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dimanche 5 juillet 2015

L’esclavage n’existe pas, la population est victime seulement de la pauvreté, ah bon ?



Les racistes-esclavagistes féodaux  aux commandes du pays nous chantent que l’esclavage n’existe pas, seulement nous sommes confrontés aux problèmes de la pauvreté qui touche toute la population.

On aimerait y croire si seulement l’ordonnance abolissant l’esclavage pour la première fois  sous les cieux des régimes militaires adoubés par une horde de faux oulémas- soi-disant érudits qui a vu le jour en 1981 n’octroyait pas le droit à la récompense aux bourreaux esclavagistes à la place des victimes.

Pour y parvenir, les oulémas et leurs chefaillons militaires n’ont pas hésité à travestir l’islam pour graisser leurs parents esclavagistes au détriment des victimes. On nous chante aujourd’hui que c’est la faute à la  pauvreté, c’est parce qu’elle a été étudiée et planifiée depuis des décennies pour maintenir les victimes à la plus basse échelle de l’humanité.

L’ordonnance de 1981 suffit à condamner la Mauritanie pour complicité d’un crime contre l’humanité, elle justifie à elle seule qu’aucune action politique, religieuse ne fut menée pour en finir avec le crime barbare de l’esclavage. Ils ont beaux à  crier leurs mises en scènes tapageuses de tel régime mais la patte chaude brule, bouillonne dans  les pommettes de leurs grandes gueules ouvertes qu’ils n’arrivent plus à fermer ni avaler le continu………….

Où sont passés les financements colossaux du FMI, les institutions internationales, les pays occidentaux, le monde arabo-musulman pour lutter contre la pauvreté ? N’en parlons pas les richesses énormes du sol et sous-sol  d’un pays à peine à 4millions d’habitants.

Lire la fameuse : « Ordonnance n° 81-234 du 9 novembre 1981 abolissant l’esclavage en Mauritanie »



Diko hanoune

Une journée avec Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadhan

Samedi 4 juillet 2015, 17ème jour du mois de Ramadan de l’An 1436 de l’Hégire. Il est 10 heures et la ville d’Aleg, 250 kilomètres à l’Est de Nouakchott sur la route de l’Espoir, est chauffée à blanc par une forte canicule. La forteresse prison d’Aleg apparaît dans toute sa hideuse structure. Un grand rectangle ocre aux formes peu gracieuses, surplombé par quatre miradors. Située dans un no man’s land au Sud de la ville, la prison achevée en 2011, borde le plus grand squat d’Aleg, une succession de hangars dépenaillés. Au loin, des sentinelles sont aux aguets, par delà l’énorme terrain dégagé que meubles quelques arbustes de Zelem aux ombres chiches. Quelques éléments de la garde nationale scrutent les nouveaux arrivants, le premier contingent de visiteurs fouetté par l’harmattan. La distance règlementaire à ne pas franchir, est à cinquante mètres environ de l’énorme portail d’entrée.

Dix minutes d’attente et aucun uniforme pour venir aux nouvelles. Dr.Khattri, légèrement énervé s’avança de quelques pas. «Ohé, quelqu’un peut-il venir nous faire rentrer ? Où est votre chef ? Il fait chaud là et on cuit sous le fourneau !» Aucune réponse. Il maugréa «ça alors, ils ne daignent même pas nous offrir une gentille petite réponse». Plus déterminé, il cria de nouveau «Quelqu’un peut-il nous faire rentrer, nous jeûnons, il fait chaud et cela fait vingt minutes que nous poirotons ici !» La sentinelle daigna enfin répondre «attendez, quelqu’un viendra vous prendre ! » Un garde enturbanné surgit et toisa la sentinelle, lui intima l’ordre de ne plus répondre. Devant le portail, quelques hommes en tenue s’affairent à ranger des ustensiles.
Probablement, des restes du Souhour de la veille. Je me tenais un peu à l’écart, en compagnie d’Ahmed Hamdi et de Mehdi. Le soleil tapait fort sur les crânes et le vent chaud entamait les peaux. Dr Khattri se calma un peu, puis revint à la charge «Ohé, vous l’enturbanné, vous pouvez quand même nous parler et nous dire ce qui se passe, vous savez que c’est un jour de visite et nous disposons d’autorisations signés par le juge ! » Silence radio de l’autre côté.

Les minutes s’égrènent. «Ils sont entrain de bouffer nos heures de visite. Ils devraient compenser dans pareil cas, mais en général à seize heures, ils mettent tout le monde dehors» commente Ahmed Hamdi de sa voix posée. Dr.Khattri tente une énième diversion, non sans murmurer «le brigadier chef essaye sur nous son autorité, c’est la nature humaine, chacun veut exercer sa portion de pouvoir». Puis, plus haut «Oh mon général, tu peux quand même avertir ton chef que nous sommes là !» La chaleur faisait ses ravages et aucune ombre derrière laquelle se réfugier. L’habitacle du véhicule, pas question ! Il avait pris l’allure d’un four crématoire. Pas question d’y trouver un salut.

Las de parler à des murs, Dr.Khattri, Ahmed et Mehdi s’adonnèrent à un jeu de boules. Ils ramassèrent quelques pierres rougeâtres et choisirent une plus petite à la couleur blanchâtre comme bouchon. L’image de ces grands gaillards s’amuser à jouer aux jeux de pétanques avec de vulgaires pierres ramassées à 45° à l’ombre et devant le portail de la prison d’Aleg, était loufoque et hallucinante. Je me contentais pour ma part de jouer aux arbitres. Plusieurs tours de jeux plus tard, le lieutenant de garde daigna enfin poindre du nez. Un jeunot blondin, une mèche rebelle battue par l’harmattan. Il dépassa Dr.Khattri, et se dirigea tout droit vers Ahmed qu’il connaissait. «Ahmed, si tu as passé la nuit à Aleg, tu dois savoir qu’il y a eu vent de sable et nous somme en train de nettoyer les allées ! Et dites à votre ami que ce n’est pas avec l’arrogance qu’on règle certains problèmes» Ahmed rétorqua, toujours avec son ton calme et conciliant «d’accord, mais vous auriez dû au moins envoyer quelqu’un pour nous expliquer ou nous faire entrer au moins dans la salle d’attente, vous savez qu’ici nous sommes exposés aux rayons ardents du soleil et vous savez aussi que les visites c’est à partir de 10 heures et il est 11 heures passés !» Le jeune lieutenant bredouilla de vagues excuses.

Dr.Khattri pas du tout content de cette méprise l’apostropha «comme ça vous m’ignorer pour venir vous plaindre à Ahmed… » S’en suivit quelques échanges peu affables entre les deux hommes, puis Ahmed coupa la joute : «dites-nous tout simplement à quelle heure nous pouvons revenir, car nous n’allons pas passer la journée ici». Le lieutenant l’interrompit «non c’est fini, vous allez entrer tout de suite ». Il se dirigea vers le portail. Deux minutes plus tard, un brigadier chef nous interpella de loin. Nous nous avançâmes avec nos autorisations de visite. Contrôle d’identité puis fouille au détecteur de métaux. Pas de téléphones, ni appareils photo, ni clés.

Enfin, on nous dirigea vers l’aile où sont détenus Birame et Brahim. «On les a transférés dans cette aile droite, elle est plus spacieuse, plus aérée et plus confortable » commente Ahmed. En franchissant le grand portail d’entrée de la prison d’Aleg, on traverse une vaste cour qui prend toute la longueur du terrain, puis se dresse un large bâtiment, scindé en deux de part et d’autre de l’administration pénitentiaire. Une autre porte s’ouvre, puis un petit couloir à l’air libre et enfin, le grand couloir sur lequel s’ouvre des dizaines de cellules. A droite, deux portes ouvertes, un large couloir transformé en vestibule et sur lequel s’ouvre la cellule où logent Birame et Bilal. La chambre est spacieuse et pourrait contenir au moins une centaine de personne en tout confort. «Toute la partie de ce bâtiment nous est réservée ! C’est notre Hôtel 5 étoiles» plaisante Brahim Bilal Ramadan, vêtu d’une légère Jallaba. Il a pris énormément de poids. Souriant, tout comme Birame, habillé lui d’un ensemble bleu, pantalon et chemise traditionnelle Pullar. Ils sont en belle forme et tout heureux de nous recevoir. Chaudes accolades, puis on s’installe dans la chambre où trône un téléviseur, seule fenêtre sur le monde extérieur. «Mettons-nous dans le couloir, c’est mieux !» lance Birame. Tapis, matelas et oreillers. Au moins, cinq gardes sont là, discrètement éparpillés dans le couloir. Le lieutenant, qui s’était excusé auprès du Dr.Khattri qu’il avait dépassé, prit un Coran, s’allongea un instant sur un matelas un peu plus loin. Puis, quelques minutes plus tard, il quitta le couloir, nous laissant en présence de quelques uns de ses éléments. La conversation roula sur les dernières infos. Brahim et Bilal voulaient tout savoir sur l’actualité fraîche.

Sur le dossier de leur Appel, Birame reste catégorique. «Nous ne comparaîtrons pas devant la cour d’Appel d’Aleg ! D’ailleurs, c’est ce que veut Aziz ! Il ne veut pas d’un second procès qui sera marqué par la présence d’avocats nationaux et étrangers, et super médiatisé. C’est pour l’éviter, qu’il a ordonné à la Cour Suprême de transférer notre dossier à Aleg, sachant que nous boycotterons. Et tant pis pour nous, comme ça, il pourra nous garder ici deux ans, en nous privant d’un droit d’Appel» Pour Birame, la cour Suprême n’a rien à voir dans le dossier à ce stade de la procédure et que tout ceci constitue une violation grave de la Constitution qui stipule que nul prévenu ne peut être soustrait à ses juges naturels. Or, selon lui, leur affaire relève de la Cour d’Appel de Nouakchott et que l’Etat peut les rejuger dans n’importe laquelle des trois Wilayas de Nouakchott, sinon dans les six Moughataas du Trarza ou à Akjoujt «Pourquoi Aleg ? » s’interroge-t-il de nouveau. Pour Brahim, «que l’affaire soit rejugée ici à Aleg signifie simplement que Mohamed Abdel Aziz veut confirmer les peines déjà prononcées et ne veut pas nous éloigner de la prison d’Aleg où il semble vouloir encore nous garder encore plus ». A la question de savoir si la décision de la cour Suprême peut être modifiée, Birame répond «pourquoi pas ? Ce n’est pas la cour Suprême qui a pris une telle décision mais c’est Aziz ! Alors, tout comme il a ordonné à cette cour de transférer notre dossier à Aleg, il pourra toujours lui demander de nous rejuger ailleurs ! La décision est politique et non juridique !»

Brahim confirme. Pour lui, la décision de les libérer ou de les garder relève de la seule humeur de Aziz. «Pour notre part, nous n’avons rien à perdre. On dort, on mange et on commence déjà à s’acclimater en prison. Si Aziz pense qu’il peut briser notre volonté et nous pousser à abdiquer, il se trompe. S’il pense nous faire souffrir en nous mettant en détention, lui aussi il n’est pas tranquille, car il vit sous la pression internationale ; alors, qu’il essaye de minimiser en tenant le coup, il faudra quand même un terme à tout ce cirque » commente Birame. Lui et Brahim disent qu’ils ne demanderont ni grâce ni liberté provisoire et qu’ils sont dans un bras-de-fer avec un tyran qui torpille les lois dans sa lutte contre ses adversaires politiques «Et puis, il faut mettre fin à cette tendance de caporaliser la justice en dispatchant les prévenus au gré de ses humeurs loin de leurs juridictions naturelles » entonna-t-il.

La conversation a roulé également sur le cas Djiby Sow, mais aussi sur le plan jugé diabolique concocté par les Renseignements généraux et qui consiste à créer ce qu’ils appellent «IRA Maure » dirigé par Ould Ahmed Aîcha. «Ils reconnaissent que l’organisation menée par Ould Ahmed Aïcha est raciste et extrémiste et ils pensent en faire un pendant à IRA. Ils oublient que notre organisation n’est ni extrémiste ni raciste ni violente aux yeux du droit international et qu’elle lutte pour une cause noble, l’éradication de l’esclavage et l’instauration d’un Etat égalitaire où tous les citoyens jouissent des mêmes droits et des mêmes privilèges; les médailles glanées par IRA sur le plan international l’attestent. Ils perdent leur temps et feraient mieux de chercher autre chose » s’insurgea Birame.

C’est tard dans la nuit que nous étions arrivés la veille à Aleg. Une longue traversée de la cité à demi endormie, puis la villa que loue Leïla Mint Ahmed, épouse du président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) Birame Dah Abeid. Là où un savoureux couscous agrémenté d’une belle tête d’agneau nous attendait. Le reste de la nuit se perdra entre causeries et souvenirs de combats remportés sur le terrain de l’action antiesclavagiste. Khattry, Abidine, Cheikh Ould Vall, avaient meublé la causerie jusqu’à l’aube, alors que la maîtresse de maison faisait de son mieux pour installer tout son monde comme elle pouvait. Obligée de revenir chez les siens à Nouakchott le temps de mettre au monde une superbe fille baptisée NIDAL ou «Le Combat» par certains partisans, Leïla était vite revenue auprès de son mari. Tous les repas de Birame et de Bilal sont préparés à partir de ce promontoire de la résistance, là où Leïla veille, à côté de ses activités quotidiennes d’épouse fidèle, à accueillir les nombreux visiteurs qui débarquent trois fois par semaine pour rencontrer son mari, et son compagnon, Brahim Bilal Ramadan. Les deux hommes entament leur sixième mois à la prison d’Aleg, après en avoir passé deux autres, entre novembre 2014 et janvier 2015 à la prison de Rosso.





Cheikh Aïdara /Facebook 

vendredi 3 juillet 2015

Samory ould Bèye, président du mouvement El Hor, secrétaire général de la CLTM et membre du pôle syndicats du FNDU:



"Notre pays est au bord de banqueroute ; la situation d’ensemble s’est détériorée, tant au plan politique que social et économique’’

Le Calame : Dans un récent communiqué, El Hor dénonce comme une espèce de cabale contre vous. Qui en veut tant à Samory Ould Beye ? A quelle fin ?

Samory ould Bèye : Ils n’en finissent pas, ils sont très nombreux à vouloir la tête de Samory, ils sont partout. Les raisons en sont multiples et variées, selon les différentes parties, groupes ou individus… Certains me jugent encombrant, très étouffant, difficile et complexe ; d’autres font état de divergences politiques et idéologiques ; certains m’en veulent pour mes positions ; d’autres voient en moi un rival dangereux ; le pouvoir me cible en gardien du temple, meneur des poches de résistance de la lutte des Harratines et m’accuse, à tort, d’extrémisme œuvrant contre l’unité nationale, ce qui est totalement faux.

-Le renouvellement des instances dirigeantes du FNDU se heurte à votre refus de quitter la vice-présidence que vous occupez depuis quelque temps. Vous subiriez des pressions pour céder la place à un autre syndicaliste. Qu’en est-il au juste ?

- Non, il ne s’agit pas de refus de ma part de céder, il s’agit d’attitudes que d’autres acteurs véhiculent pour des raisons qui leurs sont propres. Lors de la constitution du FNDU, j’ai été désigné, à l’unanimité, par le pole syndical, comme vice-président.

Les textes du FNDU ne sont pas restrictifs ni limitatifs de mandat. Au dernier renouvellement des instances du FNDU, il été question que chacun des pôles désigne son représentant, en confirmant l’ancien ou en en choisissant un nouveau. Nous avons discuté de cette question entre les six centrales syndicales qui constituent notre pôle.

Deux des secrétaires généraux se sont déclarés candidats. Je trouve cela légitime mais pas la manière dont s’est déroulé le scrutin, dans un contexte où des divergences existent, depuis un certain temps, sur des questions importantes, dont la question des élections sociales et le rapprochement trop visible de ces deux candidats avec le département ministériel de tutelle.

Cette situation conflictuelle était la base de ces candidatures. Nous avons procédé au vote qui m’a donné quatre voix sur six, chacun de mes concurrents votant pour lui-même. Malgré cette situation de vote majoritaire, ils ont persisté et signé qu’ils ne désisteraient pas.

C’est aberrant. Suite à cela, les forces politiques dont ils tirent leur source ont mis en branle leurs machines, pour venir au soutien de leurs amis, occultant les règles démocratiques, au profit d’un prétendu« consensus », comme ils disent, alors qu’il n’y en a pas. Or, en l’absence d’un consensus, le seul recours reste la règle démocratique. Sans elle, cela devient de l’arbitraire et de la dictature. C’est cela que Samory n’accepte pas.


-Le pôle syndical serait-il donc victime des manœuvres ou divergences, au sein du pôle politique du Forum ?

- La situation est celle que je viens de décrire


-Qu’est-ce qui explique, à votre avis, l’actuel retard dans la mise en place du dialogue entre le pouvoir et l’opposition (FNDU) ? Faut-il pour autant désespérer ?

Le retard observé aujourd’hui n’est pas du tout surprenant, eu égard le manque de sérieux du pouvoir qui nous a, malheureusement, habitué depuis toujours à ce simulacre de volonté d’ouverture au dialogue. Quand on dialogue et qu’on ne veut pas qu’il reste la moindre trace de ce qui se dit ou se fait, on se comporte comme un voleur qui s’emploie à effacer toute preuve de son passage.

Le FNDU, comme il l’a toujours exprimé et, maintes fois, réitéré, veut le dialogue qui constitue, pour lui, un choix stratégique, en vue de trouve des solutions à la crise multiforme que connaît notre pays, suite aux échecs répétés de la politique laconique et chaotique de Mohamed ould Abdel Aziz.

Nous savons tous que notre pays est au bord de banqueroute ; la situation d’ensemble s’est détériorée, tant au plan politique que social et économique. Pour ces raisons, le FNDU cherche le dialogue mais un dialogue franc, constructif, à même de sortir le pays de cette situation de crise multidimensionnelle.


- Vous venez de rentrer d’une visite auprès du président d’IRA Mauritanie et de ses amis, dans la prison d’Aleg. Comment se portent Biram et ses codétenus ?

Oui. J’ai dirigé, le mercredi 16 Juin 2O15, une délégation d’El Hor, pour rendre visite au frère Biram Dah Abeïd et son compagnon, le frère Brahim Bilal, en la prison d’Aleg. Parler de leurs conditions d’existence, je ne peux en dire que la prison n’a jamais été un lieu confortable ou acceptable, quelles que ces conditions. Et d’autant moins qu’on y séjourne injustement, parce qu’on défend, tout simplement, une cause et de surcroît, une cause juste.

Mes frères Biram Dah Abeïd et Brahim Bilal sont victimes du système esclavagiste et discriminatoire que dirige, aujourd’hui, une poignée d’officiers nationalistes, bornés et étroits, avec, à leur tête, Mohamed ould Abdel Aziz qui rêve d’exterminer les Haratines, pour asseoir un pouvoir pur beïdane, basé sur l’apartheid, condamnant les Haratines à vivre dans des ghettos, dans l’éternelle humiliation de l’esclavage, l’exclusion et la discrimination. On veut nous faire abdiquer et nous assujettir à nouveau. Cela ne se produira plus. Par la lutte, nous vaincrons car notre cause est une cause juste.


- Le président de la République a effectué des tournées dans quelques régions du pays. Que vous inspirent ces « visites de prise de contact et de travail » ?

La visite de Mohamed ould Abdel Aziz dans les régions de l’intérieur du pays a permis, aux Mauritaniens de découvrir toute sa vision philosophique et idéologique. Plusieurs remarques en ce sens.

En un, le chef de l’Etat n’a pas daigné rencontrer, au cours de toutes ses visites, un seul des chefs des adwabas ou notabilités harratines, malgré que la population qui l’a accueillie, dans toutes les localités visitées, était, à 90 %, des harratines, sauf au Sud.

Aziz a oublié les Harratines, victimes de grandes injustices et souffrant de tous les maux : misère, analphabétisme, précarité, exclusion, sous-développement… Eux qui devraient préoccuper le premier responsable du pays et bénéficier d’un intérêt particulier ont été totalement ignorés.

On pouvait pourtant imaginer que l’objectif de la visite de cette partie du pays, si forte de présence harratine, était de s’enquérir de la situation réelle des Harratines, en vue de prendre des décisions politiques spécifiques à leur profit, toutes les raisons l’imposent, si l’on veut réellement réparer le tort et les injustices subis.

En deux, Aziz a montré son vrai visage de féodal et de nationaliste chauvin incarnant l’idéologie esclavagiste et rétrograde, en homme plein de mépris pour les groupes autres que les Maures. En trois, il nous a révélé le virage à cent quatre-vingt degrés qu’il a accompli, pour revenir à la tribu, aux grandes familles et à la chefferie traditionnelle.

Nous constatons, en quatre, qu’il vit en vase clos, sans aucune idée de la situation réelle où se débat la population. Oui, Aziz se soucie bien peu des problèmes de son peuple. En cinq, il a parlé de fonds à mobiliser pour des hommes d’affaires des Hodhs, afin de renforcer leurs capacités d’investissement. Il oublie que ce sont les Harratines qui ont le plus besoin de cet argent.

Il faut injecter ces fonds dans leurs milieux, à travers des petits projets et des programmes de développement économique et social, sachant que seule une politique de discrimination positive est à même d’aider les Harratines à sortir de l’ornière.

Enfin, il reste, à Aziz, à prendre conscience que toutes ses options politiques furent chaotiques, en se lançant dans de gros projets inopportuns, comme la construction de l’aéroport et d’avions, alors qu’il fallait mettre l’accent sur les questions d’urgence, comme les problèmes de l’eau, de la santé, de l’emploi, etc.


- La montée du discours communautariste est perceptible, depuis quelque temps. Le pouvoir estime qu’il menace l’unité nationale. Quelles sont, à votre avis, les raisons de cette résurgence ?

Moi, je pense que le phénomène dit de communautarisme est la résultante d’une situation que nos connaissons tous en Mauritanie. Des communautés ont été totalement exclues et marginalisées, particulièrement la communauté haratine. La situation est rendue complexe parla mainmise de la seule communauté maure sur le pouvoir, de l’indépendance à nos jours.

On nous présente cela comme un fait accompli, un acquis irréversible. Toute volonté de remettre en cause cet état des choses basé, non seulement, sur des déséquilibres majeurs mais, aussi, sur des injustices historiques de taille, serait, de ce point de vue, une menace contre l’unité nationale. Pour certains, la préservation de cette unité-là commande d’accepter l’ordre préétabli, y consentir, se soumettre à toutes les règles mises en place par le seul groupe dominant au pouvoir.

L’aspiration des autres, au partage du pouvoir et des richesses, à la liberté et à l’implication de tous dans la gestion des affaires du pays, est considérée, par les Maures, comme une velléité de déclaration de guerre, une menace à l’unité nationale. Alors que c’est cette vision erronée qui menace, en réalité, l’unité nationale et pousse vers les conflits ethniques et groupusculaires. On ne peut pas priver certains de leurs droits et leur demander de ne pas réclamer ni dénoncer le tort subi, ainsi que les injustices.


- Pourquoi certains harratines et négro-mauritaniens dénoncent-ils, systématiquement, leur « exclusion » des rouages de l’Etat par un « système esclavagiste et raciste » ? Sur quoi fondez-vous ces accusations ? Et que préconise El Hor, pour permettre, aux Mauritaniens, d’anticiper, tous ensemble, sur les dangers qui menacent ainsi leur pays ?

- Les Haratines et les Négro-africains ont tellement vécu, dans ce pays, de situations dramatiques, subi de morbides pratiques esclavagistes, génocidaires, discriminatoires, d’exclusion et de rejet, comme autant de motifs à dénoncer le système qui les réprime mais, aussi, à agir pour replacer les choses dans leur juste milieu.

Les événements douloureux de 199O sont encore présents dans les esprits et les mémoires. C’est, pour moi, l’occasion de rappeler, ici, que ce ne furent pas seulement les Négro-africains qui furent affectés par ce drame. Des haratines ont été également visés et connurent le même sort. J’illustrerai mon propos avec le cas d’un rescapé du camp d’Inal, un hartani parmi d’autres haratines amenés dans le camp de la mort.

Ce monsieur continue de taper à toutes les portes, pour recouvrer ses droits de rescapé militaire. En vain. Il a saisi la commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Aujourd’hui, son sort est entre les mains du haut-commissaire aux droits de l’homme.

Ces douleurs, ces plaies béantes, ce mépris et ce rejet ne sont pas une gorgée d’un verre de thé, c’est nauséabond et cela nous donne du souci. Nous faire oublier l’aigreur de ce menu toxique, il faut beaucoup de choses qui passe, nécessairement, par un dialogue ou une conférence nationale où toutes les questions seront examinées, dans un débat national constructif qui débouchera sur la refonte de l’Etat en une reconstruction qui tiendra compte des intérêts de toutes les composantes du pays. Cela doit également déboucher sur la reconnaissance constitutionnelle des Haratines, en tant communauté distincte de celle des Maures.

On l’on ne conclura aucun accord, sans s’être entendus sur le partage du pouvoir et des richesses qui reste un des facteurs fondamentaux de l’équilibre. C’est là l’idéologie du mouvement El Hor, sa vision d’une Mauritanie autre, celle où chacun trouve sa place et jouit, pleinement, de tous ses droits, protégé par un Etat de droit, garant des intérêts supérieurs de la Nation et les droits fondamentaux de chaque mauritanien.

Je pense que voir les solutions autrement, c’est une duperie. Sous l’angle aigu d’Aziz, fourrer les fils des Harratines en prisons, les exproprier des terres, les asphyxier économiquement, les contraindre au chômage et les exclure, rien de tout cela ne peut apporter la moindre solution à cette problématique ou« question » des Harratines. Voilà pourquoi je demande la libération, immédiate et sans condition, des détenus d’opinion haratines, Biram Dah Abeïd et Brahim Bilal.

C’est aussi l’occasion de souligner qu’El Hor mène une action nationale qui vise à produire les conditions propices au renforcement de la cohésion nationale, dans le respect réciproque des personnes et de leurs intérêts. Nous prêchons pour une Mauritanie ouverte à tous les Mauritaniens, sans distinction aucune. Nous restons convaincus que cela ne peut se réaliser que dans le respect des droits.


- La lutte contre l’esclavage ou ses séquelles a conduit au Manifeste pour les droits politiques, économiques et sociaux des Harratines. Ce manifeste a organisé deux marches ayant bénéficié d’un large soutien des patriotes mauritaniens. Quelle est la prochaine étape de votre mouvement?

- C’est vrai, nous avons organisé et réussi des marches sensationnelles. Nous avons prouvé notre force de mobilisation. Mais, demain, nous pouvons prouver notre capacité de nuisance. Notre objectif, aujourd’hui, est de faire entendre la voix de Haratines et de sensibiliser l’opinion nationale et internationale, sur leur cause et leur juste combat.


- Ne pensez-vous pas que le gouvernement actuel a franchi de grands pas, dans la lutte contre l’esclavage, en mettant en place un important arsenal juridique et diverses structures, comme, entre autres, l’agence Tadamoun ? Ne trouvez pas l’espace trop éclaté – trop d’organisations – pour mener efficacement et gagner le combat contre les pratiques esclavagistes et l’exclusion?

- L’Agence Tadamoun n’est qu’une nouvelle farce et duperie. Il s’agit d’un fourre-tout, qui s’occupe de tout pour ne s’occuper de rien. Dans notre conception ou vision des choses, cette agence devrait se focaliser sur les problèmes spécifiques des Haratines, visant leur développement et le retard qu’ils subissent. Or c’est précisément outre cette mission que Tadamoun passe.

Propos recueillis par DL


Mauritanie: Les anti-esclavagistes détenus sont à l’isolement



En janvier dernier, trois dirigeants du mouvement anti-esclavagiste mauritanien IRA (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste) ont été condamnés à deux ans de prison pour avoir participé à une marche de plusieurs jours contre l’esclavage, dans la vallée du fleuve Sénégal où cette pratique est répandue. Les principaux condamnés, Biram Dah Abeid, président de l’IRA, et Brahim Ramdhane, son vice-président, ont ensuite été transférés à Aleg (centre), à 250 km de leur domicile de
Nouakchott, la capitale.

“Ce transfert est illégal”, explique à “La Libre Belgique” Mariem Cheikh Sombe Dieng, membre du bureau exécutif de l’IRA. “Ils doivent être détenus près de la ville où ils ont été jugés, Rosso, ou à Nouakchott. Leur procès en appel a pourtant été fixé à Aleg, ce qu’ils ont refusé. En attendant, ils sont détenus à l’isolement”, explique la militante.

Elle-même a été arrêtée peu après ses camarades, pour avoir manifesté en faveur de leur libération. Après quatre mois de préventive – “dans des conditions insalubres puisqu’on n’a pas accès aux soins malgré de nombreuses infections, et en subissant insultes, coups et menaces”– elle a été condamnée à un an de prison avec sursis pour avoir participé à une manifestation non autorisée et appartenir à une organisation non reconnue par l’Etat.

La demande de reconnaissance de l’IRA, qui a pignon sur rue à Nouakchott, n’a en effet jamais reçu de suite. Avec qui est-il en contact?
“Lors des interrogatoires auxquels j’ai été soumise”, raconte Mariem Cheikh, “j’ai été questionnée surtout sur les contacts internationaux de Biram”.

 Ce dernier a recueilli officiellement 9% des votes lors de la présidentielle de juin 2014, à laquelle il se présentait pour la première fois. “Il n’a pas beaucoup d’argent et représente des esclaves et anciens esclaves, qui sont pauvres. Alors le pouvoir se demande qui l’aide.” “En outre, Biram a recueilli les voix de 7000 des 25000 soldats de l’armée mauritanienne”, qui votent à part des civils.  

2 à 4% de la population 

Biram Dah Abeid, Prix des droits de l’homme 2013 de l’Onu, a en effet fait connaître à l’extérieur de la Mauritanie cette honteuse réalité de son pays: la perpétuation de l’esclavage par hérédité (2 à 4% de la population de 3,4 millions d’habitants) malgré… trois abolitions officielles. Officiellement criminalisé depuis 2007, l’esclavage est pratiqué sans entrave par les élites du pays, dans les régions rurales comme dans les quartiers chics de Nouakchott.

Et les descendants d’esclaves affranchis, reconnaissables à leur nom, se voient régulièrement refuser des papiers d’identité, ce qui leur bloque tout accès à l’école, à un emploi formel et au droit de vote.
Diabétique, Biram Dah Abeid a vu sa santé se dégrader dans la très insalubre prison d’Aleg – sans fenêtres – bien que sa femme ait emménagé dans la ville pour lui fournir ses médicaments et une nourriture adaptée à son état.

Des manifestations de soutien y ont lieu régulièrement, chaque fois réprimées. Des protestations s’organisent aussi à Nouakchott, mais la police n’y intervient que de temps en temps, explique

Mme  Cheikh. “Ils croient qu’en arrêtant les têtes de l’IRA, tout va se calmer. Mais, bien que l’esclavage soit si ancien, chez nous, que beaucoup acceptent leur triste sort, de plus en plus de gens protestent” contre ce crime.

Conclusion : “Ils croient qu’en arrêtant les têtes de l’IRA, tout va se calmer.” 

MARIEM CHEIKH La militante anti-esclavagiste a plaidé à Bruxelles la cause de ses camarades

MFC/  La Libre Belgique - vendredi 3 juillet 2015