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samedi 9 novembre 2019

« La question des Haratines est la plus brûlante en Mauritanie »

ENTRETIEN. Au-delà des oppositions ethniques, la question de l’esclavage empoisonne la société mauritanienne. L’éclairage de Mohamed Yahya Ould Ciré, auteur de plusieurs ouvrages sur la question.

Propos recueillis par Viviane Forson
C’est un regard sans complaisance que pose Mohamed Yahya Ould Ciré sur son pays, la Mauritanie. Cet ancien diplomate, exilé en France depuis la fin des années 1990 après avoir pris fait et cause pour des victimes d’esclavage, met à nu une question qui reste taboue : la place du groupe social qu’on appelle communément les Haratines. Si on en parle aujourd’hui, c’est que plus que jamais alors que la Mauritanie vient de connaître la première transition pacifique de son histoire politique, la société reste hiérarchisée, en clans, castes et tribus. Depuis plusieurs siècles, le fossé s’est creusé entre les principales composantes de sa population. Il y a d’abord les Beydanes, Arabo-Berbères au teint blanc, qui détiennent tous les pouvoirs. Il y a ensuite leurs anciens esclaves, les Haratines, noirs de peau, avec lesquels ils partagent la même culture et la même langue, le hassania, l’arabe mauritanien. Et, enfin, les Négro-Mauritaniens. Ils sont Soninké, Wolof ou Hal Pular (de la famille des Peuls). Au-delà de leurs différences culturelles, ces trois groupes n’ont pas du tout la même vision sur les questions de l’esclavage et du racisme. Pour beaucoup d’Arabo-Berbères, l’esclavage n’existe plus. Ce qui y fait penser ne serait que les résurgences économiques et sociales d’un fléau disparu. Au contraire, les abolitionnistes veulent poursuivre le combat en affirmant que la servitude est encore trop largement répandue. La question est de plus en plus instrumentalisée sur le plan interne, mais aussi sur le plan international. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’esclavage touche encore au minimum entre 1 et 2 % de la population, soit environ 90 000 personnes, d’après le Global Slavery Index, qui classe ce pays au sixième rang mondial en termes de prévalence de la traite humaine. Aboli en 1980, devenu une infraction depuis le vote du Parlement en 2007, reconnu dans la Constitution comme un crime contre l’humanité en 2012, l’esclavage n’existe plus officiellement dans le pays.
Pour y voir clair, l’apport des associations de défense des droits de l’homme est essentiel. L’une d’elles, basée en France, de retour du terrain, nous a récemment fait part de sa préoccupation quant au sort réservé à ces populations laissées pour compte, esclavagisées et surtout non éduquées. Une véritable bombe à retardement, avertit l’affable ex-consul Mohamed Yahya Ciré, que nous retrouvons, chez lui, en Île-de-France, entouré par une famille soudée qui l’a toujours suivi dans son combat pour l’abolition de l’esclavage et la lutte contre le racisme. C’est que Mohamed Yahya Ould Ciré est lui-même un métis de mère hartanie et de père arabe. Au-delà de son engagement à travers l’Association des Haratines de Mauritanie en Europe (AHME) et son corollaire éditorial « Le cri du Hartani », il s’est lancé dans un long parcours de recherche entre histoire et sociologie qui a abouti à une thèse et à la parution de deux ouvrages-clés sur la question de l’esclavage. Il s’est longuement confié au Point Afrique.
1° Le Point Afrique : La Mauritanie est apparue fortement divisée pendant et après la présidentielle du 22 juin. Que diriez-vous  ?
Mohamed Yahya Ould Ciré : Ce qui m’a interpellé lors des dernières élections en Mauritanie est que chaque communauté avait son candidat. Les Arabes avaient leur candidat (Ould Boubacar), les Berbères en avaient deux (Ould El Ghazouani, Ould Maouloud), les Haratines (Biram Ould Dah Ould Abeid), et puis la communauté négro-mauritanienne avait aussi son candidat (Kane Hamidou Baba). Sans l’existence de l’esclavage et du racisme, il n’y aurait pas eu cette division quasi ethnique de la société. C’est le signe d’une division structurelle du pays.
La candidature de Biram Ould Dah Ould Abeid aux élections présidentielles s’explique par l’existence de l’esclavage et le négationnisme par l’État de ce fléau. Les Négro-Mauritaniens rencontrent des problèmes de racisme qui leur sont spécifiques. En revanche, je ne pense pas que les Arabes et les Berbères soient menacés, mais ils ont fait grossir artificiellement les rangs des candidats afin d’introduire une plus grande division et ainsi de protéger leurs intérêts politiques.
2° Ce que vous ne soulignez pas, c’est le départ de l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz, arrivé par un coup d’État en 2008, et donc la fin d’un régime dirigé par des militaires…
Laissez-moi vous rappeler que son départ n’était pas un choix, c’était souhaitable après douze années de pouvoir. Mohamed Ould Abdel Aziz a adopté cette stratégie, car il ne pouvait pas faire un troisième mandat, mais il a trouvé un dauphin pour le remplacer et, in fine, le seconder. N’oublions pas qu’El-Ghazouani est un officier, ami très proche de l’ancien président depuis plus de trente ans. Donc qu’il puisse remporter l’élection présidentielle n’est pas une surprise, cela laisse toute la latitude à Ould Abdel Aziz de revenir au pouvoir plus tard, un peu sur le modèle russe avec le duo Poutine-Medvedev. Il reste que des impondérables pourraient tout changer.
Il y a quand même une décrispation de la vie politique mauritanienne…
Les choses commencent timidement à bouger. Le président El-Ghazouani a nommé six ministres haratines. C’est une première. Mais, au-delà du nombre de ministres, il s’agit de promouvoir la communauté haratine. En Mauritanie, il y a une soixantaine de préfets et treize gouvernorats. Le ministre de l’Intérieur est un hartani. A-t-il la liberté de nommer un nombre important de haratines comme préfets et gouverneurs ? Il en est de même du ministre de l’Enseignement. Or on sait que beaucoup d’écoles dans les milieux haratines manquent d’enseignants. Ce ministre est-il capable de remédier à cette situation ? Le ministre de la Formation professionnelle appartient à la communauté haratine. Or le chômage touche en majorité les Haratines. Que ferait-il à ce niveau  ?
Plus que des nominations de ministres, de préfets ou autres, l’abolition de l’esclavage d’une manière définitive et réelle est le facteur le plus déterminant.
3° Mais que représentent vraiment les Haratines  ? Vous parlez dans votre ouvrage* et votre thèse d’identité haratine, de quoi s’agit-il  ?
Le mot haratine est un mot arabe qui veut dire « accéder à la liberté ». En hassania, dialecte local, haratine signifie affranchi. Ce sont des gens qui ont connu l’esclavage et qui ont été affranchis. Aujourd’hui, ce mot est devenu un terme générique qui désigne à la fois les affranchis et les esclaves de la communauté maure, composée d’Arabes et de Berbères. Quand, en 1974, j’ai cofondé le premier noyau de lutte pour la libération des Haratines, il s’est tout de suite posé la question de l’appellation. S’affranchir est une perspective de liberté alors que l’esclavage marque un statut figé. Assumer cette histoire faite de servitudes et de souffrances est un devoir qui s’impose aux Haratines.
4° Finalement, les Haratine sont-ils maures ou négro-africains  ?
Cette question fait partie de l’identité : les Haratines sont arabo-berbères par la culture et négro-africains par l’origine ethnique. Ces deux données historiques doivent être prises en compte dans toutes les appréciations objectives. En effet, comment nier l’une ou l’autre  ? C’est pourquoi les Haratines constituent un groupe social spécifique, différent à la fois des Maures par l’origine et des Négro-Mauritaniens par la culture. La dignité haratine est d’assumer l’histoire de l’esclavage, à savoir la culture imposée par celui-ci et leur origine négro-africaine dont ils ne peuvent se départir.
5° Quel est leur poids démographique  ?
Sous les différents régimes mauritaniens, il n’y a jamais eu de statistiques sincères et sérieuses. Les statistiques françaises de 1964-1965, qui ont tenu compte des ethnies et des groupes sociaux, indiquent que les Haratines (affranchis et esclaves) représentaient 43 % de la population mauritanienne. Aujourd’hui, les Haratines sont comptés comme des Arabes.
Le fait de vouloir faire des Haratines des Arabes est un prolongement de l’esclavage. Ils constituent un enjeu politique dans la mesure où leur intégration à la communauté arabe permet de revendiquer une majorité au nom de laquelle les Maures gouvernent le pays. Pour maintenir cet équilibre, l’État mauritanien fait tout pour retarder la prise de conscience notamment en freinant l’instruction des Haratines et en niant l’existence de l’esclavage.
Les rivalités entre les deux féodalités maure et négro-mauritanienne ont eu pour conséquence des pressions sur les castes inférieures des deux camps et empêchent celles-ci de se libérer. Dans la réalité, les deux féodalités sont des « rivaux associés ». Ces dernières rivalisent au besoin et se solidarisent contre toutes les castes inférieures des deux communautés.
À la différence des autres castes inférieures, les Haratines subissent les tiraillements des deux féodalités. Les Maures cherchent à garder les Haratines dans leur giron. Les Négro-Mauritaniens veulent les récupérer ou, à défaut, les neutraliser.

6° Comment se caractérise l’esclavage des Haratines en Mauritanie  ?
L’esclavage maure se caractérise par plusieurs facteurs. Premièrement, les esclaves et les affranchis sont plus nombreux que les Arabes et les Berbères réunis. Cela prouve l’ampleur du phénomène. Ainsi, une famille maure peut posséder jusqu’à 40 à 50 esclaves (hommes et femmes).
Deuxièmement, l’esclave travaille sans être payé, il peut être vendu, loué, prêté, donné, hérité, etc. En plus du travail lié à l’esclavage, les femmes jouent un rôle de procréation important. Dans le Coran, un maître peut disposer à sa guise de la femme esclave. Les enfants nés de cette relation deviennent alors les esclaves du maître. Rappelons que l’esclavage s’accompagne de sévices physiques : les esclaves insoumis ou récalcitrants sont battus, castrés, voire tués.
Troisièmement, les utilisations des esclaves sont multiples. J’ai établi une typologie de l’esclavage maure dans ma thèse en sciences politiques, soutenue à l’université Paris-II en 2006 et publiée par l’ANRT (Atelier national de reproduction des thèses) : « L’abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application ». On peut distinguer tout d’abord l’esclavage traditionnel, dans lequel les esclaves s’occupent des animaux, cultivent les champs agricoles et effectuent les tâches domestiques. Il y a l’esclavage administratif, où un maître d’esclave peut faire recruter son esclave dans l’administration publique et toucher une partie ou la totalité de son salaire. Dans l’administration publique, les Haratines travaillent beaucoup plus que les Maures, mais montent moins vite dans la hiérarchie.
Puis il y a l’esclavage politique, où les maîtres font voter leurs esclaves pour les candidats de leur choix aux élections présidentielles, sénatoriales, législatives… Les candidats aux élections ne s’adressent donc pas aux esclaves, leurs seuls interlocuteurs sont les maîtres d’esclaves.
Ensuite, il y a l’esclavage moderne, qui touche tous les Négro-Africains, Mauritaniens compris. On les fait travailler sans les payer et, une fois que le travailleur conteste, il est mis en prison, où il est intimidé et forcé de renoncer à son dû.
Enfin, il y a le néo-esclavage, qui touche les affranchis de l’esclavage maure (les Haratines). Le maître qui affranchit son esclave le convainc qu’il s’agit là d’un acte de générosité dont ce dernier est redevable à vie. Vous avez des affranchis établis loin de leurs maîtres, mais qui continuent à leur donner une partie de leurs récoltes et de leurs biens. Ainsi, l’affranchissement devient plus profitable que le maintien en esclavage. Or, selon le Coran, l’esclave affranchi devient l’égal de son maître et n’est redevable de rien.

7° Que dit l’islam sur la question  ?
Dans mon livre La Mauritanie : entre l’esclavage et le racisme (éd. L’Harmattan), à la page 14, je relève un passage du Coran qui justifie l’esclavage : sourate XVI, verset 71. J’insiste sur le fait que le Coran a donné certains droits aux esclaves et recommande la libération de ceux-ci comme un acte de piété.
L’esclavage s’accompagne en Mauritanie du maintien de ses victimes dans l’ignorance. Les esclaves et les affranchis sont, à quelques exceptions près, tous illettrés. Cela n’est pas du fait du hasard. Leurs maîtres ne leur apprennent ni le Coran ni la charia (lois islamiques). Bien sûr, le Coran reconnaît et légalise l’esclavage, même s’il exhorte beaucoup les maîtres d’esclaves à les libérer. Par conséquent, l’instruction aurait permis une ouverture d’esprit notamment sur toutes les possibilités qui s’offrent aux esclaves pour sortir de la servitude.
En Mauritanie, à la place du Coran et de la charia, les maîtres enseignent la soumission des esclaves et lient le paradis promis aux esclaves au respect des maîtres. Ainsi la formule : « Le paradis de l’esclave est sous le pied de son maître. » Il y a toute une idéologie basée sur des dictons, des proverbes, de la poésie maure, etc. qui incitent les esclaves à accepter la servitude. Ainsi, il existe beaucoup de victimes de l’esclavage qui rejettent toute libération qui ne serait pas consentie par le maître.
8° La Mauritanie a une longue histoire avec l’esclavage. À quand remontent ces pratiques et pourquoi sont-elles si difficiles à éradiquer  ?
Il faut remonter au Ier siècle, plusieurs historiens ont attesté de la présence des Berbères au nord de la Mauritanie. À cette époque, ils cohabitaient avec les Noirs. Ensuite, au XIe siècle, il y a eu la fondation de ce qu’on appelle l’État almoravide, où l’esclavage des Noirs était déjà une pratique plus ou moins répandue. L’arrivée progressive des Arabes (à partir du XVIe siècle) a été un facteur important dans l’expansion de l’esclavage. Le brassage entre les Arabes et les Berbères va définir la structure sociale de la société maure : les guerriers, les marabouts et les tributaires, dont les esclaves.
Contrairement aux Négro-Mauritaniens qui vivent de leur travail (castes inférieures ou castes supérieures), les Maures, eux, détestent le travail manuel et leur société s’est construite sur l’esclavage. C’est une mentalité ancienne qui se perpétue.
Les Maures tirent énormément de profits de leurs esclaves. Ils travaillent à leur place sans être payés (gardiennage des animaux, culture des champs, conduite des caravanes pour vendre des produits…). Ils sont vendus, loués, donnés, hérités, etc. Leur existence permet aux Maures de vivre dans une forme de confort.
9° Quelle est la réalité historique et sociologique des différentes populations arabe, maure ou haratine en Mauritanie  ?
Mohamed Yayha Ould Ciré est un ancien diplomate et l’auteur de plusieurs ouvrages sur la question de l’esclavage et du racisme en Mauritanie.
Quand les Arabes sont arrivés, ils sont directement entrés en conflit avec les Berbères, qui leur ont opposé une résistance farouche. L’histoire des Berbères et des Arabes a été faite de luttes et d’alliances. Plusieurs batailles vont les opposer avant la victoire finale des Arabes. Il s’agit de la guerre de Chär Bëbë, qui a duré de 1644 à 1674, soit trente ans. À la suite de cette victoire, les Arabes ont interdit le port des armes aux Berbères et les ont cantonnés à un rôle religieux. Ils se sont arrogé les domaines politique et militaire, qu’ils ont continué à exercer jusqu’à l’arrivée de la colonisation française.
Les populations noires ont été de plus en plus repoussées vers le sud. Les batailles opposant les Arabes et les Noirs ont sécrété l’esclavage, d’où l’existence des Haratines.
La domination arabe a eu pour conséquence la création de quatre émirats. Les émirats du Trarza, du Brakna et de l’Adrar sont dirigés par les Arabes (beni hassan). L’émirat du Tagant fut créé par une tribu berbère devenue guerrière (Idaw’ich). Cela prouve, si besoin est, que la domination des Arabes sur les Berbères n’a pas été facile.
10° Quel rôle a joué la traite négrière transsaharienne  ?
Les Maures ont largement participé à la traite saharienne, qui a débuté au VIIe siècle. Ils pratiquaient les razzias, les kidnappings, etc. La chasse au Noir était une activité lucrative. Encore aujourd’hui, les traces de cette traite demeurent. Pour apeurer les enfants, les femmes de plusieurs ethnies négro-africaines (Bambara, Soninké, Wolof….) leur disent : « Le Maure est arrivé. » Les Wolofs désignent les Maures par le terme « ‘nar », qui signifie « le feu » en arabe. En effet, les Maures incendiaient les villages et provoquaient ainsi la panique. Leurs cibles privilégiées étaient les femmes et les enfants.
Les Maures ont participé aux deux traites négrières atlantique et saharienne. Ils alimentaient la traite saharienne en envoyant des esclaves en Afrique du Nord et au Proche et Moyen-Orient. Ils fournissaient la traite atlantique en vendant des esclaves à Podor, Dagana et Saint-Louis du Sénégal. Leurs terrains de chasse couvraient le Sénégal, le Mali, la Gambie, la Guinée, etc.
11° Pourquoi l’arrivée des colons français n’a-t-elle pas permis d’en finir avec ces pratiques  ?
La France a créé le décret du 12 décembre 1905 qui abolit l’esclavage en AOF (Afrique occidentale française) et au Congo. Ce décret a été appliqué en Mauritanie de 1905 à 1909, soit quatre ans. Il a permis la création des villages de liberté au sud de la Mauritanie. C’est ainsi que les esclaves maures ont fui leurs maîtres pour se réfugier dans ces villages et aller au Sénégal.
La féodalité maure s’est alors plainte auprès de l’administration coloniale française.
À ce niveau, il convient de prendre en considération deux faits. D’une part, la France tenait à contrôler le vaste territoire mauritanien qui se situe entre l’Algérie et le Sénégal. D’autre part, la ténacité et l’esprit guerrier des Maures ont convaincu la France de sceller un accord avec ces derniers.

Ainsi, en 1909, la France renonce à appliquer son décret et les Maures finissent par accepter la colonisation. C’est le colonel Gouraud qui signa cet accord au nom de la France en s’engageant à laisser aux Maures « leurs ânes, leurs moutons et leurs esclaves ». La Mauritanie constitue l’exception dans l’AOF, où les lois françaises du 12 décembre 1905 ne furent pas appliquées.
Cet événement historique permet de dire que la France s’est servie des Haratines pour asseoir sa domination en Mauritanie. La lutte contre l’esclavage devient « vous êtes avec nous, vous ne perdez pas vos esclaves ».
12° Comment expliquer l’esclavage négro-mauritanien puisqu’il implique que maîtres et esclaves soient noirs  ?
L’esclavage a existé dans toutes les sociétés. Les Arabes ont réduit d’autres Arabes à l’esclavage avant de commencer la traite orientale et saharienne. Il en est de même des Européens avant de se tourner vers la traite transatlantique. Mais l’esclavage des Négro-Africains n’a rien à voir avec l’esclavage oriental (l’esclavage maure). Le décret du 12 décembre 1905 leur a été appliqué et cet esclavage est tombé en désuétude.
Pour les Négro-Mauritaniens, il existe un système de castes. Les castes inférieures subissent une discrimination de la part des classes supérieures. À titre d’exemple, les mariages entre les deux castes sont impossibles. Un membre d’une caste inférieure ne peut être ni chef de village ni imam de mosquée, même s’il est compétent en matière de connaissances islamiques. Chez certaines ethnies, les castes ne partagent pas les mêmes cimetières. C’est le cas des Soninkés.
Sur le plan politique, les castes supérieures monopolisent ce domaine, car ils s’opposent aux candidatures des classes inférieures et les obligent à voter en leur faveur.
Par ailleurs, les classes supérieures ont le monopole de la propriété terrienne. Dès lors, les classes inférieures dépendent de la bonne volonté des féodaux. Pour cultiver les terres, ils les louent auprès des propriétaires. Chaque contestation politique ou insoumission peut faire l’objet de représailles.
13° Comment les Haratines sont-ils visibles dans la ville, comment faire la différence avec les autres travailleurs  ?
Les Haratines vivent dans la pauvreté et, pour beaucoup d’entre eux, dans la misère. Ce qui se répercute sur leur état physique, leur habillement et leur habitat. C’est une des grandes différences entre eux et les Maures ou les Négro-Mauritaniens.
Les esclaves ont des habitudes vestimentaires proches de celles des Maures. Ils se distinguent par la couleur de la peau. Les premiers sont noirs alors que les derniers sont basanés ou blancs. Même si l’accoutrement est le même, les moyens pour s’habiller diffèrent.
Les Haratines sont souvent conducteurs de charrettes, porteurs d’eau, transporteurs de sable et de coquillages pour les constructions, ils sont gardiens des maisons, on les trouve souvent dans de petites cabanes auprès des villas de leurs maîtres. Ils sont dockers aussi au port de Nouakchott ou de Nouadhibou. Ils chargent et déchargent les marchandises dans les boutiques des Maures. Ils travaillent dans les abattoirs en égorgeant et dépouillant les animaux.
Les Maures et les Négro-Mauritaniens ne se livrent pas ou peu à ces activités.

14° Aujourd’hui, est-ce qu’il y a une prise de conscience réelle  ?
Il y a une prise de conscience importante. À l’intérieur du pays, on peut citer plusieurs associations qui luttent contre l’esclavage : SOS Esclaves, IRA-Mauritanie, CLTM (syndicat des travailleurs), El Hor, AFCF. Toutes ces organisations défendent les droits de la personne et luttent contre l’esclavage. Certaines organisations assistent les victimes et portent leur cause devant les tribunaux. Des cas d’esclavage sont souvent médiatisés et la question de l’esclavage est devenue centrale aujourd’hui en Mauritanie.
À l’extérieur du pays, il y a aussi AHME., OCVIDH, les FLAM, ARMEPES-Ganbanaaxu, ainsi que des associations mauritaniennes en Amérique du Nord. Elles effectuent un travail de conscientisation, à l’égard de l’extérieur, mais également en direction des victimes en Mauritanie.
Le premier site dédié à l’esclavage en Mauritanie fut le nôtre : www.haratine.com

15° Enfin, Mohamed, racontez-nous votre histoire. Comment vous êtes-vous retrouvé en France et pourquoi avez-vous choisi de porter la cause des Haratines  ?
Je suis hartani de par ma mère et arabe de par mon père, ce qui fait de moi un métis. Mes origines maternelles m’ont amené à m’intéresser à la question de l’esclavage. Cela m’a conduit à créer en 1974 le premier noyau de lutte pour l’émancipation des Haratines, qui deviendra plus tard El Hor (Organisation de libération et d’émancipation des Haratines).
À la fin de mes études à l’ENA de Mauritanie, j’intégrais le ministère des Affaires étrangères de mon pays en 1976. Après plusieurs années dans la diplomatie, j’ai été nommé consul général en Guinée-Bissau en 1992. Dès ma prise de fonction, j’ai constaté l’existence de l’esclavage dans les magasins et les boutiques maures en Guinée-Bissau. En 1994, un esclave a porté plainte auprès du consulat contre son maître. Ce dernier l’a fait travailler pendant deux ans sans le payer. À la suite d’une confrontation entre les deux, j’ai acquis la certitude qu’il s’agit d’un cas d’esclavage. J’ai exigé du maître de lui payer le smig (salaire minimum interprofessionnel garanti en Guinée-Bissau) pendant vingt-quatre mois. La somme obtenue a été remise à l’esclave. Le règlement de ce différend a créé un conflit entre mon ministère de tutelle et la communauté mauritanienne en Guinée-Bissau. Pour régler ce cas, je me suis basé sur l’ordonnance n° 81-234 du 9 novembre1981, qui interdit l’esclavage en Mauritanie. Un autre cas s’est présenté, que j’ai réglé de la même manière. Au moment de quitter la Guinée-Bissau (parce que j’ai été rappelé au pays), un cas d’héritage s’est posé que je n’ai malheureusement pas pu traiter. Toutefois, j’ai refusé de donner raison au maître d’esclaves venu de Mauritanie réclamer cet héritage. La Mauritanie édicte des lois anti-esclavagistes pour tromper la communauté internationale. En réalité, elle n’a pas pour objectif de les appliquer. Pour comprendre toute la situation, je vous renvoie à mon livre publié en 2014 par L’Harmattan, La Mauritanie : entre l’esclavage et le racisme.
En 1998, je suis arrivé en France, où j’ai demandé l’asile politique. En 2001, Hanoune Ould Oumar (dit Dicko) et moi avons créé l’Association des Haratines de Mauritanie en Europe (AHME), qui possède un site (http://haratine.com), un journal, Le Cri du Hartani, dans lesquels nous décrivons la situation politique en Mauritanie et dénonçons les pratiques esclavagistes.

* Mohamed Yahya Ould Ciré, « La Mauritanie : entre l’esclavage et le racisme », Paris, L’Harmattan, collection « Quête du sens », 2014, 191 p., préface de Georges-Elia Sarfati. Il est également l’auteur de « L’Abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application (ANRT) », 2008.

Bonnes feuilles de « La Mauritanie entre l’esclavage et le racisme », l’Harmattan – 2014

Il ne peut y avoir la pérennisation d’un système d’exploitation sans l’existence d’un pouvoir qui aide à le maintenir. Le pouvoir détient le monopole de la contrainte. Il l’utilise pour favoriser les dominants. Ce pouvoir peut être un pouvoir tribal, clanique, étatique, etc.

L’esclavage est antérieur au racisme. Quand le système esclavagiste était prédominant, le racisme n’existait pas parce que l’esclavage lui-même recèle un statut permettant et l’exploitation et la supériorité du maître.

Le racisme est, selon Albert Memmi, « l’exploitation profitable d’une différence. » Cette différence peut être d’ordre physique, physiologique (infirmité physique ou intellectuelle), culturelle (différence de culture), raciale ou ethnique (différence de peau ou d’appartenance culturelle, etc.)

Les Haratine sont victimes d’un double racisme : Un racisme lié à leur statut d’esclave et un racisme dû à leur couleur de peau noire. C’est pourquoi, même les esclaves affranchis selon les règles religieuses ne deviennent pas les égaux de leurs anciens maîtres maures (arabo-berbères).

L’usage du terme Haratine dans ce livre a un double sens. Il signifie d’abord l’esclave affranchi par la voie légale (la Charria, droit musulman). C’est le sens étymologique du mot.

Il a un second emploi à caractère politique. L’Organisation pour la libération et l’émancipation des Haratine (El Hor) a repris ce mot pour qualifier toute la communauté victime de l’esclavage maure, qu’elle soit affranchie ou encore esclave.

Le racisme maure touche aussi la communauté négro-mauritanienne. Pour les Maures, les Noirs ont toujours constitué leurs réserves d’esclaves. À ce titre, ils se considèrent supérieurs aux Noirs qui étaient leurs pourvoyeurs d’esclaves. Le fait que le Coran ait été révélé en langue arabe et que le prophète Mahomet soit d’origine arabe permet aux Arabes de revendiquer une supériorité sur les autres, surtout les Noirs.

Propos recueillis par Viviane Forson

dimanche 13 octobre 2019

Communiqué du réseau G5 SAHEL Contre l'Esclavage et pour la défense des droits humains





Communiqué du réseau  G5 SAHEL Contre l'Esclavage et pour la défense des  droits humains  

Né en marge du Colloque International sur le thème «Droit et esclavage en Afrique de l’Ouest » tenu à Bamako du 16 au 18 octobre 2017, au Campus Universitaire de Badalabougou-nouveau bloc de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako, le Réseau G5 Sahel anti-esclavage est un mouvement anti-esclavagiste actif dans les 5 pays du Sahel et composé des associations engagées dans la lutte contre l’esclavage dans l’espace sahélien qui abrite malheureusement les derniers bastions d’une pratique abjecte d’un autre âge.  De sa création à aujourd’hui le réseau G5 Sahel anti-esclavage a tissé des relations avec des activistes et mouvement abolitionnistes, des chercheurs et organisations progressistes à travers le monde notamment au Sénégal, en Ile Maurice, en France, en Grande Bretagne.

 Le raffermissement de ces relations a été concrétisé par l’appel lancé à Niamey, à la communauté internationale en marge du colloque international tenu du 18 au 20 Décembre 2018. A travers une déclaration dit Appel de Niamey, les associations Timidria du Niger, IRA-Mauritanie, TEMEDT du Mali, FESTICHAMS du Burkina Faso, Enfant ARED du Tchad et Gran Lekol Filozofi de l’Ile Maurice après une analyse peu  reluisante de la problématique de l’esclavage dans les pays du Sahel ont exigé plus de rigueur  de la communauté internationales en prenant des mesures contre ceux de ces pays qui sont inertes dans la lutte contre ce phénomène parmi lesquels la Mauritanie.

Au moment où la communauté internationale semble adopté une telle stratégie comme moyen de pression contre des pays récalcitrants comme la Mauritanie, nous sommes surpris et outrés, qu'en notre nom, un président d'une organisation mauritanienne (Fondation Sahel) s'exprime et sur la base d’une appréciation étriquée de la situation en Mauritanie demande la levée d'une mesure que les autorités américaines avaient prises contre l'Etat mauritanien qui perpétue l'esclavage et la discrimination, protège les esclavagistes et tortionnaires, réprime les abolitionnistes et militants des droits humains.

Nous sommes donc indignés que les efforts que nous avons consentis des décennies durant, avec l'aide des défenseurs de droits humains, dont beaucoup d'ONGs, d'organismes et de gouvernements, soient réduits à un bradage par des personnes prétendant appartenir à nos réseaux.
Aussi tenons-nous à rappeler que la déclaration faite par le responsable de cette association, après une visite au département d'Etat américain le 2 octobre 2019, affirmant l'inefficacité des sanctions par la suppression des privilèges de l'AGOA et sur l'urgence de soutenir le nouveau chef de l'Etat mauritanien par la levée de cette mesure, n'engagent pas les abolitionnistes mauritaniens et leurs collègues des ONGs anti-esclavagistes et des droits humains, au Sahel, en Afrique et de par le monde.
En tout état de cause, cette approche n’ayant  pas l’adhésion  du réseau G5 Sahel et des  défenseurs des droits   humains, nous, structures membres du réseau G5 Sahel anti-esclavage :

plaidons pour le maintien de ces sanctions , car  c’est grâce à  la pression  internationale   que des  avancées significatives  ont   été  notées   dans la lutte  contre  les pratiques  d’esclavage et ses  séquelles   en  Mauritanie   :  la  promulgation  des lois  criminalisant l’esclavage,  la mise en place des  tribunaux   spécialisés  dans  la poursuite  des    esclavagistes ainsi  que   l’institutionnalisation  de la journée  du  06  Mars   de chaque  année comme  journée nationale de lutte  contre   l’esclavage  sur tout le territoire mauritanien ;
constatons et fustigeons ces dernières années une recrudescence d'un régime féodalo-esclavagiste soninké qui sévit impunément contre les abolitionnistes issus de cette communauté notamment dans une région du Sud Mauritanien, le Guidimagha ;
dénonçons la création et le financement des structures parallèles, favorables au système esclavagiste construit et entretenu par certains gouvernements dans le seul but d’infiltrer certains milieux associatifs et réseau des partenaires en vue de déstabiliser le combat mené par les vrais militants de lutte contre l’esclavage ; 
estimons que c’est au nouveau président mauritanien , Mohamed  Cheikh  Ould  GHAZOUANI    de mériter la levée  des sanctions   liées à l’AGOA  par  une  application   totale et effective   des lois   en vigueur en Mauritanie portant sur la lutte  contre  les pratiques de l’esclavage   et ses  séquelles ainsi que par la déconstruction et la destruction du racisme domestique et d'Etat dont souffre des franges importantes du peuple Mauritanien ;
tenons   à réaffirmer notre disponibilité à tout  dialogue  et  échanges avec  les  autorités   de nos pays respectifs, visant à améliorer notre lutte contre  les pratiques de l’esclavage et séquelles  en Mauritanie,   et  dans  toute   la  sous-région.

Les signataires
Timidria du Niger
Temedt du Mali
ARED du Tchad
FESTICHAMS du Burkina
IRA Mauritanie
GRAN LEKOL FILOZOFI de l’Ile Maurice
L'association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E )
ARMEPES FRANCE 
Collectif des associations de lutter contre l'esclavage en milieu Soninké


samedi 27 juillet 2019

Vidéo: « L’État mauritanien s’oppose à la libération des esclaves »


Interview du Docteur Mohamed Yahya Ould Ciré  président de l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E) avec le journal Le Point Afrique: « L’État mauritanien s’oppose à la libération des esclaves »

« La Mauritanie compte un nombre d’esclaves très important. Quasiment la moitié de la Mauritanie est réduite soit directement, soit indirectement à l’esclavage, c’est une situation grave. »

Ci-dessous, les  observations finales du Comité des droits de l’homme des Nations Unies concernant l’esclavage en Mauritanie  datant le 25 juillet 2019 à propos de l’esclavage.
Le Comité reste préoccupé par :

a) La persistance de situations d’esclavage et de préjugés solidement ancrés dans certaines traditions à ce sujet ;

b) L’absence de données permettant de mesurer l’étendue de cette pratique;

c) Les difficultés rencontrées par les victimes de situations d’esclavage pour déposer plainte en vue de faire valoir leurs droits auprès des autorités policières et judiciaires, et les difficultés persistantes pour enquêter sur ces cas et poursuivre de manière efficace, indépendante et impartiale les auteurs de telles pratiques et les sanctionner de manière adéquate ;

 d) L’insuffisance des moyens alloués au fonctionnement des trois tribunaux spécialisés de Nouakchott, Nouadhibou et Néma (art. 8 et 16). 31.

L’État partie devrait :
a) Collecter des données sur l’étendue des situations d’esclavage encore existantes et intensifier sa lutte en vue d’éliminer toute survivance de telles situations, notamment en veillant à une application effective de la loi no 2015/031 ;

b) Garantir la pleine réalisation des recommandations de la Feuille de route et en évaluer régulièrement la mise en œuvre en consultation avec les populations concernées et les organismes de la société civile ;

 c) Veiller à ce que les victimes de l’esclavage puissent effectivement porter plainte sans subir aucune forme de pression et à ce que celles-ci soient enregistrées, que les enquêtes soient diligentées, les poursuites engagées et que les responsables soient condamnés à des peines proportionnelles à la gravité des faits ;

d) Doter les trois tribunaux spéciaux de Nouakchott, Nouadhibou et Néma de moyens humains et financiers adéquats pour leur bon fonctionnement.  




jeudi 11 juillet 2019

Mauritanie: Mise en garde les acteurs sociaux, politiques et la presse.


Nous constatons que des informations inexactes sont mises à la disposition de certains journalistes Mauritaniens pour les induire en erreur, mais aussi la presse étrangère depuis un certains temps, qui suivent les événements post-électoraux, c'est-à-dire les arrestations et séquestrations arbitraires de militants de l’opposition qu’a opéré le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz après l’élection présidentielle. Ces arrestations sont faites sur dénonciation calomnieuse dans le but à décourager les activistes de l’opposition.

-Ce 11 juillet  2019, s’était ouvert à Kaédi le procès de 12 militants de l’opposition toute confondue, donc ce n’était pas le procès de militants de la « Coalition Vivre Ensemble (CVE) » comme l’a fait savoir certains journalistes dans la presse. Dès le début des arrestations, la presse fait état que seuls les militants de la C.V.E de l'ex-candidat Kane Hamidou Baba sont ciblés, ce qui est loin d’être fondé.

-Deuxièmement, la direction de l‘ex-candidat à l’élection présidentielle, le député Biram Dah Abeid a dépêché Maitre Ahmed Ely pour défendre les accusés sur place avec la députée Mme Coumba Dada Kane et sa délégation pour assister au déroulement du procès.

-Troisièmement, aucune condamnation n’a été prononcée à l’égard des 12 prévenus dont 2 sont mineurs sous contrôle judiciaire, leur dossier a été renvoyé à une date ultérieure à cause d’un vice de forme.

-Quatrièmement : L’avocat va introduire une demande de mise en liberté provisoire en attendant leur jugement définitif.

Nous prions les journalistes, la société civile, l’opinion nationale et internationale d’être très vigilant aux informations qu’ils reçoivent et traitent de certaines sources promptes à la manipulation, à la désinformation en donnant des choses inexactes voire carrément infondées qui profitent à la sûreté de l’état qui divise les victimes en opérant des arrestations arbitraires. Nous condamnons fermement ces méthodes qui ne profitent pas aux victimes. Il n’est jamais bon de combattre le mensonge par un autre.

Diko Hanoune/ Militant Abolitionniste

vendredi 5 juillet 2019

Mauritanie : Témoignage des ONG de la société civile à Genève


La Mauritanie a présenté son deuxième rapport sur le pacte international relatif aux droits civils et politiques devant le Comité des droits de l’homme le 04 et 05 juillet 2019. Les experts des Nations Unies ont soulevé beaucoup de questions qui sont restées sans réponse malheureusement par la délégation Mauritanienne. Les questions liées surtout au passif humanitaire et l’esclavage n’ont pas trouvé de réponses.

-Les experts ont  mis l’accent sur l’absence des données statistiques fiables sur les victimes de l’esclavage, une situation  qui dessert plutôt la Mauritanie selon leur remarque très claire.  Il a été question pourquoi IRA Mauritanie dirigé par Biram Dah Abeid n’est pas reconnue ? La réponse du ministère de l’intérieur a  suscité la réaction  des experts et  toute la salle en disant qu’IRA-Mauritanie est une organisation à caractère ethnique, la loi l’interdit  une telle structure dans le pays. Les experts reviennent à la charge, une organisation qui défend les droits des minorités, n’est pas contraire au pacte signé par la Mauritanie. Les minorités ont droit de s’organiser pour se défendre.

-Le cas du jeune Lamine Manghane a été soulevé, les parents attendent toujours que  justice leurs soit rendue. La réponse du ministère de la justice était tout simple invraisemblable, à savoir que le procureur de la république a classé l’affaire sans suite comme s’il s’agissait d’une banale affaire d’un vol à l’étalage. Les experts ont rappelé à la délégation Mauritanienne qu’un procureur ne peut classer une affaire criminelle sans rendre justice. Mieux, toute la Mauritanie sait que le jeune Manghane a été tué par un gendarme à bout portant à Maghama lors d’une manifestation contre l’enrôlement biométrique discriminatoire.
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-Sur le cas d’Abdallahi Salem Ould Yali arrêté suite aux poèmes qu’il diffusait sur les réseaux sociaux  dénonçant la discrimination et l’exclusion des Haratine, la direction de la sureté de l’état a répondu, c’était une incitation à la haine raciale.

-Sur l’abrogation de la loi d’amnistie des criminels entre 1989 et 1992, la question a été posée, pourquoi l’état  ne soumet pas le débat aux actuels représentants du peuple à l’assemblée nationale comme cela  a été le cas au moment de son adoption?

- L’absence des statistiques qui déterminent la représentativité des ethnies noires: Haratine, Haalpoular, Soninké, Wolof a été soulevée. Les Haratine sont sous représentés dans les nominations au vu leur proportion démographique ainsi que les autres communautés noires.

La liste des représentants des ONG de la société civile :
Sarr Mamadou (FONAD)
Aminetou Mint El-Moctar (AFCF)
Maitre Fatimata MBaye (AMDH)
Kane Mamadou (Cadre pour les rescapés  Mauritaniens en France )
Diko Hanoune (A.H.M.E et IRA)
Sy Mohamadou (Auteur livre Enfer Inal)
Alexis Thiry (MENA Righs Group))
Anti-Slavery/ SOS-Esclaves Mauritanie
Mme Kadia Sow
Mme Diarry Toumbou
Mme Kadia Bâ
M. Oumar Alassane Bâ 










mardi 2 juillet 2019

Mauritanie : Diallo Mamadou Bathia président du Conseil Constitutionnel justifie la fraude de l’élection présidentielle

Lors de la conférence de presse, le responsable des opérations électorales au sein de la campagne du candidat Biram Dah Abeid a passé en revue des exemples des "violations" qu'ils ont relevées. "Nous avons reçu certains PV avec un taux de participation à 100%, ce qui a attiré notre attention. Nous nous sommes dits qu'au lieu de vérifier nos PV, il serait plus pertinent de vérifier la base de données publiée par la Commission électorale et de l'étudier en profondeur".

« Le responsable a ajouté que la recherche a révélé que 11 bureaux présentent un taux de participation supérieur à 100%. Or, remarque-t-il, "dans ces bureaux, Ould Ghazouani a recueilli 93% des suffrages", ajoutant que l'approfondissement de la recherche a conduit à la découverte de 455 bureaux de vote où le taux de participation dépasse 90%, affirmant que "ces bureaux ne se situent pas dans les capitales régionales, mais sont dispersés à travers la Mauritanie et dans des zones isolées et difficiles."

Il a souligné dans sa présentation que "le nombre total des votants dans ces bureaux est de 90.844 électeurs. Ould Ghazouani a obtenu 97% de ce nombre, avec une moyenne de plus de 95% au niveau de chaque bureau", soulignant que les électeurs de ces bureaux «représentent 10% du total des effectifs des électeurs mauritaniens". "Ce qui a permis à Ould Ghazzouani d'obtenir plus de 18% du pourcentage en sa possession, suivant les chiffres annoncés par la CENI". 

L’expert cite l’exemple de Gleib Ndour, de Cheggatt et d’El Beled El Amine. Il poursuit que, au cas où les résultats de ces bureaux seraient annulés, Ould Ghazouani aurait 41% des suffrages. "Si nous considérons que ces bureaux ne seront pas annulés, en appliquant le pourcentage de participation annoncé par la Commission qui est de 62%, Ould Ghazouani obtiendrait 48,5%", c’est-à-dire qu’il ne passerait pas au premier tour. »

 Diallo Mamadou Bathia  nous  révèle au grand jour, à notre grand dam, ce lundi 01 juillet 2019, que ce sont les fonctionnaires « missionnés » à l’intérieur qui étaient chargés du bourrage légal des urnes en faveur du candidat Ghazouani. Ils avaient droit de voter partout, comme ils le souhaitaient sans contrôle. De toute façon, une procuration est donnée à un individu  qui doit accomplir le vote à votre place dans le bureau ou vous étiez inscrit normalement. On ne fait pas une procuration pour soi-même, c’est du jamais vu ni entendu et juridiquement invalide. Les explications du président du Conseil Constitutionnel sont  étranges, restent peu convaincantes.  C’est plutôt l’officialisation du bourrage des urnes par l’état qu’il nous a informé.

Le Conseil Constitutionnel Mauritanien : « Le Conseil Constitutionnel comprend six (6) membres, dont le mandat dure neuf (9) ans et n'est renouvelable. Ils ne peuvent appartenir aux instances dirigeantes des partis politiques. Ils jouissent de l'immunité parlementaire. Les décisions du Conseil Constitutionnel sont revêtues de l'autorité de la chose jugée. Les décisions du Conseil Constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et toutes les autorités administratives et juridictionnelles. »

Diallo Mamadou Bathia a occupé le poste de ministre de la Défense d’août 2014 à octobre 2018 et a dirigé la réforme du parti majoritaire, l’Union pour la République (UPR) principal soutien au candidat El-Ghazouani, à partir du printemps 2018.

Mohamed Mahmoud Ould Sidigh y représente la principale formation d’opposition, le parti islamiste Tawassoul,  désigné par le chef de l’État durant la campagne législative de septembre 2018. Haimout Ba, juriste, enseignant à l’Université de Rouen, y siège en tant que membre du parti le plus à gauche sur l’échiquier politique mauritanien, l’Union des forces de progrès (UFP). Voila la parenthèse des membres d’un Conseil Constitutionnel qui ne devraient appartenir à aucun parti politique. Tout est faux en Mauritanie. Dommage!



samedi 9 mars 2019

Mauritanie : Elles sont braves ces femmes au sein d’IRA-Mauritanie.


8 mars est la fête de la femme, nous rendons un vibrant hommage  aux braves femmes de l’ONG IRA-Mauritanie, parce qu’elles le méritent amplement. Ce n’est pas facile d’être une femme combattante, active sur le terrain, surtout, en face d’un régime qui n’a aucun respect moral ni physique  envers  la femme. Il faut être courageux, engagé surtout  pour supporter ce que supporte ces femmes au sein IRA-Mauritanie.  

Ces femmes ont subi des violences gratuites, martyrisées sur le terrain publiquement, pourchassées dans les rues avec des gourdins de la police politique, humiliées, persécutées depuis plus  de 10 ans par le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz et ses hommes de main. Parce qu’elles refusent d’être des objets à la solde d’un système qui les chosifie. Bien évidement, elles exigent la fin de l’esclavage sous toutes ses formes. Quatre vingt dix pour cent des victimes de l’esclavage sont des femmes et  les enfants.

En 2012, le leader abolitionniste Biram Dah Abeid et ses compagnons ont risqué leurs vies en incinérant symboliquement le code négrier méconnu par la communauté internationale qui rendait la pratique de  l’esclavage dans sa forme la plus odieuse licite.  En se parcourant les extraits de ces livres qui ont été symboliquement brûlés (Moukhtassar Khalil),  qu’on  trouve dans toutes les bibliothèques traditionnelles du pays et que les mauritaniens récitent par cœur. Quelques exemples de cet exégèse confondu, à tort, par certains dans  la religion, malgré qu’il entretient une propédeutique éloignée de la vraie foi.

A  la page 32 :
« la femme esclave ne doit pas cacher son corps, contrairement à la femme libre, mais si son maître la possède et trouve un enfant avec elle, même sans mariage, elle doit se comporter comme les femmes de « bonne extraction » ; c'est-à-dire avoir le droit de  se couvrir. 


Voila, on permet au maître, à travers cette
«législation » de disposer de son esclave comme il le veut, car c’est son bien, « sa chose ». Le summum de cette aberration se trouve être l’autorisation faite au maître de violer son esclave, même quand elle est mariée ; et ce, même devant son époux de même condition qu’elle.
 

A la page 118 de cette propédeutique clairement avilissante, il est dit que le maître peut, à tout moment, prononcer la nullité du mariage de son esclave (homme ou femme), s’il veut le ou la vendre par exemple. Dans Khalil, le maître peut castrer son esclave pour qu’il s’assure qu’il n’aura pas de rapports avec sa maîtresse. Les mêmes craintes d’être cocu par son propre esclave poussent les maîtres à acheter, comme esclaves de la maison, que des « hommes » laids. 


A la page 321, il est dit que le maitre peut affranchir une partie de son esclave (le quart, la moitié, quelques jours). Pour ce qui est des affranchis (Elmewali), ils restent dans la lignée du maître pour grossir le nombre de la tribu. Dans Khalil, il est dit que le djihad (guerre sainte) est l’une des sources de l’esclavage, ce qui est une contradiction flagrante avec le Coran (imma mnnoun we imma vidaa). 

Vous avez compris pourquoi  la détermination de ces femmes malgré  qu’elles ramassent des coups blessants  lors des manifestations  d’IRA Mauritanie, elles restent fermes pour en découdre avec l’esclavage ? Elles font honneur à toute l’humanité. Nous leur tirons notre chapeau bas.

Vidéo datant décembre 2018  montrant l’agression directe de la fille du leader Biram Dah Abeid par la police, l’auteur n’a  pas été sanctionné par sa hiérarchie ni poursuivi par la justice, le comité contre la torture n’a pas non plus bougé d’un iota pour demander que le policier soit traduit devant un juge : https://www.youtube.com/watch?v=D93_imLnMus