu’un à torturer les hommes
arrêtés.
Je mets au défi les officiers impliqués dans le coup, qui sont encore là et que
je rencontre tous les jours, de me donner le nom d’une seule personne qui
aurait été torturé par ou sur ordre de N’Diaga. La torture, ce n’était pas son
genre, il la haïssait. En tout cas et comme je l’ai dit, je suis catégorique :
il n’y a jamais eu de torture à l’état-major de la gendarmerie.
- Pouvez-vous nous dire le nombre d’officiers,
de sous-officiers et d’hommes de troupe qui furent arrêtés, auditionnés et
traduits à la justice, à l’époque ?
- Non, je n’ai pas les chiffres en tête.
- Que pouvez-vous dire, vous qui avez
travaillé comme adjoint du commandant N’Diaga, à ceux qui continuent à penser,
dans le milieu négro-mauritanien, que N’Diaga fut promu directeur général des
douanes, à cause des « services » qu’il aurait rendus au pouvoir d’Ould Taya,
en produisant un « rapport accablant » sur les présumés conspirateurs ?
- Dans sa démarche, je peux vous l’affirmer, le commandant N’Diaga procédait à
un tri, systématique, entre les gens sur lesquels pesaient de réels soupçons,
étayés, par exemple, par des correspondances où figuraient des noms, des gens
dénoncés par d’autres, etc. Il ne gérait directement que l’affaire des
officiers. J’ai eu à remarquer qu’il ne s’intéressait pas aux gens de la
périphérie.
Il ne ciblait que les instigateurs et auteurs réels de la tentative de putsch.
Il n’a jamais arrêté un garde, un militaire ou un soldat lambda. Tous ceux sur
lesquels il n’avait pas suffisamment de preuves ont été élargis. Je vais vous
raconter une anecdote.
Je me suis permis, une fois au cours de notre enquête, de lui faire remarquer
qu’il relaxait beaucoup de personnes, sans procéder à des perquisitions chez
eux. Il me répondit, sèchement : « occupe-toi de ce qui te concerne ». J’ai
obtempéré, comprenant qu’il ne s’intéressait qu’aux principaux instigateurs.
Pour en revenir à votre question proprement dite, je peux vous confirmer qu’il
a été promu directeur des douanes en 1991. De 90 à cette date, il est venu me
voir, à Kiffa où j’étais commandant de compagnie, avec la commission d’enquête
sur les évènements dans l’armée. Cette commission était dirigée par le colonel
Sidiya Ould Yahya, secondé par le colonel Baby, et comprenait également le
colonel Hafedh Ould Mamy.
J’attire votre attention sur le fait que le commandant N’Diaga était le moins
gradé de la commission et que sa présence, en son sein, se justifiait par le
fait qu’il était à même de s’occuper, en tant que gendarme et, donc, officier
de police judiciaire, des aspects techniques de l’enquête.
J’ajoute qu’il y menait son travail, tandis que ses trois autres collègues
disposaient de plus de responsabilités que lui. A mon sens, si cette enquête
avait été complaisante, comme le pensent certains, l’Etat n’aurait pas recouru
à la loi d’amnistie de 1993.
- Vous êtes donc catégorique : le général
N’Diaga n’a pas produit de rapport « complaisant », comme le suspectent nombre
de Mauritaniens, en particulier dans le milieu négro-mauritanien, et sa
promotion ultérieure n’a rien avoir avec ce rapport ?
- Oui,je suis formel et catégorique en ces points, parce que je connais
l’homme, pour avoir servi treize ans sous ses ordres directs. N’Diaga n’a
jamais maquillé une enquête, il a toujours fait preuve de professionnalisme,
d’indépendance d’esprit et, donc, d’impartialité. Je l’affirme sans détour :
N’Diaga est un professionnel consciencieux, un homme honnête et généreux…
C’est ce qui lui a valu le mérite de commander, en tant qu’adjoint du chef
d’état-major, toutes les unités opérationnelles sur le terrain. Tous les chefs
d’état-major qui ont eu cet officier comme adjoint n’ont jamais commandé
l’aspect professionnel et opérationnel de ce corps. Leur gestion se limitait
tout juste à l’aspect administratif.
A propos de sa promotion à la tête des douanes, je signale qu’il fut le 4ème
officier de la gendarmerie à être nommé à ce poste. D’aucuns ont même cru que
la direction des Douanes était réservée, depuis les années 80, à la
gendarmerie. On ne peut pas empêcher les gens de spéculer, au lieu de se poser
de bonnes questions. Pourquoi les trois autres officiers ont-ils été promus à
cette direction ? Qu’ont-ils fait pour y atterrir ?
- Ne craignez-vous pas qu’on vous accuse de
vouloir prendre la défense de votre ancien patron ?
- Loin de là ! Il est suffisamment outillé pour se défendre lui-même, si tant
est qu’il eût quelque chose à se reprocher dans cette enquête. La plupart des
acteurs du putsch sont encore vivants, ils peuvent confirmer qu’il n’en est
rien. Mais, en ce qui me concerne, si des gens voyaient les choses sous cet
angle, je leur répondrais en disant qu’il s’agit là d’une accusation gratuite,
comme celle, du reste, qu’on a portée contre N’Diaga.
- Vous avez côtoyé l’homme pendant longtemps.
Quelles qualités lui reconnaissez-vous ?
- Par pudeur et respect à moi-même, je préfère ne pas répondre à cette
question. Par contre, je lui reconnais un défaut majeur.
- Lequel ?
- (Rires) Il est trop bon.
- Quelles preuves avez-vous pu réunir, pour
la Cour spéciale de justice qui condamna à mort les trois « principaux auteurs
» de la tentative avortée de putsch ?
- Nous avons pu mettre la main sur le projet écrit de putsch où figurait le
changement du drapeau national et de la monnaie actuelle. Je précise, ici, que
durant tout le procès, aucun des principaux accusés n’a dit avoir fait l’objet
de torture de la part des enquêteurs.
- A votre avis et avec le recul, qu’est-ce
qui peut justifier les exactions commises contre les militaires négro
mauritaniens, en 1990, dans les casernes ?
- Je n’ai pas d’explications et je ne ferais que spéculer. Ce que je sais, par
contre, c’est qu’à un certain moment, l’armée comptait beaucoup d’officiers
très politisés, recrutés qu’ils étaient, sans respect de certaines normes. Au
sein de ce corps, cohabitaient des Nasséristes, des Baathistes et des
Flamistes.
Ce sont ces trois courants idéologiques qui ont conduit, par à-coups et
vengeances, à ce qui s’est produit dans l’armée. Je tiens à préciser, en outre,
qu’aucun militaire, aucun garde, aucun policier n’est mort, je suis catégorique
là-dessus, dans un camp ou une brigade de gendarmerie. Le corps de la
gendarmerie n’a pas été touché par les événements de 1990.
Aucun gendarme n’a été muté d’une brigade à une autre. On aurait dit que ce
corps vivait sur une autre planète. La seule fois où nous avons été concernés,
c’est par la présence du colonel N’Diaga dans la commission d’enquête de 1990
et je vous ai déjà dit le rôle qu’il y a joué.
Pour ma part, étant commandant de compagnie à Kaédi, au moment où les
arrestations ont commencé, on m’a demandé de détenir les militaires arrêtés. Je
me suis aussitôt référé à ma hiérarchie. Or, c’était, justement, le colonel
N’Diaga qui commandait, comme je l’ai dit tantôt, les unités opérationnelles.
Il m’a dit de ne pas me mêler de ces affaires sans saisine officielle.
C’est ce que j’ai fait. Il y a trois formes de saisines : une réquisition du
parquet de la Cour spéciale de justice ; une dénonciation ou une plainte devant
moi-même ; enfin, une plainte transmise par un juge d’instruction, sur
commission rogatoire pour opérer à sa place. Comme vous le remarquez, le cas de
ces militaires ne relevait d’aucune de ces trois.
Ben abdalla