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mardi 11 octobre 2016

Et si on parlait du « dialogue national exclusif »/ Kadiata Malick Diallo ex-députée de l’UFP




Je comprends que beaucoup d’amis soient gênés par le débat que Kaaw Touré a lancé sur la toile depuis bientôt une semaine et souhaitent qu’il puisse s’arrêter. Je pouvais les satisfaire en m’abstenant de réagir à son posting mais il est allé tellement loin dans ses accusations et attaques que je ne peux pas me taire et je m’excuse d’avance au près de tous ceux que ça dérange à commencer par Abdoulaye Sangott, Bocar Amadou Ba et même Gourmo LÔ. Kaaw Touré explique ses publications par la réaction de Ould Bédredine sur le site taqadoumy et repris par d’autres médias sur le fameux dialogue « national » et « inclusif ». Kaaw Touré (et les FPC) aurait pu ne pas se sentir concerné par les propos de Bédredine (« cocos » comme il l’appelle reprenant ainsi les attaques des services de renseignements de Moctar Ould Daddah qui voulant griller les jeunes kadihines qui les avaient acculés dans les années 90 les taxaient d’être communistes). 


En effet cette déclaration a été faite le jour même de l’ouverture du dialogue c'est-à-dire avant que le Président des FPC ne tienne sa conférence de presse pour annoncer sa décision d’y participer, prenant le train en marche. Pourquoi Kaaw Touré n’a pas circonscris le débat au dialogue source de controverse au lieu de déterrer la hache de guerre que lui et certains de ses amis n’avaient pas à proprement parler enterrée (ils n’ont jamais fait une émission sans s’attaquer au MND et à l’UFP) ? Était-il difficile pour lui de justifier leur participation à un dialogue avec un pouvoir qui ne les reconnait même pas en tant que parti politique constitué depuis trois ans et pour lequel nous avons protesté en tant qu’UFP pour sa non reconnaissance ? Peut-il nous dire quels sont les résultats prévisibles de ce dialogue par rapport aux préoccupations majeures telles que le rétablissement de la justice pour les victimes?


S’il ne fait aucun doute que Maaouya est responsable des violations graves des droits de l’Homme dans ce pays, il est aussi certain que c’est Ould Abdel Aziz qui constitue aujourd’hui l’obstacle au lancement du processus de la justice, lui qui a fait signer aux veuves le renoncement à la justice et qui a déclaré le 28 novembre 2015 que le dossier du passif humanitaire est définitivement clos. C’est lui qui poursuit la politique d’exclusion systématique. Nous avons entendu les réactions de protestation de plusieurs partis de l’opposition et personnalités indépendantes (et même la grogne dans certains cercles du pouvoir) par rapport aux déclarations du porte-parole du gouvernement et au document de l’UPR sur le déverrouillage de la constitution, devenu le thème majeur du dialogue. Mais les représentants des FPC sont peut-être dans un autre dialogue. Certes nous voyons sur Facebook les déclarations courageuses d’un tel ou d’un tel, mais ce qu’on attend d’un dialogue, c’est plus un résultat que l’audace de dire ce qu’on veut et qu’on disait d’ailleurs tout le temps et à toutes les occasions. Comment pourrait-on tirer de conclusions dans cette cacophonie du palais des congrès, à moins que le centre de décision ne soit ailleurs ? 


Kaaw Touré nous accuse d’être responsables de l’exécution des 3 officiers négro-africains en 1987(qu’ils reposent en paix)en interprétant à sa guise la déclaration du MND, mettant en exergue les passages qui semblent l’arranger et se taisant sur ceux qui le dérange. Il nous interpelle par rapport aux déportations, aux massacres de 1990-1991 et sur ce que nous avons fait. J’aurais pu me suffire de la réaction de Lo Gourmo Abdoul que je vais partager après, mais il me parait nécessaire de rappeler des faits concrets que Kaaw Touré ignore ou feint d’ignorer en se bombant le torse pour dire que leurs rangs s’élargissent pendant que les nôtres s’éclaircissent. Pourquoi nous avons pu les détrôner de la direction de l’ARPRIM, principale organisation des masses haal pulaar’en et ce depuis son premier congrès en 1980 ? Pourquoi nos amis du FRUIDEM les ont battus au congrès des réfugiés mauritaniens au Sénégal, à Ourossogui en 91, obligés qu’ils étaient de menacer d’utiliser la violence avant de provoquer la scission ? Parce que les populations noires de Mauritanie ont plus confiance en nous qu’en eux. Pourquoi ont-ils organisé un attentat, qui a échoué, contre nos camarades Ba Moussa Sidi et Ba Abou M’Barom dans le camp des réfugiés à N’Dioum? Parce qu’ils venaient de vous reprendre le terrain. En 1989, pendant la période chaude, nous avons organisé des groupes d’auto-défense que nous appelions les GAD (pour les noirs) et des groupes de Sécurité appelés GS exclusivement composés de maures pour secourir les négro-africains en danger dans les villes de Nouakchott et Nouadhibou.


A l’intérieur, particulièrement dans la zone de l’Aftout (les zones de M’Bout, de Barkéol) nos camarades se sont partout opposés aux hordes lancées par Maaouya et ont pu sauver des concitoyens et leur cheptel au risque de leur vie. Bien sûr que nos forces étaient très faibles par rapport à la machine de Maaouya mais nous l’avons fait quand même. Bien sûr que Kaaw Touré ne pouvait pas le savoir parce qu’il n’était plus là. 


Qui a lancé le premier avertissement sur les massacres de 1990-1991 ? C’est Mohamed Ould Maouloud et ses amis en France, qui a contacté les rescapés juste à leur libération avec les plaies encore saignantes et qui a recueilli leurs témoignages ? Nous étions les premiers. 
Qui a mobilisé les veuves alors même qu’elles avaient encore peur de pleurer leurs maris ? Qui est ce qui a rédigé leur première déclaration et les suivantes ? 


Qui les a guidées dans toutes leurs manifestations de rue et devant les différents états major et à l’Assemblée nationale lors du vote de la loi d’amnistie jusque dans l’hémicycle et qui a amené Aissata Oumar (mère des deux soldats tués Ibrahima et Oumar Demba)à l’hôpital pour se faire plâtrer son bras cassé ce jour ? 
Qui a fait la collection des photos des disparus avec les commentaires et qui ont fini par tomber entre les mains des amis de Kaaw Touré en Europe et qu’ils exploitent jusqu’à présent dans leur site et pour toutes leurs manifestations ? Posez toutes ces questions aux veuves, vous aurez les réponses. Nous étions la force principale ! 


Qui a écrit la première lettre ouverte à Maaouya réclamant une enquête indépendante sur ce qui s’est passé ? C’est feu Mohamed Mahmoud ould Mohamed Radhy alors militant du MND et Secrétaire général de la seule centrale syndicale l’UTM, avant les lettres des 50, 150 et 400. Oui tout cela est négligeable par rapport à vos communiqués incendiaires Kaaw, mais pour des gens que vous accusez d’être des collaborateurs de Ould Taya, c’est quand même quelque chose. 


Vous dites que nous avons dialogué avec le sanguinaire ould Taya. On dialogue le plus souvent avec des sanguinaires parce que ce sont eux nos ennemis (C’est Nelson Mandela qui nous a donné la leçon en dialoguant avec Peter Botha d’abord et Frederik de Clerk ensuite). Demandez-nous les résultats de notre dialogue. Ils étaient bien maigres, mais il y a eu résultat quand même qui a permis à l’opposition pour la première dans l’histoire de la Mauritanie d’avoir un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale avec des élections un peu correctes. Il n’était pas question pour nous de trouver une solution au passif humanitaire avec Maaouya, c’était impossible.


Quant au dialogue actuel, on peut considérer déjà qu’il a échoué parce qu’on le voulait inclusif, des franges importantes de l’opposition n’y ont pas pris part en plus du fait qu’il fait planer des menaces dangereuses sur la stabilité du pays. Je m’excuse encore une fois auprès des amis de facebook et d’ailleurs mais il fallait que je réagisse. Yo allah danndam e bone Kaaw Tuure, Maawiyya noon e fosin mum Mohamed Abdel Aziz, mbeɗe felliti haɓde e mum haa ɗo doole am kaaɗi.



Kadiata Malick Diallo via facebook

Communiqué de presse: IRA de nouveau dans la rue pour dénoncer l’arrestation de ses dirigeants et leur transfèrement à Zoueirat


INITIATIVE DE RESURGENCE DU MOUVEMENT ABOLITIONNISTE



Communiqué de presse

IRA de  nouveau dans la rue pour dénoncer l’arrestation de ses dirigeants et leur transfèrement à Zoueirat



L’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) a organisé, ce lundi 10 octobre 2016, une marche de protestation qui a relié le Carrefour de la Polyclinique, situé au cœur de la Capitale, au siège des Nations Unies. Cette marche c’est fixé comme objectifs de fustiger les condamnations iniques et abusives dont sont l’objet ses cadres et dirigeants et pour dénoncer leur transfèrement    honteux et extrajudiciaire vers la prison de Zoueirat pour les éloigner le plus possible de leurs avocats, de leurs médecins traitants et de leur famille.



Mais, comme attendu, la police, dans ses deux composantes politiques et en tenue, s’est donnée à cœur joie usant et abusant de tous les moyens de répression contre les manifestants. Grenades à déflagrations, grenades lacrymogènes, matraques et gourdins mal dégrossis se sont abattus sur des militants pacifiques qui furent piétinés à même le sol. Nombreux ceux qui sont tombés dans le coma. C’est le cas du dirigeant d’IRA, El hadj Ould ELiid qui se trouve dans un état critique. On compte trois arrestations qui concernent Okya Diallo, Chaarawi Abbas et Kaw Lo dont on est toujours sans nouvelles.

Mais, en dépit de cette sauvagerie organisée, la marche a fini par atteindre les bâtiments des Nations Unies devant lesquels les militants, à gorges déployées, ont scandé à tue-tête les slogans dénonçant l’injustice, l’ostracisme, la marginalisation et le musèlement dont sont victimes tous les opposants à ce régime et plus particulièrement les militants d’IRA. Ils ont aussi dénoncé le verdict infondé et contraire aux lois et à nos convenances islamiques au nom duquel les cadres d’IRA ont été bannis vers la prison de Zoueirat.

L’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste, tout en adressant ses vibrants encouragements et ses chaudes félicitations à ses militants pour leur courage et leur responsabilité, tient à affirmer :



Son refus du verdict injuste et inhumain qui condamne ses 13 militants et exige son abrogation et la libération sans délai ni conditions de ses détenus et de l’ensemble des prisonniers d’opinion membres d’autres organisations victimes, eux aussi, du totalitarisme  de ce régime. Son opposition au bannissement des prisonniers et à leur éloignement de leur famille, de leurs avocats et de leurs médecins ;

Son appel, lancé à ses militants et sympathisants, pour rester mobilisés et redoubler de formes de protestations et de luttes pacifiques et ce jusqu’à l’élargissement de nos militants dont le seul crime est d’avoir dénoncé l’esclavage, le racisme, la ségrégation et toutes les formes de l’injustice ;



Son exhortation à l’adresse de toutes les forces mauritaniennes et étrangères pour se lever contre ce régime qui viole les lois nationales et les accords internationaux, pratique le racisme d’Etat au grand jour contre les Noirs en général et les H’ratin en particulier. Les arrestations d’aujourd’hui, qui ont visé les ressortissants d’une seule ethnie (Pulaar), en dépit de la grande diversité des manifestants, en est une preuve supplémentaire.



Le bureau Exécutif                                                  Nouakchott le 10 octobre 2016


La police réprime la marche de IRA [PhotoReportage]

 








vendredi 7 octobre 2016

Alkarama fondation : M. Michel Forst Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme Haut Commissariat aux droits de l’homme


Alkarama fondation : M. Michel Forst Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme Haut Commissariat aux droits de l’homme Office des Nations Unies à Genève 8-14 Avenue de la Paix 1211 Genève 10





Copie à :          Rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage, y compris leurs causes et conséquences ; Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants

Genève, le 3 octobre 2016



Informations de suivi : Mauritanie – Arrestations, détentions arbitraires et torture de défenseurs des droits de l’homme



Réf. Alk :      2016-148 ; 2016-149-150 ; 2016/155-162 ; 2016-167



Monsieur le Rapporteur spécial,

Nous avons l’honneur de porter à votre attention de nouvelles informations concernant MM. Amadou Tidjane Diop, Balla Touré, Hamady Lehbouss, Ahmed Amarvall, Khattry M’Bareck, Mohamed Daty, Jemal Beylil, Ousmane Anne, Ousmane Lô, Abdallahi Matallah Seck, Moussa Biram, Abdallahi Abou Diop et Mohamed Jaroullah, militants au sein de l’ONG « Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste » (IRA), une organisation de lutte contre l’esclavage. A la suite d’affrontements survenus le 29 juin dernier lors de l’expulsion des habitants d’un bidonville dans les environs de Nouakchott, les activistes de l’IRA, pourtant absents du rassemblement, avaient été arrêtés, et sont toujours détenus arbitrairement depuis le 30 juin 2016.



Pour cette raison, une communication urgente vous avait été adressée par Alkarama le 21 juillet 2016, afin d’appeler les autorités mauritaniennes à abandonner les poursuites à leur encontre et à les libérer immédiatement. Depuis, ces activistes ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement, allant de trois à quinze ans.



Procédure devant la Cour criminelle



Dans cette affaire, le parquet a saisi la Cour criminelle sur la base d’une procédure de « flagrant délit ». Pourtant, les 14 prévenus avaient tous été interpellés à leurs domiciles ou sur leurs lieux de travail dans les jours qui ont suivi le rassemblement au cours duquel les violences reprochées auraient été commises ; aucun d’entre eux n’a été arrêté sur les lieux de la manifestation. M. Mohamed Jaroullah était d’ailleurs hors du pays le 29 juin et n’est rentré à Nouakchott que le 1er juillet 2016. Les avocats de la défense ont soulevé de nombreuses irrégularités et également souligné que l’enquête ne présentait pas des garanties d’indépendance suffisantes, dans la mesure où la police, impliquée dans la confrontation survenue le 29 juin 2016 et partie civile au procès, avait été seule en charge de la conduire.  


Le procès des militants de l’IRA s’est tenu devant la Cour criminelle de Nouakchott du 3 au 18 août 2016. A la suite d’un premier renvoi, la date de la deuxième audience a été fixée au 9 août ; ce jour-là, la police a fait un usage excessif de la force à l’encontre des personnes venues assister à l’audience, dont les membres des familles des prévenus. Nous rappelons que la conduite d’un procès équitable implique que les audiences soient publiques et que pèse sur l’Etat l’obligation positive de fournir les moyens matériels permettant aux personnes intéressées d’y assister. Une telle exclusion du public est par conséquent incompatible avec la notion de procès équitable.



Le 10 août, ces personnes ont finalement été autorisées à assister au procès. Au cours de cette audience, les avocats de la défense ont été insultés et intimidés en public par un officier de police, privés du droit de prendre la parole depuis l’estrade ou de s’approcher du président, si bien qu’ils n’ont pu ni contester les éléments à charge ni, durant leurs plaidoiries, transmettre aux magistrats les pièces étayant leurs arguments. Dans ces conditions, le principe d’égalité des armes n’a pas été respecté. Face aux allégations de torture des prévenus, le tribunal s’est déclaré incompétent pour ordonner une enquête sur ces actes, en violation de la loi n° 049-15 sur la torture qui oblige les juridictions nationales à se prononcer immédiatement sur de telles plaintes et d’écarter les moyens de preuve obtenus sous la torture.



Au cours du procès, les prévenus ont demandé au collectif d’avocats de la défense de se retirer afin de protester contre ces irrégularités ainsi que contre le refus du tribunal de tenir compte des allégations de torture. Ils ont adressé au président de la Cour criminelle de Nouakchott une lettre expliquant les raisons de ce retrait, ainsi que leur intention de refuser d’être défendu par tout avocat commis d’office (annexe).



Condamnation à de lourdes peines de prison



Le 18 août 2016, les activistes de l'IRA ont été condamnés à de lourdes peines de prison par la Cour criminelle de Nouakchott, sur la seule base d’aveux obtenus sous la torture et en dépit des allégations de torture portées à la connaissance du tribunal par les prévenus et leurs avocats.



Amadou Tidjane Diop, vice-président de l’IRA, ainsi que Moussa Biram, Abdallahi Matallah Seck et Abdallahi Abou Diop, ont été condamnés à 15 ans de réclusion pour attroupement armé (art. 101 à 105 du Code pénal), violences à l’égard d’agents de la force publique (art. 213 du CP), rébellion (art. 191 du CP) et appartenance à une organisation non enregistrée (art. 3 et 8 de la loi de 1964 sur les associations).



MM. Balla Touré, secrétaire aux relations extérieures, et Hamady Lehbouss, chargé de communication, ont tous deux été condamnés à cinq ans d’emprisonnement pour provocation directe d’attroupement armé (art. 104-2 du CP) et administration d’une organisation non autorisée (articles 3 et 8 de la loi de 1964 sur les associations).



Ahmed Amarvall, Khattry M’Bareck, Mohamed Daty, Jemal Beylil, Ousmane Anne, Ousmane Lô et Mohamed Jaroullah ont été punis de trois ans d’emprisonnement pour gestion d’une organisation non enregistrée (articles 3 et 8 de la loi de 1964 sur les associations). A l’issue du procès, les membres de l’IRA sont restés détenus à la maison d’arrêt de Dar Naïm.

MM. Abdallahi Matallah Seck et Moussa Biram présentent des lésions aux mains, séquelles visibles des actes de torture physique subis depuis la période d’interrogatoire et souffrent de paresthésie et de dysesthésie en raison des violences physiques exercées sur eux (voir certificats médicaux produits en annexe). Selon leurs avocats, les détenus se sont vus régulièrement refuser l’accès à un médecin ainsi qu’à leurs dossiers médicaux respectifs par la direction de la maison d’arrêt de Dar Naïm.



Nous avons par ailleurs reçu des informations crédibles selon lesquelles les autorités mauritaniennes auraient pris la décision de transférer les militants de l’IRA vers un lieu de détention isolé et difficilement accessible. Le transfèrement a de fait été effectué le 28 septembre 2016 vers la prison de Zerouate, à 766 km de Nouakchott, alors même que la Cour suprême avait décidé que les détenus seraient transférés vers Nouadhibou, plus proche de la capitale et plus accessible aux avocats et aux familles. Jusqu’au dernier moment, les détenus ignoraient vers quelle prison ils seraient emmenés.



Nous craignons que cette décision ne s’inscrive dans une stratégie visant à priver ces militants de tout contact avec leurs proches et leurs avocats pour préparer leur procès à venir. Ces transfèrements auront en effet pour conséquence directe l’impossibilité pour les détenus, de communiquer avec leurs avocats et les membres de leurs familles. Cela entravera également leur droit d’accès à des soins médicaux appropriés, déjà largement bafoué depuis le début de la procédure. En particulier, M. Amadou Tidjane Diop souffre d’une pathologie cardiovasculaire grave, qui nécessite un suivi strict.



Le procès en appel devrait débuter le 20 octobre 2016.



Enfin, durant l’enquête, des membres du Mécanisme national de prévention de la torture (MNP) institué par la loi 034/2015 avaient sollicité la direction régionale de la sûreté de Nouakchott, puis le Procureur de Nouakchott Ouest, l’autorisation de visiter les lieux de détention des prévenus, conformément à leur mandat ; les autorités n’avaient alors donné aucune suite à leurs requêtes. Nous craignons que le transfèrement des militants de l’IRA vers des lieux isolés n’ait également pour but d’empêcher le MNP d’accéder à ces détenus.



Requêtes



Nous vous saurions particulièrement gré, dans ces conditions, de bien vouloir examiner en urgence leur situation et d’enjoindre aux autorités mauritaniennes de libérer sans délai ces 14 détenus, conduire une enquête indépendante et impartiale sur les actes de torture subis depuis leur arrestation, prendre les mesures nécessaires pour garantir la non-répétition de tels actes et permettre aux membres du Mécanisme national de prévention (MNP) d’avoir accès à leurs lieux de détention et de s’entretenir avec eux.



Nous avons donc l’honneur de vous soumettre la présente situation et vous prions, Monsieur le Rapporteur spécial, de croire à notre haute considération.


Me Rachid Mesli
Directeur juridique



Annexe : Affaire n° 558/2016
A Monsieur le président de la cour pénale
Objet: Pour expliquer notre attitude
              
Monsieur le Président
Nous, soussignés, prisonniers d'opinion abolitionnistes souhaitons porter à la connaissance de l'honorable cour les multiples violations qui ont émaillé le déroulé de ce procès et les conséquences qui en découlent:

1- Monsieur le Président, nous sommes à l'origine du retrait du Collectif d'avocats qui assurent notre défense. C'est bien nous qui leur avons demandé de ne pas nous défendre si la loi n'était pas respectée. Or l'article 278 du code de procédures pénales a été clairement violé. Nous ne craignons absolument pas le visionnage de ce grossier montage mais tenons à ce que la loi, toute la loi et rien que la loi soit respectée;

2- Sachez, Monsieur le Président, que tout autre avocat qui ne respecte notre volonté exprimée au point 1, se verrait retirer d'emblée notre confiance et ne pourrait donc nous défendre; et aucun autre avocat ne pourra assurer notre défense 

3- Sachez aussi, Monsieur le Président, que nous n'avons plus confiance en cette cour qui a refusé de prendre en compte notre plainte pour les faits de  torture dont nous fûmes victimes. Pourtant nous voyons en votre formation une chance qui nous était offerte pour que justice nous soit rendue.

Les signataires:
1- Diop Amadou Tidjani; 2- Ahmed Ould Hemar Vall; 3- Balla Touré; 4- Hamady Ould Lehbouss; 5- Mohamed Ould Daty; 6- Lô Ousmane; 7- Mohamed Ould Jar Allah; 8- Anne Ousmane; 9- Abdoullah Abou Diop; 10- Khatry Ould Errahel; 11- Jemal Ould Bleil; 12- Abdellahi Ould Maatllah; 13- Moussa Biram.