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mardi 14 novembre 2017

Déclaration:Au Guidimakha, les autorités choisissent la violence contre les parents d’élèves

مبادرة إنبعـــاث الحــــركة الانعتـــــــاقية
INITIATIVE DE RESURGENCE DU MOUVEMENT ABOLITIONNISTE EN MAURITANIE
IRA - Mauritanie
Déclaration

Au Guidimakha, les autorités choisissent la violence contre les parents d’élèves

Au moment où les autorités mauritaniennes et leurs laudateurs de tout acabit s’évertuent à convaincre les populations de Kaédi à accueillir le Général Mohamed Ould Abdel Aziz et ses festivités de commémoration du 57ème anniversaire de l’accession de la Mauritanie à la souveraineté nationale, les professionnelles de l’Education et les parents d’élèves, sur toute l’étendue du territoire national ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur la situation catastrophique de l’école mauritanienne. Toutes les voix revendicatives sont unanimes, l’école du pays va très mal.

C’est dans ce contexte de désarrois qu’à l’appel du Bureau de l’Association des parents d’élèves de la ville de Sélibaby (650 Km de Nouakchott) une marche pacifique a été organisée le lundi 13 novembre avec la participation d’environ un millier de personnes. Cette marche a été sauvagement réprimée par les forces de police sur ordre du Wali (Gouverneur) de la région Monsieur Oumar Amadou Diallo.
Le Coordinateur régional d’IRA – Mauritanie Mr Mohamed Ould Jiddou a été arrêté et avec lui plusieurs parents d’élèves et élèves continuent à croupir dans les locaux du commissariat de police de la ville ; dont les sieurs :
§  Diadié Sakho
§  Mamadou Lamine Ba
§  Souleymane Kalidou Ba
§  Lassana Kaniouma Traoré
§  Mamoudou Ba
§  Abdourahmane Kane
§  Et de Madame Khadijetou Kouyaté
Après que les représentants des parents d’élèves aient rencontré les autorités régionales qui n’ont donné de réponse que des menaces, les populations de Sélibaby ont manifesté pour dénoncer l’état de délabrement des établissements d’enseignement secondaire de la ville mais aussi le manque de professeurs et la corruption qui est devenue monnaie courante lors de l’examen du Brevet.
Cette attitude des autorités régionales est dictée par le choix des autorités au sommet de l’Etat de répondre à toute voix discordante par la violence disproportionnée et insensée. Face à la déconfiture de l’Etat, IRA – Mauritanie, attachée au respect des Droits humains et solidaire des populations du Guidimakha :
-        Appelle les autorités mauritaniennes à se départir du mensonge et des menaces face aux paisibles citoyens qui ne font que revendiquer pacifiquement leurs droits,
-        Et rend les autorités mauritaniennes responsables de la situation de tension qui prévaut en ce moment à Sélibaby et exige d’elles des solutions adéquates aux problèmes graves qui se posent à l’éducation au niveau national en général et en particulier, aux établissements d’enseignement secondaire de Sélibaby,
                Nouakchott, le 14 novembre 2017


                                                   La Commission de communication

lundi 13 novembre 2017

Ould M’Kheïtir, le brûlot mauritanien




Je pense que la société mauritanienne, recluse dans un carcan idéologique vieux de 7 siècles aussi bien dans sa conception de l’Islam que dans son classicisme poétique préislamique et sa vision des rapports sociaux, avait besoin d’un Birame Dah Abeid, ou d’un Ould M’Kheïtir, pour qu’elle se rende compte combien est archaïque le monde dans lequel elle s’est enfermée. Depuis quelques jours, la rue mauritanienne aussi bien les réseaux sociaux qu’Internet s’enflamment au brûlot qu’est devenu Ould M’Kheïtir, tant et si bien qu’on se demande, comment un écrit aussi mal ficelé dans sa construction que dans son argumentaire, peut ébranler tout un pays, déchaîner tant de passion et incendier tant de conscience, jusqu’à devenir une affaire d’Etat.

Pourtant, la plupart de ceux qui se réclament gardiens des Cieux, détenteurs omnipotents des clés du Paradis et de l’Enfer, distribuant les grâces d’Allah comme ils le font avec les médicaments périmés, les aliments avariés et les marchés du faux et de la contrefaçon, ceux qui se sont taillés de funestes réputations dans le détournement de dons des pays du Golfe destinés à des fins religieuses et sociales, n’ont même pas lu ce que Ould M’Kheïtir a écrit.

En réalité, l’autodafé de Riadh pleinement assumé par le descendant d’esclave Birame Dah Abeid et le brûlot lâché par le forgeron Ould M’Kheïtir, n’auraient jamais connu une telle ampleur s’ils avaient émané de personnes bien nées. Eux, parce qu’issues de classes serviles et de castes n’ayant pas droit au chapitre du religieux, ce sont des mécréants et des ennemis de l’Islam qu’il faut décapiter, là, ce sont des âmes bien nées, victimes du diable, des «Mejdhoubs », un peu dérangés qu’il faudrait ramener à la raison à coups de talismans ou de congés luxueux auprès de quelques saintetés.

Ce qui en réalité a fait la Saga de ces deux affaires qui ont sérieusement secoué le cocotier salafo-wahabite des rigoristes conservateurs, jusqu’à leur fournir le combustible nécessaire à leurs propres calculs machiavéliques à travers l’embrigadement des masses incrédules, c’est aussi bien le régime en place que son opposition, toujours à la recherche d’une bonne bourse politique.

Rappelez-vous des deux sorties de Mohamed Abdel Aziz, aux portes du Palais présidentiel, recevant les masses hystériques et jouant au Commandeur des Croyants, avec ses accoutrements et ses turbans salafistes. Dans le cas de Birame Dah Abeid en 2012 comme dans le cas de Ould M’Kheïtir en 2014, il avait jeté à titre de promesse aux foules déchaînées sous ses pieds, la tête des deux imposteurs. Le pouvoir a ensuite permis, sinon même encadré, tous les meetings que les prétendus «défenseurs du Prophète»  de la Nosra, ont organisé pendant plusieurs mois, vendredi après vendredi, jusqu’à prendre la forme d’une fête foraine, là où les harangueurs rivalisèrent à la bourse de la haine, face à la mosquée Ibdn Abass.

Ces rassemblements dominés par l’odeur du sang, l’appel au meurtre et les menaces à l’autorité de l’Etat, étaient assez atypiques pouf un pays qui se dit moderne, membre de surcroît des Nations Unies dont il a ratifié tous les traités et conventions. Ces foules hystériques rappelaient même à bien d’égards, les pogroms qui faisaient jadis l’apanage des cirques de Rome, quand juché sur les estrades du Colysée, le César descendait son pouce, pour la mise à mort du gladiateur vaincu. Sauf que le pouce de Mohamed Abdel Aziz était un pouce menteur. Birame Dah Abeid est sorti de prison pour emprunter les allées menant vers la présidence de la République, et Ould M’Kheïtir a été presque gracié. D’où ce sentiment de trahison des masses déçues par les promesses non tenues du Guide spirituel que Mohamed Abdel Aziz tentait d’incarner, surfant au gré de ses intérêts sur la fibre islamique.

Mais Nosra, cette organisation des faux amoureux du Prophète (PSL) n’en a pas aussi mené large. Dirigé par un avocat ripoux objet de moult poursuites judiciaires, d’un érudit chantre de l’immobilier au rabais qui est en train de préparer un véritable subprime en Mauritanie et d’un charlatan objet de multiples accusations de viols en série, la Nosra a été laminée par des scandales répétés et des rivalités de clocher.

L’opposition en perte de repère et de vitesse a aussi géré l’affaire des livres incinérés du Fiqh, que le mouvement IRA et son président Birame considèrent comme le «Code noir de l’esclavage » ainsi que celle de Ould M’Kheïtir, au gré des humeurs de la rue. Loin de leurs référentiels de base que  les multiples échecs politiques ont dépouillés de leur substance. Hier, ils ont condamné Birame, l’ont voué aux gémonies et sont descendus jusqu’à l’intellect du charretier analphabète et bédouin. Aujourd’hui, ils l’élèvent au rang de voix autorisée, de chantre de la lutte pour la liberté et les droits de l’homme, un allié politique désormais figure emblématique au cours de tous leurs rassemblements.

De la même manière, ils ont condamné la décision de la Cour d’Appel de Nouadhibou et la libération de Ould M’Kheïtir. En se joignant aux vampires assoiffés de sang du jeune forgeron, en réclamant sa tête contre le droit international et le droit mauritanien, l’opposition mauritanienne perd sa crédibilité sur le plan mondial après l’avoir perdu sur le plan interne.


Cheikh Aïdara

Mauritanie : « Je paie au prix de ma liberté la lutte pacifique contre l’esclavage »


Amnesty continue à faire campagne pour demander la libération sans condition de Moussa Biram et Abdallahi Matala Seck , milités de l’IRA.
Nous publions aujourd’hui une lettre des prisonniers de l’IRA détenus à la prison de Bir Mogrhen depuis 500 jours.

Vous pouvez également le rependre dans vos sites Internet respectifs les versions en Arabe, anglais et Arabe.
N’hésitez pas à partager les visuels, la pétition https://www.freedomunited.org/advocate/justice-moussa-abdellahi/  dans les réseaux sociaux.



Mauritanie : « Je paie au prix de ma liberté la lutte pacifique contre l’esclavage »
Le militant Moussa Biram écrit une lettre d’une prison du désert mauritanien où il est en détention depuis cinq cents jours avec Abdallahi Mattalah.


Ce 13 novembre 2017, cela fait cinq cents jours que Moussa Biram, un militant de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) en Mauritanie, est en détention avec son camarade Abdallahi Mattalah. Après trois transferts, ils sont dans une prison du désert dans le nord du pays, d’où Moussa écrit une lettre ouverte pour rappeler leurs conditions de détention tout en réaffirmant leur détermination à se battre contre l’esclavage.



Moussa Biram, militant anti-escalvagisme en Mauritanie, en prison depuis 500 jours. 
Ce matin encore, comme depuis cinq cents jours, nous nous sommes réveillés en prison. Cela fait plus de seize mois que mon ami Abdallahi et moi sommes éloignés de nos familles et amis, détenus dans ce no man’s land, au milieu du désert de Bir Moghreïn, à la pointe nord de la Mauritanie. Ici, nos journées restent noires, chaudes, sans contact humain extérieur et sans possibilité d’échanger avec nos codétenus, en majorité des condamnés à mort.

Nous sommes donc en prison depuis cinq cents jours privés de voir les êtres chers qui comptent dans notre vie : nous ratons les sourires innocents de nos enfants et manquons des moments privilégiés avec nos épouses et amis. Nous sommes en train de payer le prix fort de notre lutte pacifique contre l’esclavage et la discrimination en Mauritanie.
Torturés dans une prison secrète

Abdallahi et moi sommes certes nés libres, mais nous sommes tous deux des descendants d’esclaves. Dans notre pays, la Mauritanie, la pratique de l’esclavage — bien qu’interdite — se perpétue. Des familles entières appartiennent encore à la famille de leurs maîtres, et sont contraintes de servir toute leur vie leurs propriétaires.

Pour ce combat, Abdallahi et moi avons été condamnés depuis le 23 novembre 2016 à… mille quatre-vingt-quinze jours de prison ferme (trois ans). Nous avons été torturés pendant les premiers jours dans une prison secrète à Nouakchott. Les autorités mauritaniennes nous reprochent d’avoir participé à la manifestation de la Gazra de Bouamatou, un bidonville de Nouakchott où, le 29 juin 2016, les habitants, à majorité des Haratines [caste d’esclaves et de descendants d’esclaves, environ 40 % de la population] menacés d’expulsion, avaient organisé une manifestation spontanée. Pourtant, nous n’avions ni participé ni organisé cette manifestation.
La vérité est que notre seul crime est cette lutte pacifique que nous menons contre l’esclavage et la discrimination en Mauritanie.
Détermination « triplée »

Ce matin, j’avoue, je ne sais pas très bien ce que je ressens. Cette détention est certes la première pour mon codétenu Abdallahi et moi, mais je n’ai absolument pas l’impression qu’elle sera la dernière pour nous ou pour nos camarades de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA, dirigé par l’opposant Biram Dah Abeid). Comme aime le répéter Abdallahi, « les jours de prison ont triplé notre détermination. »

Le désert de Bir Moghreïn, dans le nord de la Mauritanie, où se trouve la prison qui retient deux militants anti-esclavagisme, à 1100 kilomètres de la capitale Nouakchott et de leurs familles. 

Depuis notre arrestation, nous avons été pris dans un cycle infernal : humiliation devant nos jeunes enfants et épouses, détention durant plusieurs jours dans une prison secrète, tortures, simulacre de procès, refus du procureur d’ouvrir une enquête sur nos allégations de torture alors que nous présentions des cicatrices apparentes. Et pour couronner le tout, depuis décembre 2016, nous avons été transférés il y a dix mois à la prison de Bir Moghreïn, à 1 100 kilomètres de la capitale Nouakchott et de nos familles. Nous refusons toutefois que nos amis et familles traversent cette zone dangereuse, sans route goudronnée ni piste, seulement pour nous rencontrer.

Aujourd’hui, après cinq cents jours durant lesquels nous avons été baladés entre quatre prisons dont une secrète, nous ne savons pas à quoi nous en tenir. Nous avons fait appel de notre condamnation. Nous attendons depuis un an que la Cour suprême ouvre notre dossier.
Le courage de changer le monde

En ce cinq-centième jour, nous souhaitons, Abdallahi et moi, remercier nos amis et familles pour leur solidarité et leur détermination. Le souvenir de leurs visages déterminés aperçus la nuit avant notre inculpation par le parquet renforce chaque jour notre courage.
Nous devons continuer à avoir le courage de changer le monde, et défendre ceux qui se battent contre l’esclavage en Mauritanie. Car, comme le dit Martin Luther King, « toute injustice, où qu’elle se produise dans le monde, est une menace pour la justice partout ailleurs. »
C’est à nous de combattre ce crime contre l’humanité mais aussi la discrimination.
Après cinq cents jours de détention, Abdallahi et moi restons plus que jamais engagés à réaliser notre rêve de vivre dans une Mauritanie sans esclavage, sans racisme ni discrimination. Une Mauritanie juste et équitable. Soutenez-nous dans ce combat !


samedi 11 novembre 2017

Guidimakha-Mauritanie : L’organisation sociale et la hiérarchie des castes en milieu soninké



Tout le monde se demande souvent pourquoi la stratification de la société soninké reste inchangeable. Mon hypothèse d’apprenti Anthropologue  est que l’organisation sociale en milieu soninké conditionne les comportements héréditaires et patronymiques. En effet, cette influence est spécialement marquée dans la vallée du fleuve Sénégal, particulièrement dans le milieu soninké, où il existe une hiérarchisation ou une division des castes. L’organisation sociale dans le milieu soninké peut s’analyser suivant deux lignes principales, d’une part une stratification horizontale en castes définies par des critères de professions ou de conditions de vie, d’autre part, par un système formaté à base de parenté lié à la génétique, c’est-à-dire du père au fils, comme le droit de successions. Cependant, cette communauté/ethnie  est cloisonnée de la hiérarchie sociale : on nait noble, griot, forgeron ou esclave. Toute la fabrication de cette communauté/ethnie soninké est basée sur  les diverses strates apparemment désunies en castes. Leur rapport et mode de vie, leur façon de vivre et leur organisation sociale et culturelle, depuis la nuit du temps sont calqués sur cette différenciation, avec une échelle sur laquelle le groupe A et le groupe B, la seule chose qui les lie, c’est le modèle de vie traditionnel (Ladanous) pas plus que ça.  Par ailleurs, au niveau du village Soninké, tous les groupements sociaux se retrouvent d’une façon inégalement caractérisée comme tels : au ménage correspond la case, à un certain type de groupement familial correspond la concession ; de même qu’il existe plus ou moins séparés des quartiers, esclaves, nobles, d’artisans…

La typologie des Castes ou la hiérarchisation de la communauté soninké :

Les critères permettant de définir les castes sont classiques : chaque individu de par sa naissance même appartient à telle ou telle caste qui est celle dont fait déjà partie son père. Le mariage se fait à l’intérieur de la caste. Cette endogamie de caste ne comporte que quelque exception entre certaines castes d’artisans ; l’appartenance à une caste est liée traditionnellement à une certaine spécialisation professionnelle dont la caste a un quasi-monopole (par exemple le travail de métaux, travail de cuir…). En effet, dans  la communauté soninké, l’élevage et  l’agriculture ne sont pas des activités castées, c’est-à-dire qu’elles sont pratiquées par tous, quelle que soit la caste. Les castes peuvent être classées suivant leur hiérarchie au sein de la société soninké. Nous nous essayons de les résumer en trois grandes catégories sans revenir sur les détails.

1-     En premier lieu, sans contestation possible viennent les Horos (singulier horé) qui forment une sorte de caste noble, composée en principe par les lettrés et les propagateurs de l’islam(les Imams). Cette caste est composée des (Debegoumous, Modinous, Mangous…), qui se marie entre eux et  détient tout le pouvoir décisionnaire du village quel qu’il soit dans la région de Guidimakha, sans associer les autres sages et les autres honorabilités des autres castes du village ; elle règne sans partage depuis la fin de l’empire du Ghana, vers le 10 et 11ème siècle. Elle était la classe dominante pendant très longtemps en termes de savoir et de richesses.  A l’ère d’aujourd’hui, les tendances ont changé, on trouve dans chaque caste des savants religieux, des intellectuels modernes et des grands patrons. Mais l’ordre établi depuis des siècles reste toujours plus ou moins inchangé. Le changement est en cours avec l’arrivée de la nouvelle génération consciente et sage, mais aussi avec l’évolution de la société, car le monde est devenu un village planétaire. Oui, certaines mentalités commencent à bouger  dans tous les côtés.

2-     Ensuite, viennent les castes proprement artisanales (les Gnakhamalanous), singulier Gnakhamala, que moi, je  préfère les regrouper dans la même enseigne : Ce sont les forgerons, griots, les pécheurs, les tisserands et les bijoutiers ; spécialisés dans le travail des métaux, du coton, du cuir, de la musique, du pirogue, du bois…Cette caste se marie aussi entre eux, selon la tradition soninké. En quelque sorte la caste Gnakhamalamous, est plus proche de la première caste horos. Les gnakhamalanous, sont souvent considérés comme des portes paroles de la première caste. Et, exceptionnellement ils se marient avec eux, mais avec un très grand embarras et dans certaines circonstances de la vie communautaire. Traditionnellement, dans le milieu soninké, les Gnakhamalanous, sont aussi appelés des agents diplomatiques, qui sont censés de régler les conflits amiablement au sein de la communauté soninké grâce à leur monopole du verbe soninké. Mais avec l’évolution de la société, cette fonction est désormais  pratiquée par n’importe quelle personne douée des raisons, des sagesses et des qualités humaines. Cette caste, si j’ose dire est le trait d’union entre la caste horos et celle des Komos.  

3-     Au niveau le plus bas de la pyramide sociale soninké, on trouve les esclaves, les Komos (singulier Komé). Traditionnellement, ce sont de serviteurs, attachés chacun à un maitre bien déterminé et qui sont transmis par héritage absolument comme les biens meubles, les troupeaux et les champs. Ces esclaves, sont transmis de père maitre au fils sans condition. Cette caste est le dernier échelon de l’échelle sociale soninké, caractérisé par son patronyme, son travail de servitude auprès de leur maitre. Les esclaves, à leur tour sont condamnés de se marier entre eux et généralement on les retrouve tous regrouper dans un quartier (comokani) au sein du village. Jadis, l’esclaves ou descendant d’esclave n’avait pas droit à la parole aux réunions du village encore moins pas un mot seul pour la gestion des affaires communautaires. Ils sont fixés à leur statut Komé, quelle que soit leur intelligence, leur sagesse et leur honorabilité. Ils sont nés komos et vont mourir komos, selon la philosophie soninké. Ce sont d’exécuteurs des ordres venants de la première caste. Par ailleurs, encore une fois, avec l’émancipation de la société et l’arrivée d’une nouvelle génération (descendants d’esclaves) efficiente, les choses changent lentement mais surement. Mais pas une chose aisée de changer les mentalités dans un milieu comme celui de soninkara. Une communauté communautariste et inegalitaire.

En effet, cette hiérarchie  sociale soninké, on la retrouve chez toutes les communautés humaines, en Europe  en Asie, aux Etats-Unis et en Afrique. En revanche, en occident ce modèle de société est complément révolu, car non seulement c’est une violation de droits humains, mais aussi c’est un système  qui  freine  le progrès humain. Il a fallu attendre la révolution française de 1789, pour passer la monarchie à la République. Avec la déclaration française de droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la déclaration universelle de droits de l’homme du 10 décembre 1945, les citoyens sont tous nés égaux en droit et en devoir. En effet, cette stratification sociale est certainement présente dans la société africaine et presque dans toutes les communautés. Par exemple chez les toucouleurs, en premier lieu viennent les torobés (Torodo), ensuite les rimbés (Dimo) ainsi de suite. Chez la société maure, viennent en premier lieu, les guerriers, ensuite les marabouts, ensuite les tributaires etc…
 Cependant, dans la société soninké, ce formatage de mentalités est  lié automatiquement au patronyme de chacun de ses membres. C’est  un phénomène génétique, c’est-à-dire héréditaire (du père au fils…). Les Soninkos sont tous de musulmans à ma connaissance, jusqu’à nos jours je n’ai pas encore rencontré un soninké juif ou chrétien. Ils prient tous pour le même Dieu (Allah), ils partagent le même livre saint (Coran) et le même prophète (Mohamed PSL).  Mais ils interdisent le mariage entre eux pour des   raisons sordides, patronymiques et des positions sociales rétrogradées qui sont contraire au Coran et aux préceptes religieux.  Dieu  n’a-t-il pas dit dans le Coran : « Vous êtes tous crées à partir de Adam ; et Adam a été créé à partir de la terre. Le meilleur d’entre vous, est celui ou celle qui craint de plus en Allah  ». En revanche, les Soninkos, eux, ils restent figer dans leur code culturel, qui est contraire au livre saint d’Allah et la Sunna du Prophète Mohamed en termes de l’union entre deux musulmans, entre autres. Le caractère féodal de cette société, très hiérarchisée ne fait aucun doute. Parmi les chefs qui commandent, certains, très turbulents, cherchent à gagner ou à conserver une hégémonie sur les autres. L’Homme est socialement  une invention, il est ce qu’il mange, ce qu’il voit et ce qu’il croit. On ne peut pas en vouloir  à l’Homme d’être Homme.

Ce faisant, Hobbes disait que : « L’homme est un loup pour l’homme ». Tout pouvoir humain est établi en faveur de ceux qui gouvernent. Donc l’espèce humaine est divisée en troupeaux de bétail dont chacun a son chef qui le garde pour le dévorer. Le système des castes est un frein pour l’unité de la communauté, il faut le dire haut et fort. Il est  le moteur  de division entre les peuples d’une même nation, d’une même communauté et d’une même ethnie. C’est un frein/obstacle pour le développement économique et  social de cette communauté. Ce système met  en cause tout progrès social et humain des êtres vivant en société. Nous proposons à cette belle communauté de revenir à la raison. La raison d’Allah (Coran) et de Mouhammed (Souna). Il faut que cette communauté matérialise la Sahadaa et pratique la science religieuse comme le prophète l’a déjà faite. Et qu’elle arrête de mettre partout en avant les mauvaises coutumes et traditions qui sont contraires à l’islam. Dernier point très important, c’est de miser beaucoup plus sur l’éducation, surtout l’éducation et rien que l’éducation de nos enfants. Du coté médical, il faudrait, une seule et unique prescription de la part d’un médecin  pour toutes les castes afin de pouvoir diagnostiquer la pathologie. A quand le changement social  en milieu soninké du 21ème siècle ? Et quel serait la première invention de cette communauté soninké ? Un Aphone 11 ?  Un satellite ? Ou encore un véhicule volant ?

BA – Boubou
Doctorant - chercheur à Paris
Membre de l’Association Française de l’Histoire du Droit à Paris (AFHD)
Fondateur de l’association AECJRM en France
Militant de droits humains

mercredi 8 novembre 2017

Crime d’esclavage : Quand la Justice traîne les pieds

Malgré le renforcement de l’arsenal législatif et la volonté politique affichée en haut lieu, il n’y a eu, dans toute l’histoire judiciaire de la Mauritanie, que deux procès pour pratiques esclavagistes suivis de condamnations pour crime d’esclavage : celui de Yarg et Saïd en 2011, confirmé en appel en 2016, et le procès dit de « Néma » en 2015, chacun étant suivi de peines très inférieures au cadre législatif. En dépit de ces condamnations, de nombreuses plaintes n’ont jamais pu aboutir et de nombreuses victimes ont renoncé à poursuivre en justice leurs anciens maîtres, en raison de pressions familiales, peur de représailles et/ou précarité matérielle de leur situation.

Exemple parmi tant d’autres : Khyra mint Habott, déclarée née en 1984, à Atar, « lors des inondations », dit-elle, fut libérée nuitamment de Tourine, en 2007, par la gendarmerie, sur ordre de la justice. Disposant d’une carte d’identité – fait exceptionnel – elle avait porté plainte et signé le PV de la gendarmerie.  Mais suite à des pressions familiales, elle y renonça, dès le lendemain matin, craignant d’éventuelles représailles. L’action judiciaire s’éteignit aussitôt. Elle et sa famille  n’ont, aujourd’hui,  aucune ressource et squattent le terrain d’un particulier.

Des arrangements sont souvent scellés, entre les anciennes victimes, ordinairement sans aucun droit ni titre, et leurs « maîtres » disposant, quant à eux, d’une impunité totale et entretenant paternalisme, plus souvent arrogance et mépris vis-à-vis des esclaves et anciens esclaves. Complètement démunies de tout, notamment de pièces d’état-civil, les anciennes victimes ne peuvent porter plainte ni même établir procuration. El Id, fugueur quatre années durant, se disait victime d’esclavage, de la part de proches d’une famille religieuse  de l’Adrar. Les autorités judiciaires régionales refusèrent, sous prétexte que son « cas n’était pas authentique », d’enregistrer la plainte d’El Id contre ses bourreaux qui « détenaient », avançait-il pourtant, « sa mère et ses sœurs en otage ».

En ce qui concerne l’aspect juridique de la lutte contre l’esclavage, un Plan d’Action National fut officiellement adopté, en Mars 2014, par le gouvernement de la Mauritanie, et des tribunaux spéciaux fondés, pour juger les crimes en la matièreMais ces instances sont accusées de n’être que façades, pour « rassurer » la Communauté internationale, elles ne disposent d’aucune structure d’accompagnement, a contrario des cours spéciales contre le terrorisme, le trafic de drogue ou la délinquance des mineurs. Pas de parquet, pas de procureur spécialisé, ni de brigade spécialisée de gendarmerie (1).

 De l’avis des abolitionnistes, nombre de magistrats s’entêtent à ne pas appliquer la loi. « Le problème, c’est que la justice ne fait pas son travail. Il y a des obstacles encore infranchissables. Si ceux qui sont censés dire le droit ont eux-mêmes des esclaves, pensez-vous qu’ils donneront tort aux maîtres poursuivis ? Evidemment non ! Ils ne bougeront ni ne feront bouger aucun doigt », déplore Moubarak ould Mahmoud, représentant régional de SOS Esclaves en Adrar. « Les abolitionnistes font, de surcroît, l’objet d’énormes pressions et ne bénéficient d’aucune protection. Idoumou ould Abeïd, point focal de SOS esclaves, a échappé à plusieurs guet-apens tendus par les esclavagistes, échappant de peu à la mort. « Evidemment, les maîtres sont mécontents du travail que nous menons. On leur arrache les esclaves et ça les rend furieux. Ils sont prêts à tous pour les retrouver ou châtier ce qu’ils les ont aidés à s’échapper. Nous sommes dans leur viseur. Mais cela ne nous empêche pas de faire notre travail et d’aider les victimes à recouvrer leur liberté. Ils ne nous font pas peur », assure Idoumou. « N’étant pas à l’abri du besoin, on ne peut pas être ferme dans ses principes », se désole, de son côté, Moubarak. Son cas est révélateur. On ne cesse de lui rappeler sa condition d’étranger à Atar. 

De fait, il est originaire de Debbaye Ehel Mahmoud, village situé à l’entrée de Néma et fondé par son père qui accueillit, jadis, de nombreux haratines ou esclaves pourchassés par leurs maîtres. Son jeune frère fut représentant de Sos Esclaves à Néma. Né en 1958, Moubarack a élu domicile à Atar en 1995, après un court séjour à Kiffa. Les menaces de mort fusent de partout mais il n’en a cure. « Je viens d’être expulsé, deux jours après mon arrivée, par le propriétaire de la maison que j’ai louée, après m’être acquitté de l’avance. Je ne suis plus désirable dans sa maison, en raison de mes activités qu’il juge illicites », allègue-t-il. « Je n’ai ni parcelle, ni maison à Atar. On veut m’obliger à me soumettre à ce que je refuse. Je suis toujours exclu des attributions de parcelles. On ne cesse de me poser des conditions. Je trouve cela inacceptable », se lamente-t-il.

Même son de cloche chez les défenseurs professionnels des esclaves. « Il y a  aussi de nombreuses pressions sur les avocats qui s’occupent de dossiers contre l’esclavage, on vit sous embargo ! », s’exclame maître Bah M’Bareck, avocat (2). « On n’a pas de contrat avec les sociétés, on n’arrive pas à s’en sortir avec les charges, les clients ne viennent pas à moi car je suis étiqueté membre d’IRA. Les hommes d’affaires en Mauritanie appartiennent à la même communauté, je ne partage pas leur position : donc, ils me boycottent ».

Procès Said et Yarg

En 2011, Said ould Salka a 13 ans et son frère Yarg 8 ans. Ils devraient être, normalement, à l’école mais sont, de fait, détenus en esclavage par la famille Ehel Hassine (Cheikh Ould Hassine, un policier, ses frères Tijiani, Nadhirou, Ahmed, Mohamed, et leur mère, Mariem mint Mohamed Mbarek). Le 17 Avril 2011, Biram Abeid, de l’IRA, Boubacar ould Messaoud, de SOS Esclaves, et Aminetou mint El Moctar, de l’AFCF, déposent une plainte contre les maîtres des deux enfants, résidant tous à Boutilimitt. Le procès de la famille Hassine se voit clôturé par la condamnation du fils aîné, Ahmedou ould Hassine, à deux ans de prison ferme et une amende de huit cent cinquante mille ouguiyas pour pratiques d'esclavage sur les frères Said et Yarg. Les autres membres de la famille écopent de deux ans de prison avec sursis et une amende d'un million d'ouguiyas pour complicité ; la mère des enfants, d’un an de prison avec sursis. « Une reconnaissance sans ambages de l'existence, en Mauritanie, de ce phénomène abject. C'est également une première consécration de notre combat légitime qui vise l'ancrage des valeurs civiques et égalitaires », se réjouissent les abolitionnistes. Mais aucune des peines n’a été effectivement appliquée. Aujourd’hui, respectivement premier et troisième de leur classe, Said et Yarg vont à l’école sans aucune assistance des pouvoirs publics.

Procès en appel de Néma

Le 16 Avril 2016, la Cour spécialisée en affaires d’esclavage de Néma organisait son premier procès – dossier 110/2015 – mettant en cause Bouta mint Hemedi et Vatme mint Zaïda, respectivement réduites en esclavage par Hanena ould Bouna et Ikhalihena ould Haïmad, résidents à Azamad, une localité de la moughataa de Nbeïket Lahwach, dans le Hodh Ech-Chargui. Bien que la Cour ait retenu des charges de pratiques esclavagistes contre les prévenus, elle ne leur a cependant infligé, en première instance, qu’à peine cinq ans de prison, dont un seul ferme, et un million d’amende, alors que les dispositions légales de la loi 031/2015 prévoit, au minimum, dix ans d’emprisonnement et cinq millions de dommages et intérêts, en le cas d’espèce (2).

« Après la présentation d’usage des dossiers et des prévenus, le juge donne la parole aux avocats. Comme à son habitude, maître Id nous gratifie d’une brillante plaidoirie », relate notre confrère Sneiba El Kory, « rappelant l’importance de l’application rigoureuse des lois sur l’esclavage, afin de prémunir le pays contre des injustices inhumaines qui risquent de compromettre, si rien n’est fait, la cohésion sociale. Or, selon lui, le jugement rendu en première instance, il y a trois mois, par la Cour spécialisée de Néma, déçoit cet impératif. Il faut corriger cette erreur de jugement.

Après délibération, les juges décident de revoir à la hausse l’amende qu’Ikhalihina devait verser à Bouta. Au lieu du million exigé en première instance, l’esclavagiste devra en verser six, à son ancienne esclave. Les peines d’emprisonnement de cinq ans, dont un ferme, sont, elles, confirmées. Presque un arrangement à l’amiable, donc, à l’instar des plus célèbres affaires analogues de ces deux ou trois dernières années.  Khdeïja mint Tarbe avait conclu un tel accord, avec ses maîtres Hanene et Itawal Oumroun, fils de Nane (dossier 99/2014). Une conciliation qui lui permit d’obtenir vingt vaches, quarante chèvres et un chameau. Comme Khdeïja mint Tarbe, Vatme mint Zeïd et son frère ont conclu, avec leur ancien maître, Hanene ould Bouna, un accord leur permettant d’empocher trois millions et demi d’ouguiyas, en deux tranches. La première, d’un million et demi, a été déjà perçue ; le reliquat sera versé en Août 2016 » (3)

La fondation des trois tribunaux spéciaux chargés de l’esclavage, dont celui sis à Néma, a suscité l’espoir d’une plus grande célérité, dans le traitement des affaires liées aux pratiques esclavagistes. Plus grande célérité peut-être ; plus rigoureuse application de la loi, c’est certainement encore moins sûr. Ainsi que le souligne Boubacar Messaoud qui a, lui aussi, assisté aux assises de la Cour d’appel à Néma, sur le dossier 110/2015, « le jugement en première instance de ce dossier n’avait pas été encourageant. Certains magistrats s’entêtent à ne pas appliquer la loi. La preuve en est encore assénée aujourd’hui : confirmer la condamnation de personnes accablées par toutes les preuves d’esclavagistes reconnues, par le tribunal lui-même, comme telles, à cinq ans d’emprisonnement, dont quatre avec sursis, est ridicule, puisque les dispositions de l’article 7 de la loi 031/2015 prévoient, au minimum, dix ans (3) ».

Cas d’esclavage pendant devant les autorités administratives et judiciaires du pays (4)

Hanna mint Salem et ses deux enfants. En Novembre 2007, un cas d’esclavage, dans la localité de Lemteyine (située dans le département de R’Kiz, région du Trarza), oppose le couple Isselmou ould Deidi-Hanna mint Salem (victimes de la pratique), à la famille Ehel Houssein, des Oulad Boueiliyye dont le chef est Yehdhih ould Houssein. Le couple réclame le droit de récupérer deux enfants, âgés de 8 et 2 ans, nés d’un mariage précédent de Hanna avec un autre homme, « et restés en esclavage » au sein de la famille mise en cause. Après dénonciation le samedi 24 Novembre 2007, les accusés réfutent en bloc les faits. Menacés par le hakem et la gendarmerie locale, Hanna et son mari n’ont jamais obtenu gain de cause.

2. Habi mint Rabah et ses deux enfants. Le frère de Habi, Bilal ould Rabah, s’était libéré de ses maîtres et souhaitait la libération de sa sœur, encore esclave de ses anciens maîtres et victime de travaux forcés et d’abus sexuels, aux environs de Mederdra (Trarza), dans la localité de Eychaya. En Mars 2008, Habi mint Rabah, fut libérée grâce à l’intervention des organisations abolitionnistes. Le cas de Habi est d’autant plus marquant, dans l’étape importante de l’abolition de l’esclavage, que les autorités de la région, wali et gendarmerie notamment, furent accusées d’appuyer les activités esclavagistes des maîtres. Habi mint Rabah indiqua, elle-même, qu’elle avait subi une «certaine pression de son entourage et du wali, pour tenir un certain discours devant la presse et autre organisation ».

3. Aichetou mint M’bareck et ses huit enfants. Le Jeudi 30 Septembre 2010, des responsables d’IRA–Mauritanie reçoivent des renseignements de certains militants et sympathisants de leur organisation à Rosso qu’une jeune esclave du nom d’Aichetou mint M’bareck et ses deux filles, Moyna, 16 ans, et Mabrouka, 10 ans, ont subi des châtiments sauvages, d’un maitres d’esclaves, nommé Yedali ould Veyjeh. L’homme chapeaute l’ensemble tribal des Oulad Benioug. « Nos sources le qualifient », signale IRA-Mauritanie, « de violent et de méchant ». Dirigée par Biram Dah Abeid, une mission d’IRA saisit le wali (gouverneur de région) de Rosso qui charge le commissaire de police de la ville de diligenter une enquête. Celle-ci commence par l’arrestation de deux des présumés coupables, en l’occurrence, Yedali ould Veyjeh et sa soeur Feyliha ; les deux accusés avouent aux policiers, pendant leurs auditions du 03 Octobre 2010, qu’Aichetou et ses enfants : Moyna 19 ans (avec son bébé de 1 an et demi), Mabrouka, 15 ans, Tayvour et Mbi, 12 ans, Salma, 8 ans, Mama, 5 ans, Aminetou, 4 ans, Limam, 1 an et demi , sont leurs « esclaves par ascendance », qu’ils travaillent pour eux sans salaire, et qu’eux deux sont leurs tuteurs. Yedali ould Veyjeh est toujours libre et le dossier est toujours suspendu auprès de la justice mauritanienne.

4. Les fillettes Salma et Nana. Deux petites esclaves mineures, Salma mint Ahmed Kory, âgée de 9 ans, et Oum El Issa mint Salem, âgée de 15 ans, sont détenues par leur maîtresse, Oumlemnine mint Bakar Vall, objet du dossier N° 1442/2010, dont le procès se tient le 16/01/2011. Condamnée par la justice, Mint Bakar Vall est toujours en liberté.

5. La fillette Hasniya mint Bebbah. Le médecin Ahmed ould Mini, fonctionnaire au ministère de la Santé séquestrait et séquestre toujours, dans sa demeure à Arafat, la fillette Hasniya mint Bebe et le garçon Bougar ould Hawa, « ses esclaves par ascendance ». Une affaire qu’IRA-Mauritanie a introduite, par la voix légale, devant les autorités, le 27 Février 2011 et que la justice a toujours refusé de traiter, sur ordre du pouvoir politique.

6. M’barka mint Essatim. En Mars 2011, à Toujounine, les familles Ehel Bouh (Brahim Salem ould Bouh, Khoueïta mint Bouh), Fatma El Ghaya mint LehreyItani (mère de Brahim Salem, Khoueïta et Fadila mint Brahim Salem ould Bouh) et Ehel Lehreytani, reconnaissent avoir hérité, en propriétés, Mbarka mint Assatim et ses fillettes mineures (Douida, âgée de 7 ans, et Oueichita, 9 ans). Elles les font travailler comme des bêtes de somme, privant les filles de toute scolarité. M’barka dit avoir vécu un quotidien de viol, de violence physique et sexuelle, tout au long de sa vie d’esclave. Actuellement, elle vit libre, avec son mari et ses deux enfants mais sont tous les deux au chômage. L’époux se débrouille, de temps en temps, en faisant le taximan. La police judiciaire et le ministère public ont refusé de poursuivre les coupables par les textes en vigueur.

7. Enfant esclave chez Métou mint Abdallahi ould Abdel Nour. En Avril 2011, Métou mint Abdallahi ould Abdel Nour, Fatimetou mint Cheikh Seyidi et Salka mint Hamadi sont accusées de pratiques esclavagistes, présentées au Parquet, puis mises sous mandat de dépôt en prison. Avant d’être rapidement acquittées. IRA condamne l’implication du pouvoir dans le procès du mercredi 13 Avril 2011, où les trois présumés esclavagistes ont bénéficié d’un non-lieu, suite à de très fortes pressions tribales.

8. Zahra mint Taghi, orpheline de père et de mère, âgée de 16 ans, objet du dossier 363/2011.
9. Houeija mint Mohamed Lemine ould M’Bareck, âgée de 14 ans, objet du dossier 364/2011.
10. Salka mint Ahmed Zaid, âgée de 10 ans, objet du dossier 365/2011.
11. Aouichetou mint Hamadi. Le 03 Août 2011, les frères de madame Aicha mint Saibott, de la tribu Noghmach, accusée de pratiques esclavagiste sur la personne d’Aouichetou mint Hamadi, âgée de 10 ans, attaquent, vers une heure du matin, la brigade des mineurs où leur soeur est détenue. L’affaire avait été signalé, par la section IRA d’Arafat, quelques jours auparavant. Madame Saibott a été libérée et la petite Aouichetou jamais retrouvée.

12. Soueilim ould Koueiry. En Septembre 2011, les militants d’IRA-Mauritanie/Boutilimitt sont informés d’un cas d’esclavage sur le nommé Salem ould Koueiry dit Maouloud, âgé d’une cinquantaine d’années. Pour avoir refusé de conduire, seul, le bétail de ses présumé maîtres, vers la région du Brakna, Salem a été battu et blessé par Mohamed Vall ould Ahmedou, comptable à la Société Nationale des Hydrocarbures, et son cousin. Après une forte pression de la tribu Taguilalet, d’une partie de ses haratines et une enveloppe de 60 000 UM, Salem retire sa plainte. Démunis et ignorant totalement ses droits, Salem est dans l’incapacité de se défendre et de faire face à sa situation économique.

13. Rabi’a et ses sœurs. En Septembre 2011, madame Rabi’a est accusée de détenir en esclavage, chez elle, quatre filles et deux garçons dont le plus âgé a 20 ans. Devant le procureur de République de Nouadhibou, Rabi’a reconnaît détenir « ces esclaves qu’elle a hérité de ses parents ». Malgré cela, elle n’est pas inquiétée et reste libre de ses mouvements. Une plainte a pourtant été déposée contre elle.

14. Madame Riva’a mint M’Hamed, de la tribu Tekna, est accusée de détenir en esclavage chez elle quatre filles et deux garçons dont le plus âgé a 20 ans (les autres mineurs).

15. Affaire Ain Farba. En Janvier 2012, une délégation d'IRA-Mauritanie accompagne et assiste le jeune Mohamed Lemine ould Mbareck ould Laghdaf, pour l’aider à porter plainte, à la brigade de gendarmerie de Ain Farba (Hodh el Gharbi), contre Mohamed Nouh ould Khanvour, commerçant et éleveur, membre de l'ethnie arabo-berbère et son épouse Elettou mint El Ghardy. C’est cette famille de maîtres esclavagistes qui détient en esclavage, par héritage, les frères et sœurs de Mohamed Lemine. Ce dernier a pris gout à la liberté, grâce à un concours de circonstances particulier. Le chef de la gendarmerie d’Ain Farba, l’adjudant-chef Bouboutt Dieng, visiblement bien au fait de la composition et de l'objet de cette mission, reçoit très mal le plaignant, le traitant de menteur et d'escroc. Très remonté, il menace de le corriger sévèrement, ainsi que ses accompagnateurs. Ce cas avéré n’a jamais été traité par l’autorité et la justice.

16. M’barka mint Hmeida. Septembre 2011, M’barka mint Lekhweidem Aheimed, âgée d’environ 20 ans, fuit ses maîtres, dans la localité de Mbidane, à 45 kilomètres de Kaédi, où elle se réfugie, quelques semaines plus tard. Elle est l’esclave de la famille Ehl Amar, membre de la tribu Touabir. Mbarka ne possède aucun document d’état-civil mais, grâce au soutien du correspondant local d’IRA, décide de porter plainte contre ses exploiteurs qui l’empêchent de venir vivre avec sa mère, à Kaédi. Cette dernière, complice de Ehl Amar, la pousse à regagner Mbidane et continuer de les servir. Les autorités – ici Directeur régional de la Sûreté, procureur de la République, chef de brigade de gendarmerie – se déclarent territorialement incompétentes et renvoient la plaignante, le dimanche 18 Septembre 2011.

17. Moctar ould Bilal. Lundi 23 Janvier 2012, un garçon de 14 ans environ, dénommé Mokhtar ould Bilal, affirme sa volonté de porter plainte contre ses maîtres esclavagistes, Ehel Sidinna, et contre ses propres parents (son père et sa mère), pour leur connivence avec ces derniers. Considérant la gravité du cas qui repose sur les aveux irrévocables de la victime, IRA décide d’accompagner celle-ci pour déposer sa plainte. La victime est entendue à la brigade des mineurs en conflit avec la loi, en présence de l’avocat Maître Bah ould M’Bareck. Le jeune Mokhtar ould Bilal affirme avoir tenté de s’arracher de ses maîtres esclavagistes à deux reprises. Mais, à chaque fois, un de ses parents chez lequel il se réfugiait le leur remettait. Ainsi retournait-il, malgré lui, à l’enfer de la vie servile et coercitive. C’est pourquoi a-t-il, cette fois, préféré chercher refuge chez IRA-Toujounine, espérant son aide pour sortir définitivement du joug de l’esclavage et recouvrer, en conséquence, la plénitude de ses droits. Ironie du sort, l’enquête, qui prenait normalement son cours, a connu un sérieux revirement de situation suite à l’engagement du procureur à libérer, manu militari et contre toute attente, les quatre prévenus arrêtés. « Une décision à odeur de manipulation », commente IRA, « parti-pris et complot auxquels une certaine justice des segments de la féodalité et de l’esclavagisme à tous vents nous a toujours habitués ». Moctar se retrouve, comme les autres venus demander asile à l’organisation abolitionniste, à la charge de l’IRA et ne dispose d’aucune ressource.

18. Souadou. L’affaire de l’esclave Souadou, disparue dans des conditions non élucidées, aux environs de Wadane,  en Adrar, faisant peser lourdement les soupçons d’un suicide ou d’un présumé meurtre, pourra être, au rythme de la ferme volonté des abolitionnistes d’exiger la vérité, rien que la vérité ainsi que la justice, le déclic qui consacrera l’avènement d’une nouvelle de la dignité retrouvée des anciens asservis. Les activistes des droits de l’homme avancent que Souadou aurait été assassinée, par ses maîtres, dans la localité de « Hassi Etyour », près de« Legdeym », à 25 kilomètres de Wadane. Le procureur de la République près la Cour de la wilaya, monsieur Mohamed ould Bekar, a classé le dossier sans suite.

THIAM Mamadou,  assisté de B. TOURE

Dossier réalisé dans le cadre du Projet : « Liberté, droit et justice : combattre l’esclavage par ascendance en Mauritanie » du Département d’Etat des Etats-Unis.
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(1) et  (2) « Esclavage et discriminations en République Islamique de Mauritanie : braver le déni » Marie Foray, juriste.
(3) : Cour spécialisée de Néma, Dossier 110/2016, en appel – voir l’article d’El Kory Sneiba, http://lecalame.info/?q=node/4246 El Kory Sneïba
(4) Pièces fournies par IRA-Mauritanie