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samedi 11 novembre 2017

Guidimakha-Mauritanie : L’organisation sociale et la hiérarchie des castes en milieu soninké



Tout le monde se demande souvent pourquoi la stratification de la société soninké reste inchangeable. Mon hypothèse d’apprenti Anthropologue  est que l’organisation sociale en milieu soninké conditionne les comportements héréditaires et patronymiques. En effet, cette influence est spécialement marquée dans la vallée du fleuve Sénégal, particulièrement dans le milieu soninké, où il existe une hiérarchisation ou une division des castes. L’organisation sociale dans le milieu soninké peut s’analyser suivant deux lignes principales, d’une part une stratification horizontale en castes définies par des critères de professions ou de conditions de vie, d’autre part, par un système formaté à base de parenté lié à la génétique, c’est-à-dire du père au fils, comme le droit de successions. Cependant, cette communauté/ethnie  est cloisonnée de la hiérarchie sociale : on nait noble, griot, forgeron ou esclave. Toute la fabrication de cette communauté/ethnie soninké est basée sur  les diverses strates apparemment désunies en castes. Leur rapport et mode de vie, leur façon de vivre et leur organisation sociale et culturelle, depuis la nuit du temps sont calqués sur cette différenciation, avec une échelle sur laquelle le groupe A et le groupe B, la seule chose qui les lie, c’est le modèle de vie traditionnel (Ladanous) pas plus que ça.  Par ailleurs, au niveau du village Soninké, tous les groupements sociaux se retrouvent d’une façon inégalement caractérisée comme tels : au ménage correspond la case, à un certain type de groupement familial correspond la concession ; de même qu’il existe plus ou moins séparés des quartiers, esclaves, nobles, d’artisans…

La typologie des Castes ou la hiérarchisation de la communauté soninké :

Les critères permettant de définir les castes sont classiques : chaque individu de par sa naissance même appartient à telle ou telle caste qui est celle dont fait déjà partie son père. Le mariage se fait à l’intérieur de la caste. Cette endogamie de caste ne comporte que quelque exception entre certaines castes d’artisans ; l’appartenance à une caste est liée traditionnellement à une certaine spécialisation professionnelle dont la caste a un quasi-monopole (par exemple le travail de métaux, travail de cuir…). En effet, dans  la communauté soninké, l’élevage et  l’agriculture ne sont pas des activités castées, c’est-à-dire qu’elles sont pratiquées par tous, quelle que soit la caste. Les castes peuvent être classées suivant leur hiérarchie au sein de la société soninké. Nous nous essayons de les résumer en trois grandes catégories sans revenir sur les détails.

1-     En premier lieu, sans contestation possible viennent les Horos (singulier horé) qui forment une sorte de caste noble, composée en principe par les lettrés et les propagateurs de l’islam(les Imams). Cette caste est composée des (Debegoumous, Modinous, Mangous…), qui se marie entre eux et  détient tout le pouvoir décisionnaire du village quel qu’il soit dans la région de Guidimakha, sans associer les autres sages et les autres honorabilités des autres castes du village ; elle règne sans partage depuis la fin de l’empire du Ghana, vers le 10 et 11ème siècle. Elle était la classe dominante pendant très longtemps en termes de savoir et de richesses.  A l’ère d’aujourd’hui, les tendances ont changé, on trouve dans chaque caste des savants religieux, des intellectuels modernes et des grands patrons. Mais l’ordre établi depuis des siècles reste toujours plus ou moins inchangé. Le changement est en cours avec l’arrivée de la nouvelle génération consciente et sage, mais aussi avec l’évolution de la société, car le monde est devenu un village planétaire. Oui, certaines mentalités commencent à bouger  dans tous les côtés.

2-     Ensuite, viennent les castes proprement artisanales (les Gnakhamalanous), singulier Gnakhamala, que moi, je  préfère les regrouper dans la même enseigne : Ce sont les forgerons, griots, les pécheurs, les tisserands et les bijoutiers ; spécialisés dans le travail des métaux, du coton, du cuir, de la musique, du pirogue, du bois…Cette caste se marie aussi entre eux, selon la tradition soninké. En quelque sorte la caste Gnakhamalamous, est plus proche de la première caste horos. Les gnakhamalanous, sont souvent considérés comme des portes paroles de la première caste. Et, exceptionnellement ils se marient avec eux, mais avec un très grand embarras et dans certaines circonstances de la vie communautaire. Traditionnellement, dans le milieu soninké, les Gnakhamalanous, sont aussi appelés des agents diplomatiques, qui sont censés de régler les conflits amiablement au sein de la communauté soninké grâce à leur monopole du verbe soninké. Mais avec l’évolution de la société, cette fonction est désormais  pratiquée par n’importe quelle personne douée des raisons, des sagesses et des qualités humaines. Cette caste, si j’ose dire est le trait d’union entre la caste horos et celle des Komos.  

3-     Au niveau le plus bas de la pyramide sociale soninké, on trouve les esclaves, les Komos (singulier Komé). Traditionnellement, ce sont de serviteurs, attachés chacun à un maitre bien déterminé et qui sont transmis par héritage absolument comme les biens meubles, les troupeaux et les champs. Ces esclaves, sont transmis de père maitre au fils sans condition. Cette caste est le dernier échelon de l’échelle sociale soninké, caractérisé par son patronyme, son travail de servitude auprès de leur maitre. Les esclaves, à leur tour sont condamnés de se marier entre eux et généralement on les retrouve tous regrouper dans un quartier (comokani) au sein du village. Jadis, l’esclaves ou descendant d’esclave n’avait pas droit à la parole aux réunions du village encore moins pas un mot seul pour la gestion des affaires communautaires. Ils sont fixés à leur statut Komé, quelle que soit leur intelligence, leur sagesse et leur honorabilité. Ils sont nés komos et vont mourir komos, selon la philosophie soninké. Ce sont d’exécuteurs des ordres venants de la première caste. Par ailleurs, encore une fois, avec l’émancipation de la société et l’arrivée d’une nouvelle génération (descendants d’esclaves) efficiente, les choses changent lentement mais surement. Mais pas une chose aisée de changer les mentalités dans un milieu comme celui de soninkara. Une communauté communautariste et inegalitaire.

En effet, cette hiérarchie  sociale soninké, on la retrouve chez toutes les communautés humaines, en Europe  en Asie, aux Etats-Unis et en Afrique. En revanche, en occident ce modèle de société est complément révolu, car non seulement c’est une violation de droits humains, mais aussi c’est un système  qui  freine  le progrès humain. Il a fallu attendre la révolution française de 1789, pour passer la monarchie à la République. Avec la déclaration française de droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la déclaration universelle de droits de l’homme du 10 décembre 1945, les citoyens sont tous nés égaux en droit et en devoir. En effet, cette stratification sociale est certainement présente dans la société africaine et presque dans toutes les communautés. Par exemple chez les toucouleurs, en premier lieu viennent les torobés (Torodo), ensuite les rimbés (Dimo) ainsi de suite. Chez la société maure, viennent en premier lieu, les guerriers, ensuite les marabouts, ensuite les tributaires etc…
 Cependant, dans la société soninké, ce formatage de mentalités est  lié automatiquement au patronyme de chacun de ses membres. C’est  un phénomène génétique, c’est-à-dire héréditaire (du père au fils…). Les Soninkos sont tous de musulmans à ma connaissance, jusqu’à nos jours je n’ai pas encore rencontré un soninké juif ou chrétien. Ils prient tous pour le même Dieu (Allah), ils partagent le même livre saint (Coran) et le même prophète (Mohamed PSL).  Mais ils interdisent le mariage entre eux pour des   raisons sordides, patronymiques et des positions sociales rétrogradées qui sont contraire au Coran et aux préceptes religieux.  Dieu  n’a-t-il pas dit dans le Coran : « Vous êtes tous crées à partir de Adam ; et Adam a été créé à partir de la terre. Le meilleur d’entre vous, est celui ou celle qui craint de plus en Allah  ». En revanche, les Soninkos, eux, ils restent figer dans leur code culturel, qui est contraire au livre saint d’Allah et la Sunna du Prophète Mohamed en termes de l’union entre deux musulmans, entre autres. Le caractère féodal de cette société, très hiérarchisée ne fait aucun doute. Parmi les chefs qui commandent, certains, très turbulents, cherchent à gagner ou à conserver une hégémonie sur les autres. L’Homme est socialement  une invention, il est ce qu’il mange, ce qu’il voit et ce qu’il croit. On ne peut pas en vouloir  à l’Homme d’être Homme.

Ce faisant, Hobbes disait que : « L’homme est un loup pour l’homme ». Tout pouvoir humain est établi en faveur de ceux qui gouvernent. Donc l’espèce humaine est divisée en troupeaux de bétail dont chacun a son chef qui le garde pour le dévorer. Le système des castes est un frein pour l’unité de la communauté, il faut le dire haut et fort. Il est  le moteur  de division entre les peuples d’une même nation, d’une même communauté et d’une même ethnie. C’est un frein/obstacle pour le développement économique et  social de cette communauté. Ce système met  en cause tout progrès social et humain des êtres vivant en société. Nous proposons à cette belle communauté de revenir à la raison. La raison d’Allah (Coran) et de Mouhammed (Souna). Il faut que cette communauté matérialise la Sahadaa et pratique la science religieuse comme le prophète l’a déjà faite. Et qu’elle arrête de mettre partout en avant les mauvaises coutumes et traditions qui sont contraires à l’islam. Dernier point très important, c’est de miser beaucoup plus sur l’éducation, surtout l’éducation et rien que l’éducation de nos enfants. Du coté médical, il faudrait, une seule et unique prescription de la part d’un médecin  pour toutes les castes afin de pouvoir diagnostiquer la pathologie. A quand le changement social  en milieu soninké du 21ème siècle ? Et quel serait la première invention de cette communauté soninké ? Un Aphone 11 ?  Un satellite ? Ou encore un véhicule volant ?

BA – Boubou
Doctorant - chercheur à Paris
Membre de l’Association Française de l’Histoire du Droit à Paris (AFHD)
Fondateur de l’association AECJRM en France
Militant de droits humains

mercredi 8 novembre 2017

Crime d’esclavage : Quand la Justice traîne les pieds

Malgré le renforcement de l’arsenal législatif et la volonté politique affichée en haut lieu, il n’y a eu, dans toute l’histoire judiciaire de la Mauritanie, que deux procès pour pratiques esclavagistes suivis de condamnations pour crime d’esclavage : celui de Yarg et Saïd en 2011, confirmé en appel en 2016, et le procès dit de « Néma » en 2015, chacun étant suivi de peines très inférieures au cadre législatif. En dépit de ces condamnations, de nombreuses plaintes n’ont jamais pu aboutir et de nombreuses victimes ont renoncé à poursuivre en justice leurs anciens maîtres, en raison de pressions familiales, peur de représailles et/ou précarité matérielle de leur situation.

Exemple parmi tant d’autres : Khyra mint Habott, déclarée née en 1984, à Atar, « lors des inondations », dit-elle, fut libérée nuitamment de Tourine, en 2007, par la gendarmerie, sur ordre de la justice. Disposant d’une carte d’identité – fait exceptionnel – elle avait porté plainte et signé le PV de la gendarmerie.  Mais suite à des pressions familiales, elle y renonça, dès le lendemain matin, craignant d’éventuelles représailles. L’action judiciaire s’éteignit aussitôt. Elle et sa famille  n’ont, aujourd’hui,  aucune ressource et squattent le terrain d’un particulier.

Des arrangements sont souvent scellés, entre les anciennes victimes, ordinairement sans aucun droit ni titre, et leurs « maîtres » disposant, quant à eux, d’une impunité totale et entretenant paternalisme, plus souvent arrogance et mépris vis-à-vis des esclaves et anciens esclaves. Complètement démunies de tout, notamment de pièces d’état-civil, les anciennes victimes ne peuvent porter plainte ni même établir procuration. El Id, fugueur quatre années durant, se disait victime d’esclavage, de la part de proches d’une famille religieuse  de l’Adrar. Les autorités judiciaires régionales refusèrent, sous prétexte que son « cas n’était pas authentique », d’enregistrer la plainte d’El Id contre ses bourreaux qui « détenaient », avançait-il pourtant, « sa mère et ses sœurs en otage ».

En ce qui concerne l’aspect juridique de la lutte contre l’esclavage, un Plan d’Action National fut officiellement adopté, en Mars 2014, par le gouvernement de la Mauritanie, et des tribunaux spéciaux fondés, pour juger les crimes en la matière. Mais ces instances sont accusées de n’être que façades, pour « rassurer » la Communauté internationale, elles ne disposent d’aucune structure d’accompagnement, a contrario des cours spéciales contre le terrorisme, le trafic de drogue ou la délinquance des mineurs. Pas de parquet, pas de procureur spécialisé, ni de brigade spécialisée de gendarmerie (1).

 De l’avis des abolitionnistes, nombre de magistrats s’entêtent à ne pas appliquer la loi. « Le problème, c’est que la justice ne fait pas son travail. Il y a des obstacles encore infranchissables. Si ceux qui sont censés dire le droit ont eux-mêmes des esclaves, pensez-vous qu’ils donneront tort aux maîtres poursuivis ? Evidemment non ! Ils ne bougeront ni ne feront bouger aucun doigt », déplore Moubarak ould Mahmoud, représentant régional de SOS Esclaves en Adrar. « Les abolitionnistes font, de surcroît, l’objet d’énormes pressions et ne bénéficient d’aucune protection. Idoumou ould Abeïd, point focal de SOS esclaves, a échappé à plusieurs guet-apens tendus par les esclavagistes, échappant de peu à la mort. « Evidemment, les maîtres sont mécontents du travail que nous menons. On leur arrache les esclaves et ça les rend furieux. Ils sont prêts à tous pour les retrouver ou châtier ce qu’ils les ont aidés à s’échapper. Nous sommes dans leur viseur. Mais cela ne nous empêche pas de faire notre travail et d’aider les victimes à recouvrer leur liberté. Ils ne nous font pas peur », assure Idoumou. « N’étant pas à l’abri du besoin, on ne peut pas être ferme dans ses principes », se désole, de son côté, Moubarak. Son cas est révélateur. On ne cesse de lui rappeler sa condition d’étranger à Atar. 

De fait, il est originaire de Debbaye Ehel Mahmoud, village situé à l’entrée de Néma et fondé par son père qui accueillit, jadis, de nombreux haratines ou esclaves pourchassés par leurs maîtres. Son jeune frère fut représentant de Sos Esclaves à Néma. Né en 1958, Moubarack a élu domicile à Atar en 1995, après un court séjour à Kiffa. Les menaces de mort fusent de partout mais il n’en a cure. « Je viens d’être expulsé, deux jours après mon arrivée, par le propriétaire de la maison que j’ai louée, après m’être acquitté de l’avance. Je ne suis plus désirable dans sa maison, en raison de mes activités qu’il juge illicites », allègue-t-il. « Je n’ai ni parcelle, ni maison à Atar. On veut m’obliger à me soumettre à ce que je refuse. Je suis toujours exclu des attributions de parcelles. On ne cesse de me poser des conditions. Je trouve cela inacceptable », se lamente-t-il.

Même son de cloche chez les défenseurs professionnels des esclaves. « Il y a  aussi de nombreuses pressions sur les avocats qui s’occupent de dossiers contre l’esclavage, on vit sous embargo ! », s’exclame maître Bah M’Bareck, avocat (2). « On n’a pas de contrat avec les sociétés, on n’arrive pas à s’en sortir avec les charges, les clients ne viennent pas à moi car je suis étiqueté membre d’IRA. Les hommes d’affaires en Mauritanie appartiennent à la même communauté, je ne partage pas leur position : donc, ils me boycottent ».

Procès Said et Yarg

En 2011, Said ould Salka a 13 ans et son frère Yarg 8 ans. Ils devraient être, normalement, à l’école mais sont, de fait, détenus en esclavage par la famille Ehel Hassine (Cheikh Ould Hassine, un policier, ses frères Tijiani, Nadhirou, Ahmed, Mohamed, et leur mère, Mariem mint Mohamed Mbarek). Le 17 Avril 2011, Biram Abeid, de l’IRA, Boubacar ould Messaoud, de SOS Esclaves, et Aminetou mint El Moctar, de l’AFCF, déposent une plainte contre les maîtres des deux enfants, résidant tous à Boutilimitt. Le procès de la famille Hassine se voit clôturé par la condamnation du fils aîné, Ahmedou ould Hassine, à deux ans de prison ferme et une amende de huit cent cinquante mille ouguiyas pour pratiques d'esclavage sur les frères Said et Yarg. Les autres membres de la famille écopent de deux ans de prison avec sursis et une amende d'un million d'ouguiyas pour complicité ; la mère des enfants, d’un an de prison avec sursis. « Une reconnaissance sans ambages de l'existence, en Mauritanie, de ce phénomène abject. C'est également une première consécration de notre combat légitime qui vise l'ancrage des valeurs civiques et égalitaires », se réjouissent les abolitionnistes. Mais aucune des peines n’a été effectivement appliquée. Aujourd’hui, respectivement premier et troisième de leur classe, Said et Yarg vont à l’école sans aucune assistance des pouvoirs publics.

Procès en appel de Néma

Le 16 Avril 2016, la Cour spécialisée en affaires d’esclavage de Néma organisait son premier procès – dossier 110/2015 – mettant en cause Bouta mint Hemedi et Vatme mint Zaïda, respectivement réduites en esclavage par Hanena ould Bouna et Ikhalihena ould Haïmad, résidents à Azamad, une localité de la moughataa de Nbeïket Lahwach, dans le Hodh Ech-Chargui. Bien que la Cour ait retenu des charges de pratiques esclavagistes contre les prévenus, elle ne leur a cependant infligé, en première instance, qu’à peine cinq ans de prison, dont un seul ferme, et un million d’amende, alors que les dispositions légales de la loi 031/2015 prévoit, au minimum, dix ans d’emprisonnement et cinq millions de dommages et intérêts, en le cas d’espèce (2).

« Après la présentation d’usage des dossiers et des prévenus, le juge donne la parole aux avocats. Comme à son habitude, maître Id nous gratifie d’une brillante plaidoirie », relate notre confrère Sneiba El Kory, « rappelant l’importance de l’application rigoureuse des lois sur l’esclavage, afin de prémunir le pays contre des injustices inhumaines qui risquent de compromettre, si rien n’est fait, la cohésion sociale. Or, selon lui, le jugement rendu en première instance, il y a trois mois, par la Cour spécialisée de Néma, déçoit cet impératif. Il faut corriger cette erreur de jugement.

Après délibération, les juges décident de revoir à la hausse l’amende qu’Ikhalihina devait verser à Bouta. Au lieu du million exigé en première instance, l’esclavagiste devra en verser six, à son ancienne esclave. Les peines d’emprisonnement de cinq ans, dont un ferme, sont, elles, confirmées. Presque un arrangement à l’amiable, donc, à l’instar des plus célèbres affaires analogues de ces deux ou trois dernières années.  Khdeïja mint Tarbe avait conclu un tel accord, avec ses maîtres Hanene et Itawal Oumroun, fils de Nane (dossier 99/2014). Une conciliation qui lui permit d’obtenir vingt vaches, quarante chèvres et un chameau. Comme Khdeïja mint Tarbe, Vatme mint Zeïd et son frère ont conclu, avec leur ancien maître, Hanene ould Bouna, un accord leur permettant d’empocher trois millions et demi d’ouguiyas, en deux tranches. La première, d’un million et demi, a été déjà perçue ; le reliquat sera versé en Août 2016 » (3)

La fondation des trois tribunaux spéciaux chargés de l’esclavage, dont celui sis à Néma, a suscité l’espoir d’une plus grande célérité, dans le traitement des affaires liées aux pratiques esclavagistes. Plus grande célérité peut-être ; plus rigoureuse application de la loi, c’est certainement encore moins sûr. Ainsi que le souligne Boubacar Messaoud qui a, lui aussi, assisté aux assises de la Cour d’appel à Néma, sur le dossier 110/2015, « le jugement en première instance de ce dossier n’avait pas été encourageant. Certains magistrats s’entêtent à ne pas appliquer la loi. La preuve en est encore assénée aujourd’hui : confirmer la condamnation de personnes accablées par toutes les preuves d’esclavagistes reconnues, par le tribunal lui-même, comme telles, à cinq ans d’emprisonnement, dont quatre avec sursis, est ridicule, puisque les dispositions de l’article 7 de la loi 031/2015 prévoient, au minimum, dix ans (3) ».

Cas d’esclavage pendant devant les autorités administratives et judiciaires du pays (4)

Hanna mint Salem et ses deux enfants. En Novembre 2007, un cas d’esclavage, dans la localité de Lemteyine (située dans le département de R’Kiz, région du Trarza), oppose le couple Isselmou ould Deidi-Hanna mint Salem (victimes de la pratique), à la famille Ehel Houssein, des Oulad Boueiliyye dont le chef est Yehdhih ould Houssein. Le couple réclame le droit de récupérer deux enfants, âgés de 8 et 2 ans, nés d’un mariage précédent de Hanna avec un autre homme, « et restés en esclavage » au sein de la famille mise en cause. Après dénonciation le samedi 24 Novembre 2007, les accusés réfutent en bloc les faits. Menacés par le hakem et la gendarmerie locale, Hanna et son mari n’ont jamais obtenu gain de cause.

2. Habi mint Rabah et ses deux enfants. Le frère de Habi, Bilal ould Rabah, s’était libéré de ses maîtres et souhaitait la libération de sa sœur, encore esclave de ses anciens maîtres et victime de travaux forcés et d’abus sexuels, aux environs de Mederdra (Trarza), dans la localité de Eychaya. En Mars 2008, Habi mint Rabah, fut libérée grâce à l’intervention des organisations abolitionnistes. Le cas de Habi est d’autant plus marquant, dans l’étape importante de l’abolition de l’esclavage, que les autorités de la région, wali et gendarmerie notamment, furent accusées d’appuyer les activités esclavagistes des maîtres. Habi mint Rabah indiqua, elle-même, qu’elle avait subi une «certaine pression de son entourage et du wali, pour tenir un certain discours devant la presse et autre organisation ».

3. Aichetou mint M’bareck et ses huit enfants. Le Jeudi 30 Septembre 2010, des responsables d’IRA–Mauritanie reçoivent des renseignements de certains militants et sympathisants de leur organisation à Rosso qu’une jeune esclave du nom d’Aichetou mint M’bareck et ses deux filles, Moyna, 16 ans, et Mabrouka, 10 ans, ont subi des châtiments sauvages, d’un maitres d’esclaves, nommé Yedali ould Veyjeh. L’homme chapeaute l’ensemble tribal des Oulad Benioug. « Nos sources le qualifient », signale IRA-Mauritanie, « de violent et de méchant ». Dirigée par Biram Dah Abeid, une mission d’IRA saisit le wali (gouverneur de région) de Rosso qui charge le commissaire de police de la ville de diligenter une enquête. Celle-ci commence par l’arrestation de deux des présumés coupables, en l’occurrence, Yedali ould Veyjeh et sa soeur Feyliha ; les deux accusés avouent aux policiers, pendant leurs auditions du 03 Octobre 2010, qu’Aichetou et ses enfants : Moyna 19 ans (avec son bébé de 1 an et demi), Mabrouka, 15 ans, Tayvour et Mbi, 12 ans, Salma, 8 ans, Mama, 5 ans, Aminetou, 4 ans, Limam, 1 an et demi , sont leurs « esclaves par ascendance », qu’ils travaillent pour eux sans salaire, et qu’eux deux sont leurs tuteurs. Yedali ould Veyjeh est toujours libre et le dossier est toujours suspendu auprès de la justice mauritanienne.

4. Les fillettes Salma et Nana. Deux petites esclaves mineures, Salma mint Ahmed Kory, âgée de 9 ans, et Oum El Issa mint Salem, âgée de 15 ans, sont détenues par leur maîtresse, Oumlemnine mint Bakar Vall, objet du dossier N° 1442/2010, dont le procès se tient le 16/01/2011. Condamnée par la justice, Mint Bakar Vall est toujours en liberté.

5. La fillette Hasniya mint Bebbah. Le médecin Ahmed ould Mini, fonctionnaire au ministère de la Santé séquestrait et séquestre toujours, dans sa demeure à Arafat, la fillette Hasniya mint Bebe et le garçon Bougar ould Hawa, « ses esclaves par ascendance ». Une affaire qu’IRA-Mauritanie a introduite, par la voix légale, devant les autorités, le 27 Février 2011 et que la justice a toujours refusé de traiter, sur ordre du pouvoir politique.

6. M’barka mint Essatim. En Mars 2011, à Toujounine, les familles Ehel Bouh (Brahim Salem ould Bouh, Khoueïta mint Bouh), Fatma El Ghaya mint LehreyItani (mère de Brahim Salem, Khoueïta et Fadila mint Brahim Salem ould Bouh) et Ehel Lehreytani, reconnaissent avoir hérité, en propriétés, Mbarka mint Assatim et ses fillettes mineures (Douida, âgée de 7 ans, et Oueichita, 9 ans). Elles les font travailler comme des bêtes de somme, privant les filles de toute scolarité. M’barka dit avoir vécu un quotidien de viol, de violence physique et sexuelle, tout au long de sa vie d’esclave. Actuellement, elle vit libre, avec son mari et ses deux enfants mais sont tous les deux au chômage. L’époux se débrouille, de temps en temps, en faisant le taximan. La police judiciaire et le ministère public ont refusé de poursuivre les coupables par les textes en vigueur.

7. Enfant esclave chez Métou mint Abdallahi ould Abdel Nour. En Avril 2011, Métou mint Abdallahi ould Abdel Nour, Fatimetou mint Cheikh Seyidi et Salka mint Hamadi sont accusées de pratiques esclavagistes, présentées au Parquet, puis mises sous mandat de dépôt en prison. Avant d’être rapidement acquittées. IRA condamne l’implication du pouvoir dans le procès du mercredi 13 Avril 2011, où les trois présumés esclavagistes ont bénéficié d’un non-lieu, suite à de très fortes pressions tribales.

8. Zahra mint Taghi, orpheline de père et de mère, âgée de 16 ans, objet du dossier 363/2011.
9. Houeija mint Mohamed Lemine ould M’Bareck, âgée de 14 ans, objet du dossier 364/2011.
10. Salka mint Ahmed Zaid, âgée de 10 ans, objet du dossier 365/2011.
11. Aouichetou mint Hamadi. Le 03 Août 2011, les frères de madame Aicha mint Saibott, de la tribu Noghmach, accusée de pratiques esclavagiste sur la personne d’Aouichetou mint Hamadi, âgée de 10 ans, attaquent, vers une heure du matin, la brigade des mineurs où leur soeur est détenue. L’affaire avait été signalé, par la section IRA d’Arafat, quelques jours auparavant. Madame Saibott a été libérée et la petite Aouichetou jamais retrouvée.

12. Soueilim ould Koueiry. En Septembre 2011, les militants d’IRA-Mauritanie/Boutilimitt sont informés d’un cas d’esclavage sur le nommé Salem ould Koueiry dit Maouloud, âgé d’une cinquantaine d’années. Pour avoir refusé de conduire, seul, le bétail de ses présumé maîtres, vers la région du Brakna, Salem a été battu et blessé par Mohamed Vall ould Ahmedou, comptable à la Société Nationale des Hydrocarbures, et son cousin. Après une forte pression de la tribu Taguilalet, d’une partie de ses haratines et une enveloppe de 60 000 UM, Salem retire sa plainte. Démunis et ignorant totalement ses droits, Salem est dans l’incapacité de se défendre et de faire face à sa situation économique.

13. Rabi’a et ses sœurs. En Septembre 2011, madame Rabi’a est accusée de détenir en esclavage, chez elle, quatre filles et deux garçons dont le plus âgé a 20 ans. Devant le procureur de République de Nouadhibou, Rabi’a reconnaît détenir « ces esclaves qu’elle a hérité de ses parents ». Malgré cela, elle n’est pas inquiétée et reste libre de ses mouvements. Une plainte a pourtant été déposée contre elle.

14. Madame Riva’a mint M’Hamed, de la tribu Tekna, est accusée de détenir en esclavage chez elle quatre filles et deux garçons dont le plus âgé a 20 ans (les autres mineurs).

15. Affaire Ain Farba. En Janvier 2012, une délégation d'IRA-Mauritanie accompagne et assiste le jeune Mohamed Lemine ould Mbareck ould Laghdaf, pour l’aider à porter plainte, à la brigade de gendarmerie de Ain Farba (Hodh el Gharbi), contre Mohamed Nouh ould Khanvour, commerçant et éleveur, membre de l'ethnie arabo-berbère et son épouse Elettou mint El Ghardy. C’est cette famille de maîtres esclavagistes qui détient en esclavage, par héritage, les frères et sœurs de Mohamed Lemine. Ce dernier a pris gout à la liberté, grâce à un concours de circonstances particulier. Le chef de la gendarmerie d’Ain Farba, l’adjudant-chef Bouboutt Dieng, visiblement bien au fait de la composition et de l'objet de cette mission, reçoit très mal le plaignant, le traitant de menteur et d'escroc. Très remonté, il menace de le corriger sévèrement, ainsi que ses accompagnateurs. Ce cas avéré n’a jamais été traité par l’autorité et la justice.

16. M’barka mint Hmeida. Septembre 2011, M’barka mint Lekhweidem Aheimed, âgée d’environ 20 ans, fuit ses maîtres, dans la localité de Mbidane, à 45 kilomètres de Kaédi, où elle se réfugie, quelques semaines plus tard. Elle est l’esclave de la famille Ehl Amar, membre de la tribu Touabir. Mbarka ne possède aucun document d’état-civil mais, grâce au soutien du correspondant local d’IRA, décide de porter plainte contre ses exploiteurs qui l’empêchent de venir vivre avec sa mère, à Kaédi. Cette dernière, complice de Ehl Amar, la pousse à regagner Mbidane et continuer de les servir. Les autorités – ici Directeur régional de la Sûreté, procureur de la République, chef de brigade de gendarmerie – se déclarent territorialement incompétentes et renvoient la plaignante, le dimanche 18 Septembre 2011.

17. Moctar ould Bilal. Lundi 23 Janvier 2012, un garçon de 14 ans environ, dénommé Mokhtar ould Bilal, affirme sa volonté de porter plainte contre ses maîtres esclavagistes, Ehel Sidinna, et contre ses propres parents (son père et sa mère), pour leur connivence avec ces derniers. Considérant la gravité du cas qui repose sur les aveux irrévocables de la victime, IRA décide d’accompagner celle-ci pour déposer sa plainte. La victime est entendue à la brigade des mineurs en conflit avec la loi, en présence de l’avocat Maître Bah ould M’Bareck. Le jeune Mokhtar ould Bilal affirme avoir tenté de s’arracher de ses maîtres esclavagistes à deux reprises. Mais, à chaque fois, un de ses parents chez lequel il se réfugiait le leur remettait. Ainsi retournait-il, malgré lui, à l’enfer de la vie servile et coercitive. C’est pourquoi a-t-il, cette fois, préféré chercher refuge chez IRA-Toujounine, espérant son aide pour sortir définitivement du joug de l’esclavage et recouvrer, en conséquence, la plénitude de ses droits. Ironie du sort, l’enquête, qui prenait normalement son cours, a connu un sérieux revirement de situation suite à l’engagement du procureur à libérer, manu militari et contre toute attente, les quatre prévenus arrêtés. « Une décision à odeur de manipulation », commente IRA, « parti-pris et complot auxquels une certaine justice des segments de la féodalité et de l’esclavagisme à tous vents nous a toujours habitués ». Moctar se retrouve, comme les autres venus demander asile à l’organisation abolitionniste, à la charge de l’IRA et ne dispose d’aucune ressource.

18. Souadou. L’affaire de l’esclave Souadou, disparue dans des conditions non élucidées, aux environs de Wadane,  en Adrar, faisant peser lourdement les soupçons d’un suicide ou d’un présumé meurtre, pourra être, au rythme de la ferme volonté des abolitionnistes d’exiger la vérité, rien que la vérité ainsi que la justice, le déclic qui consacrera l’avènement d’une nouvelle de la dignité retrouvée des anciens asservis. Les activistes des droits de l’homme avancent que Souadou aurait été assassinée, par ses maîtres, dans la localité de « Hassi Etyour », près de« Legdeym », à 25 kilomètres de Wadane. Le procureur de la République près la Cour de la wilaya, monsieur Mohamed ould Bekar, a classé le dossier sans suite.

THIAM Mamadou,  assisté de B. TOURE

Dossier réalisé dans le cadre du Projet : « Liberté, droit et justice : combattre l’esclavage par ascendance en Mauritanie » du Département d’Etat des Etats-Unis.
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(1) et  (2) « Esclavage et discriminations en République Islamique de Mauritanie : braver le déni » Marie Foray, juriste.
(3) : Cour spécialisée de Néma, Dossier 110/2016, en appel – voir l’article d’El Kory Sneiba, http://lecalame.info/?q=node/4246 El Kory Sneïba
(4) Pièces fournies par IRA-Mauritanie


Communiqué UNE COORDINATION DES SECTIONS EUROPEENNES DE L’IRA EST LANCEE A BRUXELLES


Les 4 et 5 novembre, les sections européennes de l’IRA (Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste) se sont rencontrées à Bruxelles afin d’établir les bases d’une Coordination pour une action efficace, cohérente et consensuelle. Les sections européennes du mouvement anti-esclavagiste mauritanien ont ainsi acté et entériné la nomination, en juin dernier, par la Commission de Communication de l’IRA à Nouakchott, de Yacoub Diarra, Président de IRA Italie, au poste de Coordinateur européen. Les responsables des sections de France, Pays-Bas, Italie, Espagne et Belgique (*) ont donc échangé, durant deux jours, sur des questions relatives à l’information, la communication, le lobbying et les relations entre sections. Les sections britannique et allemande étaient partie prenante du projet mais n’ont pu se déplacer à Bruxelles aux dates proposées. Au niveau de chaque thème, des décisions ont été prises et des commissions installées. C’est ainsi qu’une newsletter trimestrielle sera éditée reprenant à la fois les informations pertinentes sur l’actualité en Mauritanie et sur les actions des différentes sections de l’IRA en Europe.

 Au niveau du lobbying, une commission est chargée de tenir à jour le calendrier des organisations internationales où le message de l’IRA peut être délivré, notamment au Conseil des Droits de l’Homme à Genève. Une commission finances a également été constituée afin de soumettre aux instances nationales et européennes les projets faisant l’objet de demandes de subventions. Un panel d’experts en la matière administrera, en toute transparence, les fonds alloués à la Coordination IRA Europe. Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste en Mauritanie COORDINATION IRA EUROPE La question de la candidature de Biram Dah Abeid à la présidentielle de 2019 en Mauritanie a également été au programme des discussions. A l’unanimité, les sections ont affirmé que le Président du mouvement de l’IRA se présentera au suffrage des Mauritaniens en tant que candidat indépendant, comme ce fut d’ailleurs le cas en 2014. Même s’il est clair qu’à titre individuel les militants de l’IRA, en Europe et ailleurs, supporteront la candidature de Biram Dah Abeid, les sections en tant que telles ne feront pas campagne et resteront dans leur rôle d’organisations de défense des droits humains, contre l’esclavage par ascendance, le racisme et l’injustice.

La pétition mondiale initiée par l’ONG FreedomUnited deux jours avant le colloque de Bruxelles a été l’occasion de rappeler le sort de deux militants mauritaniens du mouvement IRA toujours détenus dans une région désertique du pays, sans accès à leurs avocats ni à leurs proches. Moussa Bilal Biram et Abdellahi Matalla Saleck ont été arrêtés en juin 2016 et accusés de « rébellion, usage de la violence, attroupement armé et appartenance à une organisation non reconnue », motifs dénués de tout fondement https://www.freedomunited.org/advocate/justice-moussa-abdellahi/


Ces deux journées d’échanges et de partage entre les militants, Mauritaniens et Européens, d’horizons différents mais unis pour une même cause, laissent présager que leur message et leur action pour l’abolition effective de l’esclavage en Mauritanie, pour la lutte contre le racisme anti-noir qui en découle et pour la justice seront entendus par la communauté internationale. Le maintien d’un système esclavagiste, qu’il soit d’origine traditionnelle ou religieuse, est une honte au XXIème siècle et pour une République islamique de Mauritanie qui se prévaut du qualificatif de démocratique.



 La Coordination IRA Europe CONTACT : Yacoub Diarra diarrayacoub79@gmail.com +39 333 624 9147 Bruxelles, 8 novembre 2017 (*) 
IRA France, Président Jean Marc Pelenc 
IRA Pays-Bas, Président Harouna Sala 
IRA Italie, Président Yacoub Diarra 
IRA Espagne, Président Idelfonso Gomez 
IRA Belgique, Présidente Maryvonne Maes 
Coordinateur IRA pour les Canaries, Yenge Ould Mohamed Salem 
IRA Royaume Uni 
IRA Allemagne

Mauritanie. Il faut que la condamnation à mort d’un blogueur pour apostasie soit annulée

AMNESTY INTERNATIONAL
COMMUNIQUÉ DE PRESSE

AILRC-FR
Sous embargo jusqu’au 7 novembre 2017 à 00h01 TU

Mauritanie. Il faut que la condamnation à mort d’un blogueur pour apostasie soit annulée

Il faut que les autorités mauritaniennes libèrent immédiatement et sans condition le défenseur des droits humains Mohamed Mkhaïtir, condamné à mort pour avoir critiqué le fait que l’islam serve à justifier des pratiques discriminatoires à l’égard de minorités ethniques, a déclaré Amnesty International à la veille du procès en appel.

Mohamed Mkhaïtir, condamné à mort en décembre 2014 pour une publication « blasphématrice » sur Facebook, comparaîtra pour la deuxième fois devant la cour d’appel de Nouadhibou, dans le nord-ouest de la Mauritanie, ce mercredi 8 novembre.

« Cette affaire est absurde et constitue un véritable revers pour la liberté d’expression, dans un pays qui n’a pas infligé de châtiment pour apostasie en plus de 50 années d’indépendance, a déclaré Kiné-Fatim Diop, chargée de campagne pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

« Mohamed Mkhaïtir est un prisonnier d’opinion, détenu depuis trois ans pour le simple fait d’avoir exercé son droit à la liberté d’expression et de s’être opposé à la discrimination. Sa scandaleuse condamnation à mort doit être annulée et il doit être remis immédiatement en liberté, sans condition. »

En décembre 2013, Mohamed Mkhaïtir a diffusé sur Facebook un billet intitulé La religion, la religiosité et les forgerons, dans lequel il condamnait le recours à la religion pour justifier des pratiques discriminatoires à l’égard de la caste des forgerons, à laquelle il s’identifie. À la suite de cette publication, il a reçu des appels téléphoniques de menace l’accusant de blasphème. Le billet a été repris par plusieurs sites Internet avant d’être supprimé.

Mohamed Mkhaïtir a rédigé un deuxième texte expliquant que son article visait à dénoncer les personnes qui invoquent la religion pour rabaisser des membres de castes inférieures.  Des milliers de manifestants ont investi les rues de plusieurs villes, notamment Nouadhibou et Nouakchott, la capitale, pour demander la condamnation à mort de Mohamed Mkhaïtir.

Le blogueur a été arrêté le 5 janvier 2014 et inculpé d’apostasie. Au cours des six premiers mois de sa détention, il a été maintenu à l’isolement dans une cellule dépourvue de toilettes et de douche.

À son procès, il s’est repenti en public, déclarant qu’il n’avait pas eu l’intention de parler avec légèreté du prophète Mahomet dans ses écrits. Il a été déclaré coupable et condamné à mort le 25 décembre 2014. En avril 2016, la cour d’appel de Nouadhibou a confirmé la peine et renvoyé l’affaire devant la Cour suprême afin que celle-ci évalue la véracité de la repentance. La Cour suprême a annulé la décision et renvoyé l’affaire devant la cour d’appel de Nouadhibou.

« Cette condamnation à mort va totalement à l’encontre des obligations de la Mauritanie aux termes du droit international relatif aux droits humains, en particulier de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, à laquelle elle est partie, a déclaré Kiné-Fatim Diop.

« Il faut que les autorités libèrent Mohamed Mkhaïtir sans délai et mettent fin aux poursuites grotesques dont il fait l’objet, qui sont néfastes à sa santé et à sa vie. »


Mauritanie : Annuler la condamnation à mort du blogueur Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir


Le blogueur mauritanien Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir.
 
© Privé
Mauritanie : Annuler la condamnation à mort du blogueur Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir
La Cour d’appel doit se prononcer sur le jugement lié à des poursuites pour apostasie
La Cour d’appel doit se prononcer sur le jugement lié à des poursuites pour apostasienis) - Les autorités mauritaniennes devraient annuler la condamnation à mort du blogueur mauritanien Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir et abandonner toutes les accusations portées à son encontre en violation de la liberté d'expression, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. La Cour d'appel de Nouadhibou doit réexaminer l'affaire le 8 novembre 2017.
Les procureurs ont engagé des poursuites pour apostasie contre Mkhaitir après la publication en ligne, en janvier 2014, d'un article qui dénonçait l'usage de la religion pour légitimer la discrimination ethnique et de caste en Mauritanie. En janvier, après trois ans de procédure judiciaire, la Cour suprême de Mauritanie a cassé une décision de la Cour d'appel qui confirmait la condamnation à mort du blogueur, et a renvoyé l'affaire devant un nouveau collège de magistrats pour qu’elle soit réexaminée.
 « La Mauritanie ne devrait accuser personne d’“apostasie”, et encore moins condamner un blogueur à mort pour une accusation aussi absurde basée sur un article qu'il a écrit », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord. « C'est une bonne chose que la Cour d'appel réexamine cette affaire, mais Mkhaitir n'aurait initialement jamais dû être accusé. »
Lors d’une réunion à Nouakchott le 19 octobre, Human Rights Watch a fait part au ministre de la Justice Mohamed Ould Daddah de ses inquiétudes au sujet des poursuites contre Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir, de la longueur de la procédure à son encontre et du caractère extrême de sa condamnation pour un simple délit d’expression. « Mkhaitir est en droit de recevoir un procès équitable qui respecte nos engagements internationaux », a déclaré le ministre à Human Rights Watch. « J’espère qu’il sera jugé d’ici la fin de l’année. »
Cela fait presque quatre ans que les autorités mauritaniennes ont arrêté Mkhaitir après que le site d’information mauritanien Aqlame a publié son article sur la marginalisation de certains groupes en Mauritanie. Il a passé 12 mois en détention préventive et un tribunal l’a condamné à mort en décembre 2014 pour avoir « parlé avec légèreté » du Prophète, et pour hérésie.

En 2016, la Cour d’appel de Nouadhibou a réduit les chefs d’accusation qui pesaient contre lui d’« apostasie » (« zendagha ») à « mécréance » (« ridda »), tout en maintenant la peine de mort. La défense a introduit un pourvoi en cassation devant la Cour suprême de Mauritanie, qui a cassé la décision du tribunal le 31 janvier 2017, et renvoyé l’affaire devant un nouveau panel de juges du même tribunal pour une nouvelle audience.

Certains activistes mauritaniens ont noté une vague de protestations, pour des raisons religieuses, au sujet de cet article. Ces deux dernières années et demie, des milliers de manifestants se sont rassemblés à plusieurs reprises pour demander l’exécution de Mkhaitir. Le 3 novembre, Mohamed Diop, journaliste de l’agence de presse mauritanienne Alakhbar, a rapporté que les autorités de police avaient empêché des manifestants appelant à l’exécution de Mkhaitir de marcher dans les rues de Nouakchott, et arrêté quatre d’entre eux.

Des défenseurs mauritaniens des droits humains qui ont publiquement soutenu Mkhaitir ont reçu des menaces de mort, a déclaré à Human Rights Watch Aminetou Mint Ely, une importante activiste engagée dans la défense des droits des femmes. En décembre 2016, les parents de Mkhaitir ont fui le pays et demandé l’asile en France en déclarant qu’ils ne pouvaient plus vivre en Mauritanie du fait des menaces permanentes dont ils faisaient l’objet.

Les poursuites engagées contre Mkhaitir du fait de ses écrits violent les garanties de droit international qui protègent la liberté d’expression, telles que celles consacrées par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel la Mauritanie est partie depuis 2004. La constitution mauritanienne garantit la liberté d’opinion, de pensée et d’expression. La restriction à la liberté d’expression, notamment les poursuites pénales, ne devraient être utilisées qu’en dernier recours, pour une raison justifiable, lorsque la loi est clairement définie, et de manière proportionnée. Étant donné que les mots de Mkhaitir ne pouvaient être interprétés comme une incitation à la haine ou à la violence, ils n’auraient jamais dû faire l’objet de poursuites.

En vertu des normes des droits humains sur le droit à la vie, suivies par les Nations Unies et en vigueur en Afrique, les États sont encouragés à abolir la peine de mort et, dans les Etats qui ne l’ont pas fait, à s’assurer que celle-ci ne s’applique qu’aux crimes les plus graves et seulement à l’issue d’un procès équitable. La Commission africaine des Droits de l’homme et des Peuples a déclaré : « Il est essentiel que, dans les États qui n’ont pas encore aboli la peine de mort, celle-ci ne soit utilisée que pour les crimes les plus graves –compris comme étant ceux qui sont commis dans l’intention de tuer. »

Les procureurs mauritaniens devraient abandonner toutes les poursuites contre Mkhaitir, a déclaré Human Rights Watch, et les députés mauritaniens abroger les dispositions du code pénal qui violent la liberté d’expression, y compris l’article 306, qui prévoit la peine de mort pour apostasie.

vendredi 3 novembre 2017

L’écrivaine Vanina Raliterason consacre un livre sur Biram Dah Abeid président des réseaux IRA-Mauritanie dans le monde.

Apres les prix internationaux, voila le chapitre  d'ouvrage littéraire. L’invitation est lancée sur un poster, rendez vous, le 11 novembre 2017, de 14h à 18h,  l’adresse  suivante: 10 cité Joly 75011 Paris ;  en collaboration avec l’Association Mémoire Soldats Coloniaux, il sera présenté au public le livre «   LA LIBERTÉ IMMÉDIATE », qui est consacré sur  Biram Dah Abeid, "l’enfant du pays, petit fils d’esclave."

« Mon ouvrage, La Liberté Immédiate, est et sera un appui de plus pour Biram Dah Abeid. Il retrace sa vie de combattant dès son enfance où il consacra ses études au combat contre l'esclavage et l'inégalité  en Mauritanie. Il créa son mouvement IRA Mauritanie avec ses amis, qui leurs valût et à beaucoup d’autres de la prison. Il s’est vu récompensé à plusieurs reprises de divers prix dans le monde pour son combat. Je vous donne rendez-vous le 11 novembre pour la présentation de cet ouvrage. Tous ensembles pour vaincre l'esclavage et l'inégalité des communautés noires dans le monde. » Nous a écrit l'auteur du livre, Mme Vanina Raliterason

Soyez au rendez-vous


Diko Hanoune 

jeudi 2 novembre 2017

Quelle valeur comptons nous attribuer à l'esclavagisme statutaire dans la vie sociale soninkée en 2017 ?

Non , je n'exagère pas, aujourd'hui certains milieux dans la communauté soninkée veulent célébrer et primer celui qui se dit Komé (esclave) dans une insouciance puérile et étrange. La stratification sociale soninkée qui assigne hermétiquement les différentes entités sociétales, est régie par un certain ordre régalien qui allie féodalisme et esclavagisme statutaire. Ce type de régulation de la cité soninkée représente une fierté transcendant le Temps et l'Espace selon un imaginaire collectif perçu comme légendaire et immuable pour certains. Dans cet imaginaire collectif, on y a construit et promu  la conscience de l'esclavagisme statutaire. Ainsi la caste sociale esclave reléguée au bas de la pyramide sociale s'est vue attribuer une certaine valorisation foncièrement inhibitrice. Aujourd'hui nous pouvons recueillir des témoignages qui décrivent les mentalités conditionnées parmi les esclaves d'hier. Par exemple certains sous l'ordre féodalo-esclavagiste de leurs maîtres, faisaient durement la police sur leurs semblables de statut. On rapporte même que certains esclaves sous couvert  pouvaient se substituer à leurs maîtres qui commettaient certains actes déshonorants au sein de la communauté.

Ce conditionnement de l'esclave dompté relève d'un certain génie porté par une tromperie évidente qui biaise la notion de la DIGNITÉ INTRINSÈQUE propre à L'HOMME. L'homme esclave statutaire soninké ne croyait qu'à une dignité très relative humainement et ne percevait la notion du BIEN qu'à partir d'une compréhension exclusive et étroite  de son maître représentant un pilier de la norme sociétale en vigueur. Aujourd'hui ce régime jadis très structuré et efficace pour la domination esclavagiste, s'est muté en rapports sociétaux entre les descendants d'anciens maîtres et ceux d'anciens esclaves.

C'est le lien social appelé LADALAMAXU par lequel l'esclave statutaire accepte et s'accepte explicitement  comme faisant partie de l'héritage symbolique d'une famille féodale bien identifiée. C'est ainsi que la « personnalité esclave » se forme à travers  des rapports sociétaux qui structurent un certain VIVRE SONINKÉ. La « personnalité esclave » est valorisée au sein du système des castes par l'accomplissement de certaines fonctions sociales pourtant  peu enviables au fond. L'appellation Komé est aussi très connotée d'une manière péjorative dans le discours commun soninké. Tout ce qui peut être peu réfléchi, brut, léger, distordu, sans réserve et peu prévenant sur le plan comportemental serait le propre du Komé. Un type de bonne naissance dirait ouvertement à son enfant qui agit mal ; même un Komé ne ferait pas cela ou ceci. En dépit de cette figure mesquine et peu reluisante qu’incarne le Komé idéalisé, on voudrait lui attribuer une autre « facette honorable » au nom d'un certain utilitarisme sociétal. En effet lors des certaines cérémonies coutumières, la présence remarquée des komos fait partie d’un mouvement d'ensemble organisationnel qui donne sens. Ainsi le Komé n’est plus connoté comme le brut mais le digne héritier qui assume fièrement son statut d’assigné esclave.

Il fait volontiers  de cette assignation sociétale une source d'amitiés circonstancielles, d'honneur superficiel et des petits soins très intéressés. Cet élément esclave statutaire qui s'affiche est très prisé par certains milieux de la société qui sont étrangement nostalgiques d'une noblesse paraissant conditionnée nécessairement  à l'entretien d'un subalterne.

Ce qui est frappant et interpelle tout observateur attentionné, c’est d'entendre certaines voix dire que l'état d'esclave (komaxu) est une affaire de comportements malsains mais dans un autre registre elles veulent  louer et célébrer le mérite social de celui qui se proclame esclave statutaire. Pire,  ce paradoxe s'amplifie même quand ceux qui refusent l'appellation connotée ou l'assignation statutaire, sont considérés comme d'éléments nuisibles à la supposée bonne tenue de la communauté. Par les temps qui courent, la tendance balance vers une reconsidération du langage commun autour de ce mot Komé très diversement SENSÉ selon les occurrences. Se proclamer esclave statutaire aujourd'hui doit choquer toutes les consciences progressistes dans nos communautés.

 L'esclavagisme pratiqué comme par statut social ne peut être assimilé à une quelconque valeur sociale pour une société éveillée et digne ayant une haute idée philosophique de l'Humain. Certains parmi nous doivent apprendre à s'intéresser davantage à la valeur de l'HOMME en tant qu'Être DIGNE par essence au lieu de spéculer hâtivement par des constructions sociétales qui pourrissent nos mentalités. L'engagement pacifique abolitionniste dans les communautés soninkées, se doit d'être imaginatif afin de convaincre les masses populaires qu'il n'y a pas pire perturbateurs dans la société soninkée que celui (personnalité esclave) qui s'assigne comme esclave statutaire et celui (esclavagiste mental) qui assigne l'autre comme esclave. D'un élan sincère de sensibilisation et d'éveil, on y arrivera TOUS inshAllah.


Kundu Sumaare